Bordeaux au pays de l’Oncle Sam

Et si l’avenir du club girondin se jouait à plusieurs milliers de kilomètres de la Garonne ? Après avoir conclu, en août, un partenariat avec le club des Olney Girls, basé à Washington, via leur ancien joueur, Nisa Saveljic, les Bordelais espère s’implanter durablement aux Etats-Unis, où les filles sont les reines du foot.

 

  

Un premier trophée pour Bordeaux ! Il ne s’agit ni du titre de champion de France, ni de la Coupe. Cette victoire de prestige, le club Girondins ne l’a même pas acquis en France… mais aux Etats-Unis, à Orlando, lors du Disney Girls Soccer Showcase. Un tournoi très prisé outre-Atlantique, puisqu’organisé par la toute-puissante chaîne américaine ESPN. 60 équipes étaient d’ailleurs présentes lors de la compétition, où les quelques terrains de foot inondés de soleil sont coincés entre les terrains du base-ball, maître sport en terre américaine.

 

 7 000 kilomètres, 1 réponse

Comment donc une équipe des Girondins de Bordeaux, en tenue identique à celle portée par la D1 féminine, a-t-elle pu se retrouver dans la ville du comté d’Orange, à plus de 7 000 kilomètres du Haillan, le centre d’entraînement bordelais ? Ironie du sort, c’est au bord du terrain d’entraînement où s’affaire l’équipe première des Girondins que la réponse se trouve. Il s’agit de Nisa Saveljic, un ancien de la maison, passé au club de 1997 à 2001 (105 matches disputés). Après une carrière professionnelle qui l’amène à parcourir une grande partie de la France (Sochaux, Bastia, Guingamp, Istres), le natif de Titograd termine sa carrière au Partizan Belgrade, en 2007, date à laquelle il décide de s’installer au Monténégro, sa partie, dont l’indépendance a alors été récemment déclarée.

 

« J’ai pris du temps pour profiter de ma famille, puis j’ai travaillé dans le tourisme et l’immobilier, raconte cet ancien défenseur dont on se souvient, encore aujourd’hui, de ses tacles rugueux. Et après j’ai décidé de revenir dans le milieu du foot, afin de passer mes diplômes d’entraîneur de l’UEFA ». Egalement Français depuis 2003, il réussit ses examens sans trop de mal avant de chercher du travail. « J’ai décidé de partir aux Etats-Unis l’année dernière. Arrivé là bas, je me suis penché sur le projet avec mon associé et très bon ami, Nenad Vilotijevic. C’est lui qui a créé le club des Olney Girls il y a huit ans. J’ai été chez lui, j’ai vu son programme, comment il entraînait l’équipe. Ça m’a beaucoup plu et on a discuté de son projet, sa vision… On faisait des études de marchés sur le soccer aux Etats-Unis, surtout les équipes féminines », raconte Saveljic, qui très vite, va avoir l’idée d’un rapprochement avec l’équipe féminine des Girondins, « [s]on club de cœur ».

 

 

 « Développer la marque Girondins de Bordeaux à l’international »

Les premiers contacts sont noués en mars, mais l’avenir des Girondines étant en suspens jusqu’au dernier match de la saison passée, l’officialisation du projet n’intervient qu’en août. Les Olney Girls, basées à Washington, et qui ne comptent que des équipes de jeunes, réparties en trois catégories (U13, U15 et U19), deviennent ainsi les Girondins de Bordeaux USA.

 

Pour le club, cette opportunité est sans commune mesure : « Nous voulions voir comment nouer des partenariats pour développer la marque Girondins de Bordeaux à l’international. Et comme on est également intéressé par le foot féminin… », expose le président Stéphane Martin, qui raconte aussi que la présence de Nisa Saveljic, que tout le monde connaît bien à Bordeaux, a permis de tisser très rapidement un lien de confiance. Celui-ci abonde : « Le développement aux Etats-Unis est incroyable, Il y a une puissance, niveau image, qui est extraordinaire, il y a beaucoup d’investissement dedans, et les joueuses sont très intéressées par l’opportunité de jouer en Europe ».

 

 « Avoir des américaines qui viendraient jouer ici »

Car c’est aussi le but, à termes, de ce partenariat. « Déjà il y a le côté convivial d’avoir un club un peu jumeau avec lequel on peut organiser des matches, des échange de jeunes joueuses, commence Stéphane Martin. Ensuite assez vite, on espère avoir des joueuses de chez eux qui viendraient jouer ici avec l’équipe première », escompte le président bordelais, qui souhaite organiser une tournée aux Etats-Unis dès l’été prochain. Une idée qui peut paraître folle alors que le projet n’a que quelques mois. « On entre chaque fois un peu plus dans le concret, explique toutefois le président Martin. Il y a un vrai engouement de leur côté, ils sont très enthousiastes, vraiment réceptifs ! Ils étaient ravis d’avoir nos maillots [suite à un envoi de matériel du club en août, NDLR] et sur leur site internet, on nous voit bien. Il y a ce côté réactif et efficace des américains qui fait plaisir à voir », s’enthousiasme Stéphane Martin.

 

« Ici ils sont un peu surpris de la vitesse à laquelle ça va oui ! en sourit Saveljic. Parce qu’on a des résultats assez rapidement ». Un enthousiasme qui permet à Stéphane Martin de penser, déjà « à rationaliser l’envoi d’équipements avec Puma [sponsor du club, NDLR] », tandis que Nisa Savlejic raconte : « Discovery Channel par exemple m’a demandé une interview dès que je rentre aux Etats Unis. Ils veulent faire un reportage sur le club, sur moi, et sur l’histoire des Girondins de Bordeaux ».

 

 Un engouement qui grandit à vitesse grand V

Il a été conforté par la victoire des U19 à Orlando, mais ne compte pas s’arrêter là. En plus d’un rapprochement imminent avec une équipe masculine, et le possible envoie de joueuses américaines en Gironde dès avril, l’homme au mètre 88, encore en pleine démarche d’obtention de la Green Card pour pouvoir travailler depuis les terres de l’Oncle Sam, espère aussi organiser des « Camps » sur place. Une sorte de stage où les anciennes stars du club, aujourd’hui passées dans le management, comme Marius Trésor, Lilian Laslandes, Patrick Battiston, ou encore l’inénarrable Pierrot Labat, viendraient coacher les joueuses, et échanger avec leurs homologues sur place. Qui sait, la prochaine Carli Lloyd se trouve peut-être à deux pas du Pentagone… et bientôt à Bordeaux ?

 

 

Tous propos recueillis par Vincent Roussel 

Crédits photos : FCGB