Khalida Popal, championne de l’année 2017 pour l’ensemble de son œuvre

Elle est retirée des crampons depuis une demi-douzaine d’années. L’équipe de football d’Afghanistan, dont elle fut jadis la capitaine, n’a remporté aucun trophée. Et pourtant, Khalida Popal vient d’obtenir le titre de championne de l’année 2017 aux Peace and Sport Awards. Une récompense méritée pour un parcours exceptionnel et atypique.

 

Parcours de la combattante

Si Khalida Popal obtient les honneurs internationaux, c’est moins pour ses vingt sélections et capitanats dans l’équipe nationale féminine d’Afghanistan que pour ses activités en dehors des stades. Elle est certes directrice des programmes et de l’événementiel pour le compte de l’équipe nationale afghane, mais Khalida Popal est aussi et surtout la fondatrice de Girl Power, une association internationale qui milite pour la pratique sportive féminine et contre les discriminations faites aux femmes.

 

Avant d’être nommée championne de l’année 2017 le 7 décembre dernier, Khalida Popal aura successivement mis sur pied l’équipe nationale féminine d’Afghanistan, été l’unique femme à siéger au sein de la Fédération afghane de football, subi d’incessantes vexations puis des menaces de mort venant de gens pour qui la pratique sportive féminine est attentatoire à leur honneur, puis fui dans la clandestinité jusqu’en Inde (les deux pays ne sont pas contigus), avant de séjourner huit mois dans des camps de réfugiés en Norvège et au Danemark, ce dernier pays lui offrant un statut de réfugiée.

 

De la clandestinité à la renommée

Khalida Popal aura pratiqué le football en Afghanistan de 2004 (le pays comptait alors quatre licenciées) jusqu’en 2011 (année où fut franchie la barre des 2 000 licenciées). Elle a 16 ans en 2004 et apprend le football par sa mère, professeure d’éducation physique. Une révélation. Elle s’entraîne derrière les murs de l’école avec plusieurs copines, sans baskets ni crampons, mais avec des sourires et de la joie. Et en silence, afin de ne pas attirer les gardes talibans postés à l’extérieur. Très vite, elle contribue à créer l’équipe nationale dont elle deviendra l’infatigable défenseure (c’est son poste) et capitaine.

 

En 2007, le premier match officiel de la formation afghane se termine par une victoire (5-0) contre une sélection des forces de l’Otan. Trois ans plus tard, le premier match en compétition internationale se solde par une très lourde défaite (13-0) contre le Népal. Mais entre-temps, l’équipe nationale a pris consistance en Afghanistan et Khalida Popal a obtenu un poste officiel au sein de la Fédération afghane de football.

 

Face à la bêtise humaine

La footballeuse et la gestionnaire administrative subissent alors d’incessantes vexations. Pour les talibans de base, quasi illettrés, cette femme ferait mieux de rester à la maison au lieu de s’exhiber « comme une prostituée » sur des terrains de sport. Ses collègues de la fédé, plus instruits, trouvent choquant pour leur honneur et leur virilité de travailler avec une femme voire sous ses ordres.

 

En quelques mois, les invectives et les vexations se transforment en appels anonymes et en menaces de mort. Khalida Popal se résout du jour au lendemain à entrer en clandestinité et à fuir. Une fois en Inde, elle obtient l’aide de l’équipementier danois Hummel, qui entre-temps avait confectionné un maillot-hijab pour l’équipe d’Afghanistan. Et c’est après que sa nouvelle carrière commence.

 

Peu après sa retraite sportive internationale, Khalida Popal se blesse à un genou et doit renoncer au football avant même sa sortie du camp de réfugiés où elle est hébergée au Danemark. Elle ne fera donc jamais partie de l’équipe nationale féminine du Danemark, contrairement à sa compatriote Nadia Nadim, qui avait déjà obtenu la nationalité danoise avant l’arrivée de Khalida. Coïncidence, les deux jeunes femmes ont presque le même âge, soit environ 29 ans.

 

Un mal pour un bien

Khalida Popal crée son organisation Girl Power alors qu’elle séjourne encore dans un camp de réfugiés au Danemark. Son credo est simple, son credo est double : rien de mieux que le sport pour contribuer à l’affranchissement de la fille et de la femme par rapport aux mentalités misogynes, discriminatoires et régressives ; et rien de mieux que la pratique sportive pour nouer, avec la population locale, des contacts humains et fraternels (voire sororaux, malgré l’euphonie douteuse de ce mot hérité du latin).

 

Khalida ne s’en prive pas et devient organisatrice de matches, faute de pouvoir jouer elle-même (mais elle s’est mise à la natation et au cyclisme, moins nuisibles à son genou). Elle organise des rencontres à l’intérieur même du camp de réfugiés, puis à l’extérieur après avoir emménagé au nord de Copenhague, et ensuite pour le compte de l’équipe nationale féminine d’Afghanistan. Car entre-temps, elle y a donc obtenu le titre officiel de directrice des programmes et de l’événementiel – sans pour autant revenir en Afghanistan, où elle demeure persona non grata aux yeux des fondamentalistes.

 

Girl Power et Khalida Popal poursuivent leur action de promotion et d’évangélisation d’un sport féminin qui est synonyme aussi de liberté, d’émancipation et de lutte contre l’obscurantisme. La jeune femme souhaite désormais poursuivre sa mission en agissant « de l’intérieur », c’est-à-dire dans le cadre de la Fifa ou d’une organisation onusienne. Peut-on imaginer qu’après son titre de « championne de l’année 2017 », Khalida Popal obtiendra un jour – comme la Pakistanaise Malala Yousafzai – le prix Nobel de la Paix pour son action d’humanisme et d’émancipation par le sport ? Poser la question, c’est déjà y répondre – et se dire qu’on a déjà lu ça quelque part.