Sheki, le village azerbaïdjanais où les jeunes filles veulent jouer en Ligue des championnes plutôt que se marier à 15 ans

@Imam Hasanov

En France, des Gaulois irréductibles ont résisté à l’envahisseur romain. En Azerbaïdjan, des footballeuses tentent de résister à des traditions rétrogrades et au mariage forcé dès l’âge de 15 ans. Leurs Uderzo et Goscinny à elles s’appellent Mamed et Svetlana. C’est Mamed qui a créé un club féminin de football à Sheki, avec l’appui de son épouse Svetlana. Mamed fera bientôt l’objet d’un documentaire… dont la productrice sollicite un financement participatif sur Kickstarter.

Aux confins de l’Azerbaïdjan, en milieu rural, il est beaucoup plus difficile de lutter contre le poids et l’injustice des traditions que dans la capitale Bakou. C’est pourtant ce que tente de faire Mamed, grâce à la magie du football, dans la localité de Sheki (ou Shaki, ou Chaki, les transcriptions varient). Lui-même ancien footballeur, Mamed a réussi le triple exploit de créer une équipe féminine de football, de faire construire un stade de foot afin que les joueuses s’y entraînent et de convaincre certaines familles de laisser les filles, épouses ou sœurs pratiquer le football.

Prêcher le football plutôt que l’obscurantisme

L’objectif de Mamed ne se limite pas à gagner des matches. Il faut aussi et surtout remporter un combat, celui contre le poids de traditions qui incitent les parents à marier – de force – leurs filles dès 15 ans, afin de leur garantir un avenir semé d’amertume. Dans cette région où le sport au féminin est souvent considéré comme un péché, Mamed entend prêcher le football.

Avec l’aide de son épouse, il a fondé un club et une équipe où Farida est vite devenue la capitaine et Parishan une buteuse prolifique, ce qui est beaucoup plus valorisant que de procréer avant la fin de l’adolescence. L’équipe a recruté plusieurs de ses joueuses dans un orphelinat local, où les autorités ont ensuite accepté que soit construit un petit stade. Deux footballeuses de l’orphelinat, Fidan et Nahida, évolueraient maintenant dans l’équipe nationale d’Azerbaïdjan (on n’a pas trouvé leurs prénoms ni mention de leur club dans la composition de l’équipe type senior, mais il s’agit peut-être des U17 ou U19).

Quoi qu’il en soit, le club de Sheki espère disputer un premier match en Ligue des championnes (senior ?), mais la crise sanitaire pourrait s’y opposer. En effet, plusieurs familles ont profité de ce que les footballeuses ne pouvaient plus s’entraîner pendant le confinement pour les reconfiner dans des traditions misogynes et les éloigner du sport.

T’as pas cent balles ?

C’est ce combat footballistico-sociétal de Mamed que se propose d’évoquer un documentaire en attente de tournage. Le réalisateur et la productrice du documentaire, Imam Hasanov et Maria Ibrahimova, ont en commun d’avoir été primés à la Berlinale. Mais cela ne suffit pas pour financer un documentaire. D’où leur appel à un financement participatif, lancé jusqu’au 2 mars 2021 sur la plateforme Kickstarter.

Les documentaristes recherchent l’équivalent de 4 537 euros pour financer divers frais logistiques et techniques. Au moment d’écrire ces lignes, l’appel aux dons avait permis d’obtenir 43 % de l’argent, soit 1 970 euros. On espère que cet article aidera l’équipe de tournage à trouver les quelque 57 % restants.

Comment utiliser ensuite ce documentaire d’une manière astucieuse ? En le diffusant dans des festivals et sur des chaînes de télévision ou de vidéo à la demande, certes. Mais on pourrait aussi – lorsque les stades accueilleront à nouveau du public – diffuser tout ou partie du documentaire en lever de rideau. Par exemple, avant un match de l’équipe nationale féminine de football d’Azerbaïdjan (aujourd’hui 72e au classement Fifa) ou avant un match du club féminin de Sheki à l’étranger. Cela ne ferait pas forcément gagner l’équipe, mais les joueuses azerbaïdjanaises y gagneraient en fierté et en respect. Presque l’équivalent d’une victoire.

Source photo : Imam Hasanov

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