Patrice Lair : « J’ai été vexé, les joueuses aussi »

Encore invaincu en D1 féminine jusqu’à samedi dernier et cette défaite contre le PSG (1-0), Patrice Lair a accepté de revenir sur le début de saison de l’OL féminin. Profondément déçu par ce premier revers en près de 4 ans, le Breton fixe la priorité absolue sur la conservation du titre… Mais pense déjà à la saison prochaine.

 

 

Après cette défaite contre Paris, vous restez leaders avec 3 points d’avance. Il n’y a pas de quoi paniquer à l’OL.

 

Patrice Lair : Non, non. Pas de panique. On est déçu parce je pense qu’on ne méritait pas cette défaite sur l’ensemble du match. Ce sont les faits de jeu qui sont comme ça. On aurait préféré prendre les points, voire faire un match nul. Pour l’intérêt du championnat et pour le football féminin, c’est peut être une bonne chose. On en parlera un peu plus. Ça redonne un certain attrait médiatique. Maintenant, à nous d’être sérieux, il reste 8 matches, 4 à la maison, 4 à l’extérieur. Il faut être performant. Ce ne sera pas facile, il y a des équipes qui ont besoin de points, d’autres qui voudront aussi créer la surprise. Mais si on est sérieux on peut conserver notre titre, et aller chercher le 8e, ce qui n’a encore jamais été fait.

 

Quel est votre analyse de ce début de saison ? On retrouve souvent ce manque d’efficacité malgré un niveau de jeu toujours très élevé.

 

PL : Ce qu’il faut en tirer, c’est qu’on est plus tueur comme on l’était à une certaine époque. On arrivait à tuer les matches, à marquer les premiers. Sur un match comme samedi dernier, on a eu des occasions dans les 20 premières minutes, on ne les a pas mises et après on se retrouve en difficulté malheureusement. Contre Potsdam, si on avait pu marquer un 2e but, on aurait été plus à l’aise. Mais bon, il faut corriger, améliorer certaines choses. On prépare aussi la saison prochaine pour revenir plus fort en Coupe d’Europe. D’ici là, il faut assurer la qualification, c’est à dire la 1ère ou la 2e place. Mais aujourd’hui, on est ambitieux, et on veut évidemment gagner le championnat.

 

Pour vous, c’était la première défaite en D1 féminine. Comment la vivez-vous ?

 

PL : On est toujours vexé de perdre, parce qu’on a pas trop l’habitude. Je me dis quand même que ce qui a été fait avant est énorme. Ce sera difficilement imaginable qu’un autre club le fasse après nous. Je pense que les filles resteront avec cette série incroyable et que ça fera aussi partie du palmarès du club.

 

 

Le bilan de Lyon reste excellent en championnat, avec 13 victoires et 1 défaite. Mais votre équipe est-elle plus fébrile tout de même ?

 

PL : Plus fébrile, je ne sais pas. C’est difficile de toujours se motiver. La Coupe de France, on ne la joue pas qu’une fois, on la joue tous les week-ends. Tout le monde veut accrocher Lyon. Maintenant, il faudra gagner les 8 matches pour être champion, c’est ma priorité. Je veux absolument qu’on ait un 8e titre. Si on gagne également la Coupe, ce sera très très bien, mais aujourd’hui la préoccupation est de finir champion.

 

En début de saison, vous aviez déclaré que vous rêviez de gagner des matches seulement 1-0 plutôt qu’avec de larges écarts. On y est ?

 

PL : Je souhaite ça bien sûr. Qu’on se fasse accrocher plus souvent. Ça voudra dire que le foot féminin aura passé un niveau, que le foot pro sans doute aura investi un peu plus. Je recherche ça, un championnat d’élite. Aujourd’hui, c’est difficile. Paris peut le faire parce qu’il a les plus gros moyens et qu’il continuera à avoir une très bonne équipe. Peut être qu’il prendra le dessus sur la durée. Mais on continuera à essayer d’être les meilleurs, à peut-être recruter plus malin, moins cher. On a notre ossature, on va essayer d’améliorer encore le groupe pour la saison prochaine pour être plus performant en Ligue des champions.

 

Concernant le recrutement, on a le sentiment que les filles qui arrivent ont du mal à trouver leur place…

 

PL : Pour Megan (Rapinoe), c’est dommage. Elle est partie au moment où elle commençait à s’imposer. On perd une très très bonne joueuse. Après, il y a les étrangères, un système de jeu. C’est vrai aussi que j’ai une ossature, je prends souvent des joueuses complémentaires qui me permettent de gérer le temps de jeu de certaines. Après c’est difficile d’être à Lyon. Pour les filles qui sont arrivées cette année, comme Mélissa (Plaza), c’est compliqué. Elle s’accroche, elle se bat. C’est un rythme à prendre. Celles qui ne se découragent pas et qui continuent y arrivent, même s’il faut un an d’adaptation.

 

 

Concernant les départs maintenant, est-ce que celui de Sonia Bompastor ne fait pas défaut au groupe cette saison ?

 

PL : Je ne crois pas que Sonia nous manque au niveau du jeu. Elle a su arrêter au bon moment. Mais à l’intérieur du vestiaire, oui. Mais il faut être patient, Wendie a pris le brassard, elle est encore jeune, il faut qu’elle mûrisse un petit peu. Ça va venir, petit à petit. Elle prend son rôle à cœur, elle va s’améliorer. C’est vrai que Sonia avait ce charisme dans le vestiaire, elle nous manque. Il y a peut-être un lien sur le terrain qui manque à ce niveau là. Mais c’est comme ça, il faut attendre, mûrir un peu, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Mais je pense que Wendie va devenir une grande capitaine. Ce qui est dommage c’est qu’on remette tout en cause parce qu’on ne jouera pas la finale de Coupe d’Europe. Il faut surtout se dire que le club sort de 4 finales, en a gagné 2. Les filles ont construit ce palmarès, et peu de clubs de foot en France peuvent en dire autant.

 

Avec 3 défaites en 3 ans, on est encore loin de la crise…

 

PL : (Rires) Oui, mais c’est comme ça, on tombe sur nous. Là, on m’est encore tombé dessus par rapport au départ de Megan. C’est petit, mais c’est comme ça. Maintenant, table rase, ce matin (mardi NDLR) on s’est entraîné, on a bossé 2 heures. On se revoit deux fois demain (mercredi NDLR), on prépare bien notre match de Coupe, ensuite il y aura Arras. On va prendre les matches un par un, on veut tout gagner. J’ai été vexé, mais je pense que les joueuses aussi en ont pris un petit coup derrière la tête. Mais attention, on est capable de rebondir. On l’a bien fait après Potsdam, on le fera encore.

 

Ça vous inspire quoi après tous les exploits de votre équipe, de voir qu’il fallait une défaite 1-0 contre Paris pour avoir un mot du Canal Football Club ?

 

PL : Ça fait un petit peu mal, mais je ne vois pas ça comme ça. C’est vrai que pour nous c’est dur, mais tant que ça fait parler du foot féminin… On se bat pour ça aussi. Je ne me bats pas pour qu’on parle de Patrice Lair ou de l’Olympique Lyonnais. Ce qui m’importe, c’est que le foot féminin français arrive à quelque chose et j’ai de grands espoirs pour la prochaine Coupe du monde. Je sais que tant qu’on ne gagnera pas un titre international, on ne sera pas reconnu.

 

 

Un mot sur le mercato d’hiver. Un renfort après le départ de Rapinoe ?

 

PL : Non, non. Il y a des joueuses qui sont là, on va rester avec ce groupe de 19 joueuses. Je ferai sans doute monter des U-19 sur des entraînements. On va rester comme ça. Certaines joueront un peu plus, ça peut aussi remotiver quelques joueuses.

 

Et pour cet été, vos cibles sont-elles déjà verrouillées ?

 

PL : On voit un petit peu. Il faut qu’on améliore certaines choses, sur l’impact physique, sur l’équilibre. Mais il ne faut pas faire n’importe quoi. Il y a des jeunes comme Eve Périsset ou Amel Majri qui progressent. Il y en a une ou deux du centre qui pourront peut-être monter avec nous. Après, vous savez bien qu’il faut encore autre chose sur la Coupe d’Europe. Après, on verra avec le président. Si on a quelques moyens, on essaiera de faire des bons coups. Mais ce sera difficile de prendre une fille de très très haut niveau. Aujourd’hui, il y a des puissances financières allemandes et françaises avec Paris qui nous bloquent un peu. Par exemple, sur Goessling on ne pouvait pas s’aligner.

 

Pour revenir à la D1. Ce match contre Paris vous donne-t-il envie de rester pour vivre la saison prochaine qui s’annonce encore plus intense ?

 

PL : Forcément oui, mais je suis sous contrat hein. Quand je suis arrivé à Lyon je disais que ça ne durerait peut être que six mois. J’en suis à ma quatrième année. Il y en aura peut-être une cinquième, une sixième, mais peut-être que ça sera fini dans deux mois. Je ne me projette pas comme ça. Je prépare, pour le groupe, pour l’équipe. Patrice Lair, c’est pas le souci. Il y aura un autre entraîneur après moi et c’est tout. Ce n’est pas moi l’important, c’est la progression des filles, qu’on arrive à rebondir et qu’on gagne des matches. Mon avantage, c’est qu’avec les filles, et je précise bien avec les filles, on a réussi à faire des choses extraordinaires. Peut-être qu’on peut en rajouter, on va tout faire pour. Mais je pense que mon passage avec le groupe n’aura pas été un échec à Lyon.

 

 

 

Crédits photos : olweb.fr, damienlg.fr, leprogres.fr