Katoto, What Else ?

A seulement 19 ans, la discrète attaquante du PSG et de l’équipe de France U20, avec laquelle elle essaiera de remporter la Coupe du Monde cet été, s’impose comme une évidence. En club, en jeunes, mais aussi chez les A, où Corinne Diacre devrait l’utiliser dès septembre. En attendant, elle dispute deux matches de préparation face au Japon avec les U20, dont le premier a lieu ce mercredi (19h00) à Concarneau.

 

Si vous la croisiez dans la rue, vous ne vous douteriez peut-être pas que vous avez en face de vous l’une des plus grandes « tortionnaires » des défenseures de D1 féminine. Il y a pourtant quelque chose dans le regard de Marie-Antoinette Katoto, qui vous donne déjà cette impression de tueuse. Une drôlerie pour une joueuse réputée comme taiseuse, et qui ne multiplie pas vraiment les punchlines quand arrive l’exercice de l’interview. Son statut, elle ne l’a toutefois pas volé cette saison devant le but, en ayant déjà inscrit pas moins de 17 buts en 18 matches de D1.

« C’est au-dessus de Le Sommer ! »

De quoi surprendre chaque fois un peu plus son coach qui, après un nouveau triplé de sa joueuse- cette fois en Coupe de France face à Rodez –lâchait avec grand plaisir : « Elle marque à tous les matches parce que c’est une bonne attaquante, qui a le sens du but. Elle est adroite et en plus, quand on lui demande de bloquer un couloir elle le fait très bien, et elle reste très sérieuse. C’est la marque d’une très bonne joueuse qui ne va rien lâcher et qui est prête à apprendre pour devenir encore meilleure ».

Mêmes échos de la part de son sélectionneur en équipe de France U20, Gilles Eyquem, qui concède volontiers : « Depuis que j’ai découvert Marie-Antoinette, c’est-à-dire en Slovaquie (lors de l’Euro U19 en 2016, NDLR), j’avoue que je suis impressionné. C’est la meilleure attaquante française aujourd’hui. C’est un phénomène. Pour moi c’est au-dessus de Le Sommer ! Elle est plus complète, elle a la vitesse, la puissance, elle sait se déplacer, elle a un profil athlétique important un bon jeu de tête… C’est une très grande. J’espère qu’elle fera une belle Coupe du Monde 2018 et je suis sûr qu’elle sera capable d’enchaîner en 2019 ! ».

Un vrai poids pour la défense adverse

Et quand on questionne sa coéquipière, Eve Perisset, sur sa cadette ? « Elle est assez complète ! On peut l’utiliser dos au jeu, on peut la chercher dans la profondeur, elle a le sens du but… ». Ne manquait plus qu’à interroger une défenseure adverse pour savoir comment elle fait pour pèse autant sur la défense adverse. La capitaine Ruthénoise Manon Guitard, qui n’a pu l’empêcher d’inscrire un triplé il y a quelques semaines décrypte : « Elle est gênante parce que c’est une fille très puissante, déjà. Elle a un gros gabarit (1m76 pour 60 kg, NDLR), elle est grande, et elle conserve bien le ballon. C’est quelqu’un qui est capable d’exploser très vite dès qu’elle combine sur un enchaînement technique. Elle est pesante sur une défense parce qu’elle fait mal physiquement, et en plus elle donne de très bons ballons à ses coéquipières et elle est capable d’être buteuse aussi… ».

Forcément, on était obligé de lui demander ce que ça faisait d’avoir presque autant de buts à son actif en première division que de bougies sur son gâteau d’anniversaire. « Je n’y suis pas encore, il m’en reste encore deux ! », répond Katoto dans un grand sourire. Car c’est surtout sa précocité qui interpelle, l’attaquante du PSG étant seulement âgée… de 19 ans. Des stats de joueuse confirmée pour une étoile montante qui étonne même jusqu’à la principale intéressée : « Je ne comprends pas du tout moi non plus ! », concède-t-elle sans fausse modestie. Avant de rappeler que « l’année dernière, ça a été compliqué. Cette saison pour moi, ça devait un peu être une année de transition, l’occasion de repartir de l’avant ». Car même à 19 ans, Katoto revient de loin.

Une ancienne défenseure

Et de tout près en même temps, puisqu’elle n’a jamais quitté son Ile-de-France natale. C’est à Colombes, sa ville, qu’elle tape dans ses premiers ballons de foot, « avec les copains et les cousins ». Malgré des parents pas très enjoués, Marie-Antoinette Katoto intègre dès ses 7 ans le désormais nommé Racing Colombes, où à l’inverse de bon nombre de ses partenaires, qui évoluent souvent dans des clubs mixtes, elle joue dans une équipe entièrement féminine. Les garçons, elle les affronte sur les terrains de foot de la ville, en dehors de ses heures en club.Ironie de l’histoire, quand elle était jeune, la Parisienne évoluait en tant… que défenseure. Une situation qui ne va pas durer longtemps, le but l’attirant comme un aimant. « En fait je montais sans trop redescendre, donc mes entraîneurs se sont dit qu’il faudrait peut-être me laisser devant », admet Katoto. Puis arrive le PSG en 2010, alors qu’elle a 12 ans, qui décide de lui faire prendre part à un entraînement après qu’elle a disputé un match de contre le club de la capitale. Parce qu’elle avait déjà martyrisé la défense adverse ? « Pas spécialement, je ne me souviens plus trop pourquoi, parce que si je me rappelle on avait pris un gros score en plus », lâche-t-elle.

 « Je rentrais souvent chez moi à 23 heures »

Des années compliquées à concilier foot et scolarité. « On avait entraînement jusque tard, donc je rentrais souvent chez moi à 23 heures, c’était dur mais on faisait avec. C’était une progression années après années. Au niveau de l’entraînement, de l’intensité, c’était différent de ce que j’avais connu jusque-là », se souvient celle qui illumine de plus en plus la planète football, que ce soit en club ou en équipe de France, où elle joue dans toutes les catégories, des U16 aux U19.

De là vient son heure de gloire en 2016. Au cours d’une finale dantesque, où le terrain a des airs d’éponge imbibée, elle marque un but extrêmement important- et un peu gagesque-en finale de l’Euro U19 (voir vidéo ci-dessous), qui permet aux Bleuettes de battre l’Espagne (2-1). Et la voit terminer meilleure buteuse de la compétition (6 buts). A l’époque, celle qui apprécie particulièrement le rap, mais qui écoute « un peu de tout », signe aussi au sein de Lifetime Players, une agence de gestion de carrière de joueurs de foot et de basket, présidée notamment par Booba.

On se dit alors que la progression de cette fan de NBA, et de Cleveland- « pour LeBron James » -ne pourra être que linéaire, son intégration au groupe professionnelle étant réussie. « C’est celle qui m’as le plus impressionnée quand je suis arrivée au PSG, avec Grace Geyoro, explique Eve Perisset. Déjà j’avais vu son Euro U19, qui m’avait impressionné, et quand elle est revenue, elle faisait un très bon début de saison, et elles se complétaient très bien avec Cristiane ». Oui mais le destin devait s’en mêler, et lors d’un match de championnat en octobre 2016, face à Montpellier, où elle inscrit le but de la victoire, la numéro 9 se déchire les ischio-jambiers de la cuisse gauche, qui la prive du Mondial U20 en Papouasie Nouvelle-Guinée, et la met sur le flanc pendant 3 mois. A son retour, elle délivre une passe décisive en championnat mais se blesse dans la foulée, face au PFC.« Ca a été une période compliquée, ça a fait très très mal », raconte Marie-Antoinette Katoto, qui décide de mettre fin à sa saison pour mieux revenir. Et qui répond lorsqu’on lui demande ce qui fait d’elle une redoutable buteuse : « C’est que souvent je suis assez calme, je reste froide, surtout devant le but ». Si elle se reconnaît mauvaise joueuse, elle montre aussi toute sa rage à chaque but inscrit, où cette fille au sourire rafraîchissant mais au caractère très timide- là encore à l’unanimité des sondés –se libère totalement.

 « Ne fais pas ça sinon tu vas te blesser »

C’est d’ailleurs pour l’inciter à se lâcher que Gilles Eyquem lui a donné le brassard de capitaine lors de la double confrontation face aux USA en mars : « Je pensais que ça pouvait l’aider un peu, parce que la problématique de Marie-Antoinette, c’est qu’elle a connu pas mal de déboires physiques … Elle a eu du mal à revenir et elle a été très longtemps marquée par ça. Là j’ai trouvé qu’elle commençait à s’ouvrir, qu’elle était plus à l’aise, et je pense que ça peut être une leader. Ce n’est pas forcément une fille qui s’extériorise beaucoup, donc ça pouvait l’aider. Et puis naturellement elle est leader pour les autres ». « Avoir le brassard, c’est une première pour moi, donc je découvre encore ce rôle. J’ai quand même un caractère particulier, mais il faut que je passe par là, lui répond Katoto. Après je me concentre surtout sur le terrain, et on fait en sorte que chacun fasse ce qu’il a à faire ».

Sur elle, difficile d’en savoir plus. Sa prolongation de contrat qu’on annonce imminente au PSG ? « Je n’ai pas le droit de m’exprimer là-dessus pour le moment », s’excuse-t-elle poliment. Sur ses études, elle ne s’épanche pas plus. Mais l’essentiel est pour le moment ailleurs pour celle qui estime jouer… avec le frein à main. Car sa blessure l’a bel et bien marquée : « Je pense que psychologiquement, la barrière est toujours là, même si c’est beaucoup mieux maintenant. J’en suis beaucoup moins à me dire qu’il faut faire attention lorsque je joue, mais au début, c’était « ne fais pas ça sinon tu vas te blesser ».

Peser plus lors des gros matches

Lui reste donc à se libérer entièrement pour briller au plus haut niveau. En D1 déjà, où elle n’a pas su trouver la faille contre Lyon en décembre dernier, et où elle n’a pas eu d’occasion- certes lors d’une prestation collective globalement en deçà –lors de la raclée infligée par Montpellier, dimanche dernier, qui risque de tendre un peu plus la fin de saison parisienne. Et il serait étonnant de ne pas voir celle qui préfère plus que tout la quiétude prendre malgré elle une bonne part de la lumière médiatique avant, pendant ou après une Coupe du Monde U20 où elle sera très attendue. Quand on lui demande, pour conclure, ce qu’elle souhaite pour la fin de saison, elle lâche : « De jouer, de prendre du plaisir, et puis le reste on verra ». C’est bien le plus important avec une joueuse dont on va scruter, le plus longtemps possible, les moindres faits d’armes sur le terrain.

 

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Tous propos recueillis par Vincent Roussel

Credits photos : TeamPics / Vincent Roussel pour Foot d’Elles / Philippe Le Brech.