Tatane : un coup de pied dans le football basique

Un football durable et joyeux, voilà l’ambition de Tatane, un mouvement collectif et populaire lancé en 2011. Mobilisés lors de la Coupe du Monde féminine, les membres fondateurs ont mené plusieurs actions autour du football féminin. Une bonne raison pour mettre en avant leur travail et leurs valeurs, qui nous tiennent à cœur aussi.

« Pour que le foot reste un jeu »

L’association est née du constat que le plaisir du jeu et du lien social était en train de disparaître : « En 2010, après la grève des joueurs de l’Equipe de France à Knysna, nous avons constaté que tout le monde parlait très sérieusement avec des analyses sociétales d’un événement mineur, le fait que des joueurs ne veuillent pas sortir d’un bus. L’emballement qui a suivi nous a conduit à la conclusion suivante : comment faire pour populariser de nouveau l’idée que le foot doit rester un jeu ? » explique Brieux Férot, l’un des fondateurs. Cet atelier de création et d’animation essaye donc d’organiser un football qui s’amuse, un football pour tous, où les participants font des choses ensemble, prennent le temps, construisent… Pour les créateurs de Tatane, le foot n’est pas seulement un sport, mais un « fait social total » pour reprendre le sociologue Norbert Elias. Un moyen de « passer par le jeu pour mettre le doigt sur des problèmes de société, pour trouver des solutions et fédérer de manière positive. C’est sans risque, à la fois très politique mais sans être politisé ».

Leurs actions pour créer du plaisir avec le foot

Tatane a plusieurs modes d’intervention. D’abord, l’école de foot où filles et garçons peuvent se retrouver autour d’un ballon rond, et inventer leurs propres règles de jeu. Et cela mène à des règles toutes plus amusantes les unes que les autres. Par exemple, la « Rabbi Jacob » où chaque but doit être célébré par une danse collective, sous peine d’être refusé. Aussi, un atelier qui utilise le football comme acte de création dans le domaine de la culture, en proposant des spectacles, des commentaires de matchs, des expositions… Enfin, un think tank qui popularise sous forme de rencontres et podcasts des idées et des pensées pour le football de demain, car « peu d’entités le font ». « A travers ses actions, le Think Tank Tatane espère être reconnu et sollicité comme un véritable acteur du football moderne, capable d’étudier et d’émettre un avis constructif pour le football. » affirment les fondateurs.

L’association a notamment été très active lors de la Coupe du monde, en menant à bien des actions autour du football féminin. Par exemple, le Papi-Foot, tournoi de baby-foot intergénérationnel des maisons de retraite a été transformé en Mamie-Foot, à Paris comme à Grenoble. Des matchs ont également été organisés avec de nouvelles règles, notamment avec le HAC Féminines. Ou encore l’animation du terrain de l’Institut du Monde Arabe à l’occasion de l’exposition « Foot et monde arabe ». Bref, autant d’idées créatives qui fédèrent autour d’une cause : l’inclusion des filles dans la pratique du football.

Il était important pour Tatane de s’investir dans cette Coupe du monde, qui a sans aucun doute fait bouger les choses, selon Brieux Férot : « Les matchs étaient commentés normalement, sans pincettes. Les comportements des hommes au stade, plus prévenants et bienveillants à destination des joueuses lorsqu’elles rataient une action, se complétaient à la passion sans retenue des femmes, dont les plus jeunes, pouvaient s’identifier plus facilement à une équipe de football. Au-delà de l’organisation de l’événement et de sa présence médiatique, tout le monde a fait rentrer dans sa vie et sa culture personnelles une expérience du sport féminin différente, collective, souvent joyeuse et porteuse d’espoir. Et ça, ça ne disparaît pas, on en verra les fruits dès 2024, dans l’engagement et la participation à des événements populaires en marges des Jeux Olympiques de Paris. Si l’engagement des femmes dans les associations et actions sociales touchent ne serait-ce qu’un peu le mouvement sportif, l’impact au quotidien dans la société sera réel sur les consciences et les actes. »

Mais pour lui, la dynamique reste à être prolongée : « Maintenant il va falloir accueillir les filles qui voudront jouer en club à la rentrée, leur laisser de la place dans les instances de gouvernance des clubs en bénévoles, leur réserver des places en formation pour devenir éducatrices ou animatrices dans le milieu sportif, les écouter et leur donner les moyens de monter des projets, être à leur disposition en fonction de leurs initiatives… C’est une évolution nécessaire et salutaire, qui est déjà en train de se faire. » En septembre 2019, Tatane va d’ailleurs co-construire un programme à destination des jeunes femmes adultes et/ou jeunes mamans, avec elles et pour elles, afin de favoriser la transmission et le pair à pair.

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