Les Nadeshiko au rebond ?

Les footballeuses japonaises, championnes du Monde en 2011 et médaillées d’argent aux JO en 2012, ont vécu une année 2013 plus difficile, abandonnant au passage leur couronne en Coupe d’Asie de l’Est à la Corée du Nord. Sauront-elles rebondir en 2014 et enfin gagner la Coupe d’Asie des nations, à un an de défendre leur titre mondial au Canada ? Retour en arrière et état des lieux.

Larmes et sourires… 17 juillet 2011 : quatre mois après la triple et terrible catastrophe (tremblement de terre, tsunami, accident nucléaire) dont le Japon pleure encore ses 18 000 morts et disparus, l’équipe nationale de football féminine locale est couronnée à la surprise générale Championne du Monde en battant en finale les États-Unis (2-2, 3-1 tab). Les jours précédents, l’Allemagne, double tenante du titre jouant à la maison (1-0 ap en 1/4 F) et la Suède (3-1 en 1/2 F) sont passées à la trappe. La capitaine Homare Sawa, meilleure buteuse et joueuse de la compétition, puis Joueuse FIFA de l’année, est une reine vénérée dans tout le pays… Exploit sans lendemain ? Que nenni ! Un an plus tard, les Nadeshiko* confirment et enlèvent la médaille d’argent aux JO de Londres, s’inclinant de justesse face aux mêmes États-Unis (1-2).

 

 

Algarve, laboratoire expérimental

 

Pas du même tonneau, l’année 2013 se décline entre interrogations et franches déceptions. Pour le tournoi de l’Algarve au mois de mars, le sélectionneur Norio Sasaki (en poste depuis 2008), envoie une équipe en grande partie expérimentale, privé par choix ou par force de Sawa, Miyama, Kinga, Sakaguchi, Kawasumi, Ando, Iwabuchi et Ohno. Beaucoup de jeunes joueuses à leur place, menées par quelques « anciennes », telle Saki Kumagai, héroïne des tirs aux buts en 2011**. La sélection n’a pas joué un seul match depuis la finale olympique sept mois plus tôt. Une victoire convaincante sur le Danemark (2-0) et une poussive face à la Chine (1-0) encadrent deux défaites face à la Norvège (0-2) et l’Allemagne (1-2). Au final, une 5e place et un bilan modeste, inférieur à l’année précédente où l’équipe avait été finaliste (3-4 contre la Mannschaft, après avoir battu les États-Unis (1-0))…

 

Mais l’inexpérience des jeunes joueuses envoyées au Portugal doit permettre de relativiser ces résultats. Et puis on se souvient qu’Allemagne, Norvège et Danemark allaient prendre quelques mois plus tard trois des quatre premières places à l’Euro…

 

 

Des amicaux plus figues que raisins…

 

Avant le rendez-vous en Coupe d’Asie de l’Est (voir plus bas), les Nadeshiko disputent en juin 2013 trois matchs amicaux. La série débute à domicile par un nul frappé de léthargie face à une bonne Nouvelle-Zélande (1-1), se poursuit avec une performance très moyenne en Angleterre (1-1), et s’achève avec une défaite des plus logiques à Munich devant une Allemagne supérieure (2-4), le tout en l’espace de dix jours… Privé toute la saison sur blessures de ses deux latérales Yukari Kinga et Aya Sameshima, Sasaki doit aussi faire à cette occasion sans Homare Sawa. Si Ogimi brille de mille feux contre l’Allemagne, forte de son expérience au Turbine Potsdam, et que Shinobu Ohno (qui cire alors le banc à Lyon et a des fourmis dans les jambes), rappelle à chacun combien elle reste précieuse, d’autres passent carrément au travers des ces rencontres, telles Mizuho Sakaguchi, Asuna Tanaka ou Azusa Iwashimizu. L’inquiétude pointe son nez…

 

 

Coupe d’Asie de l’Est : titre perdu et sentiment d’humiliation

 

Un mois plus tard, les Nadeshiko abordent la Coupe d’Asie de l’Est à Séoul en double tenante du titre (2008 et 2010), et y affrontent tour à tour les trois autres puissances régionales… Face à une Chine toujours en quête de son lustre passé, les partenaires d’Aya Miyama l’emportent sans convaincre (2-0). Les championnes du monde se font quelque peu bousculer par leurs plus redoutées rivales, la Corée du Nord, et s’en tirent avec un score nul et vierge (0-0), conservant néanmoins toutes leurs chances d’accrocher un troisième titre consécutif. D’autant que leur ultime adversaire, la Corée du Sud, ne semble pas à même de contester la supériorité nippone malgré l’avantage du terrain… Mais coup de tonnerre, deux buts de Ji So-yun, la jeune star de… l’INAC Kobe (!), anéantissent leurs espoirs (1-2).

 

Trop maladroites devant, balbutiant leur football durant plus d’une heure, jouant contre nature, dominées tactiquement et dans l’impact, ne s’imposant physiquement et techniquement que dans les vingt dernières minutes, les Nadeshiko se font souffler la couronne par l’autre Corée, celle du Nord… La capitaine Aya Miyama, les larmes aux yeux, parle de « désastre ». L’absence de Sawa, toujours blessée, a pesé très lourd. Même si l’ancienne partenaire d’Abby Wambach et Sonia Bompastor au Washington Freedom n’a plus la même efficacité offensive, sa science du jeu, son expérience (en sélection depuis 1993 !), son intelligence, son charisme apparaissent irremplaçables. Son « dos » aura cruellement manqué… ***

 

L’équipe se rattrape en septembre avec deux succès amicaux contre le Nigéria (deux fois 2-0), mais difficile d’en tirer des enseignements. Leurs adversaires ont présenté une sélection très proche des U20, et Sasaki a encore pas mal expérimenté… Les Nadeshiko n’ont plus joué depuis…

 

 

Quelle suite ?

 

Plus que les résultats bruts (5 v, 3 n, 4 d), la qualité aura inquiété. La fluidité dans le jeu des Nadeshiko, délice des spectateurs les deux années précédentes, a paru évaporé, même si elle a parfois ressurgi pour de brèves séquences. La nouvelle tactique mise en place par Sasaki, avec un accent porté sur le jeu long et non plus sur la possession et les passes courtes, a envoyé l’équipe dans le mur. De plus, le sens du combat qui avait tant forcé l’admiration a manqué chez trop de joueuses.

 

Parmi les nouvelles appelées, très peu ont convaincu sans réserve, même si Emi Nakajima (INAC, 23 ans) ou Saori Ariyoshi (26, NTV Beleza) ont montré de belles dispositions. La Montpelliéraine Rumi Utsugi, absente des JO de Londres sur blessure après avoir participé au triomphe de 2011, mérite mieux qu’un rôle de remplaçante, et semble aujourd’hui supérieure à Sakaguchi ou Asuna Tanaka en milieu de terrain.

 

 

La génération des jeunes Nadeshiko, brillantes troisième de la Coupe du monde U20 en 2012, n’arrive pas à passer le cap. Des quatre stars d’alors, seules les deux autres Tanaka, Yoko (INAC) et Mina (NTV) ont connu la sélection, mais sans réussir à s’y imposer. On attend toujours que les deux joyaux d’Urawa, Hanae Shibata et Hikaru Naomoto, soient testées et confirment les immenses espoirs placés en elles. À l’inverse, la juvénile Shiori Miyake (17 ans, INAC) a impressionné pour ses débuts face au Nigéria. Mana Iwabuchi (Hoffenheim, 21 ans et déjà là en 2011) surnommée « la Messi nippone » et au temps de jeu réduit, ne semble pas bénéficier de la pleine confiance de son sélectionneur. L’équipe affiche pourtant un manque d’efficacité offensive (15 buts en 12 matches en 2013), trop dépendante de Miyama à la création, et d’Ogimi à la finition. L’alternance au poste de gardienne est toujours de mise entre Ayumi Kaihori et Miho Fukumoto.

 

Norio Sasaki s’appuiera-t-il sur le groupe champion du monde pour le traditionnel tournoi de l’Algarve le mois prochain (5-12 mars) ? Où se lancera-t-il à nouveau dans des expérimentations sans doute nécessaires à un moment ou un autre, mais peu concluantes jusqu’ici ? L’année 2014 sera marquée par la phase finale de la Coupe d’Asie (14-25 mai au Vietnam) qui enverra les cinq meilleures au Mondial l’an prochain au Canada. Seul résultat envisageable pour les Nadeshiko : la victoire, dans une compétition jamais remportée par les Japonaises en 13 participations. Battues en demi-finale par l’Australie (0-1) lors de la précédente édition (2010), elles y ont disputé leur dernière finale en 2001. Les nombreuses expatriations de joueuses dans des championnats étrangers (Ogimi, sa sœur Asuna Nagasato, Ando, Kumagai, Utsugi, A.Tanaka, Iwabuchi, Sameshima, Kinga, Kawasumi), encouragées et financées par la JFA, semblent indiquer une volonté de gagner encore en expérience, tout en musclant davantage leur jeu. Qu’on ne s’y trompe pas : les pétales des Nadeshiko sont loin d’être fanées…

 

* L’équipe doit son nom à une fleur locale de la famille des œillets. L’expression « Yamato Nadeshiko » métaphorise la femme japonaise idéale, à la beauté pure.

 

** Saki Kumagai, 20 ans à l’époque, marqua en finale le tir au but décisif face à Hope Solo et aux États-Unis, donnant la victoire au Japon. Elle partit juste après pour le FFC Francfort (Allemagne), avant de rejoindre cette saison la D1 et Lyon, après deux ans en Bundesliga.

 

*** Tout le Japon connait la fameuse phrase que Homare Sawa lança à ses jeunes équipières aux JO de 2008 où l’équipe atteignit pour la première fois les demi-finales : « Dans les moments difficiles, concentrez-vous sur mon dos ».

 

 

Crédits Photos : Shueisha / DR