Solène Barbance, l’Irlandaise

Dans le petit monde du football, les destinations sont parfois exotiques. Du Nord au Sud, d’Est en Ouest, les joueurs et joueuses traversent le globe ou simplement l’océan pour pratiquer dignement leur sport. Parfois, seule, la Manche sépare deux contrées. Solène Barbance, ancienne pensionnaire de Clairefontaine, a pris son courage à deux mains et l’a traversée. Claude Nougaro poussait déjà la chansonnette à sa gloire. Cette saison, elle est devenue « l’irlandaise ». La milieu de terrain française a choisi de quitter le PSG et la France pour Peamount United, plus grand club Irlandais. Rencontre et découverte d’une joueuse et d’un championnat inconnu du grand public.

Le coup classique. Dans beaucoup de familles françaises, le/la benjamin(e) s’extasie devant ses ainés tapant dans un vulgaire ballon de cuir, celui du football. Il/elle suivra la voie déjà toute tracée. L’histoire entre Solène Barbance et le rectangle vert débute de cette manière. La petite fille, sage, observe son père et son frère aux entraînements. La magie opère. « J’allais voir ma famille au football. J’ai commencé à prendre un ballon et jouer avec. L’entraîneur, Patrick Gayrarda suggère à mes parents de m’inscrire au football. Il fut le premier à déceler ma passion pour ce sport. » Sa première licence suivra. A 6 ans, la jeune fille s’engage avec Druelle, petite bourgade Aveyronnaise à l’ouest de Rodez. Les parents respectent son choix, bien qu’une fille jouant au football au milieu des années 90 puisse paraitre incongru. En voyant la volonté de leur fille et son goût pour ce sport, ils l’encouragent dans cette voie et partagent aujourd’hui sa passion.

Elle y joue 4 ans, le temps d’aiguiser ses premières paires de crampons. Direction Rodez, le grand club de la région. Solène joue 5 ans avec les garçons et 3 ans avec les filles. Pourtant, tout n’est pas facile à gérer. Pensionnaire la semaine à Clairefontaine, elle partage son temps entre ses entrainements au centre de formation et ses cours au Lycée de Rambouillet. Le week-end, elle rentre à Rodez pour jouer avec ses coéquipières du club. Une vie de ministre pour la jeune fille. « Tout est une question d’organisation », raconte-t-elle. Par la suite, la joueuse de Peamount trace sa route. Toulouse, PSG puis l’Irlande. A 21 ans, l’ex-internationale U20 a déjà un beau palmarès. Championne d’Europe avec les U19 (2010), championne d’Europe puis Olympique avec l’équipe universitaire de Paul Sabatier sous la houlette de son coach Sylvain Blaise, le CV est déjà bien garni.


 


L’épisode PSG


Fin de saison 2011. Ciel gris sur le Sud-Ouest de la France. Solène connait une passe difficile. Malgré la joie des titres avec l’université, la déception est présente. La milieu connaît les méandres d’une grave blessure, puis son club de Toulouse descend en D2. La malchance la traque. Un choix s’offre à elle : rester au TFC en D2 ou attendre des propositions de D1. Le choix se portera sur la deuxième solution. Solène reçoit plusieurs demandes mais elle n’hésite pas à tenter l’aventure dans la capitale.


Le staff parisien la contacte pour intégrer le groupe. L’aventure commence. Les feux sont aux verts dans la ville des Lumières. Pourtant, tout ne se passe pas « parfaitement ». Remise à peine de blessure, Solène ne peut que trop rarement humer la D1. Elle répond honnêtement sur cette situation. « Je pense que je n’étais pas spécialement au niveau que j’aurais souhaité. Quand on revient d’une blessure, c’est assez compliqué. De plus, c’était la première fois que j’étais écartée des terrains aussi longuement. Il a fallu gérer les appréhensions dans ma façon de jouer et prendre le temps de retrouver confiance en moi. », reconnait-elle. Des regrets ? Aucun. Malgré le choix culotté, Solène assume. Et même si elle a peu joué. L’expérience restera enrichissante. De plus, les staffs technique et médical du PSG ont su parfaitement gérer son retour sur les terrains.

L’Irlande, le grand saut vers l’inconnu


Le football n’est pas la seule activité dans la vie d’une joueuse. Comme beaucoup, Solène continue ses études. Après une licence STAPS Management du Sport, la recherche de Master ne se fait pas sans mal. Objectif : apprendre l’anglais avant tout. Elle fait le grand saut, direction l’Irlande et ceci malgré des contacts avec des clubs du championnat de D1. Pour des raisons professionnelles mais aussi sportives. Curieuse, Solène veut découvrir autre chose que le championnat de D1. Une âme de baroudeuse.

Le choix n’est pas anodin. « Si j’ai choisi l’Irlande, c’est pour les valeurs humaines. Les irlandais ont une gentillesse naturelle, c’est agréable », explique-t-elle bien que cela ne soit pas la seule raison de son voyage, « Je voulais également découvrir une autre approche du football ». Elle assure que le championnat est d’un bon niveau et que Peamount, leader et tête d’affiche du championnat, rivaliserait avec des équipes du niveau de l’ASSE ou de Guingamp. Néanmoins, sa « composition » peut surprendre. Sur la ligne de départ, nous comptons 7 équipes. Chacune se rencontre 3 fois par saison rappelant étrangement les championnats du nord du Royaume-Uni tel que le championnat masculin écossais.


Une vie différente

Quand les gens parlent de sport en Irlande, le football ne vient pas tout de suite à la bouche. D’abord terre de rugby, il poursuit néanmoins sa progression, entrainant ainsi les féminines dans cette dynamique.

Niveau médiatique, il existe des sites spécialisés sur le marché dont « extratime.fr ». Cependant, seuls les matchs de l’équipe nationale sont diffusés. En Ligue des Champions, l’équipe de Peamount n’a pu réitérer sa qualification en 16ème de finale, qui l’avait conduit l’an passé à affronter le PSG. Le club Irlandais a stoppé sa route en finissant 2ème sur 4 dans son groupe.

Or, l’Irlande avance. Doucement mais sûrement. Pas encore le niveau de la France, l’équipe nationale arrive cependant à faire des « résultats ». La dernière défaite face aux USA (2-0) prouve bien que les Irlandaises sont sur la bonne voie. Ce qui compte pour elles ? La bière ? Sûrement, mais surtout la passion. « Vous savez, ici, l’engouement pour ce sport et la combativité priment pour les joueuses. Certaines filles de mon équipe font près de 2 à 4h de route pour venir jouer à Peamount ! Pourquoi ? Car, c’est la meilleure équipe de l’île», explique-t-elle avec un véritable respect pour ses coéquipières.
 

Le « Fighting Spirit »

Le football anglais, ce sont beaucoup de clichés. De l’engagement, des buts, des chandelles, une technique approximative. L’Equipe du Dimanche, tous les semaines sur Canal, n’hésite pas à se moquer des gardiens anglais. Pourtant, le jeu est technique ! Les équipes jouent plutôt bien et ne balancent pas. Malgré tout, certaines remarques ne sont pas totalement fausses, et pas les plus mauvaises. « Il y a beaucoup de clichés mais le fighting spirit existe bien. J’apprends à « muscler » mon jeu en milieu de terrain. Souvent, les filles me le répètent. Muscle ton jeu Solène ! (rires) », décrit-elle rappelant le vif échange entre Robert Pires et Aimé Jacquet lors de la Coupe du Monde 1998.
 

Solène s’est vite habituée à ce nouveau style de vie. La « Frenchie » est bien en Irlande. C’est même la seule étrangère du championnat d’après ses dires. Elle profite pleinement de cette saison pour engranger un maximum d’expérience et de confiance. Quant à l’année prochaine, elle fera son choix en fonction de ses études et des propositions qui lui seront faites par les clubs. Néanmoins, la française a toujours un œil sur ses nouveaux voisins anglais. Arsenal surtout. Rappelant étrangement un ancien « Gunner » qui devait aussi muscler son jeu. On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve …


Toujours un regard sur la D1 et les Bleues


Solène a connu le parcours « classique » d’une joueuse de Clairefontaine, c’est-à-dire les sélections jeunes de l’EDF. Alors que sa génération, celle des Catala & co (1991), commence à faire partie intégrante de la sélection A, l’Aveyronnaise savoure pour ses copines : « Je suis heureuse pour elle, cela récompense tout leur travail », répond-elle simplement. Néanmoins, la sélection bleue reste dans un coin de sa tête. « Comme toute française, j’y pense. C’est toujours un honneur d’être sélectionnée. Je suis ambitieuse et je vais poursuivre mes efforts.» Relancée par Peamount, Solène semble sur la bonne voie. Alors, l’EDF, utopique ?

Les pelouses de D1 furent celles de ses débuts et elle ne les oubliera pas. Amatrice de football avant tout, elle suit attentivement les résultats du championnat et de son ancien club le PSG, toujours de façon positive. « Je trouve très bien que le club ait changé de dimension. J’aimerais par la suite que la professionnalisation touche tous les clubs. », explique-t-elle. Pourtant, Solène ne voit pas Lyon perdre le championnat. « Honnêtement, je pense que l’OL va encore tout gagner cette saison. Avec le recrutement effectué et le titre de championne du monde des clubs, elles accentuent leur domination sur la scène internationale. Tonazzi enquille, Schelin aussi. Abily est au top pour n’en citer que quelques unes. Mais le championnat est surprenant. On enterrait Juvisy et elles sont revenues dans la course. Il y aura une vraie bataille pour la seconde place », conclue-t-elle.

Mais pour l’instant, Solène poursuit son aventure en Irlande. Joyeuse, elle se rappellera longtemps de cette expérience loin de la France et de son Aveyron natal. Les irlandais(e)s s’en rappelleront aussi. La « Frenchie », il n’y en a qu’une.

Charles Chevillard

Crédits Photo Extra Time, aop-press.com, PSG.FR, football-uniform.up.d.seesaa.net