Sarah M’Barek : « Je veux semer le trouble dans ce championnat »

Ancienne joueuse, ancienne internationale, ancienne coach de Montpellier, Sarah M’Barek a posé ses valises en Côtes d’Armor cet été. A bientôt 36 ans, la seule femme à entraîner en D1 féminine se livre sans concession à Foot d’Elles avec une ambition claire et peu commune : marquer l’histoire du football féminin français.
 

Bilan des quatre premiers matchs :


Sarah M’Barek : Par rapport à ce que l’on espérait et à ce que l’on s’était fixé comme objectifs à court terme, on est dans ce que nous avions plus ou moins prévu, sauf pour le match contre Rodez. En effet, ce jour-là nous n’avons pas été capables d’obtenir la victoire et nous avons fait un match nul, qui nous occasionne 2 points de retard sur ce qu’on aurait pu espérer et ne nous permet pas de réellement bonifier le match nul obtenu chez les vertes.

En même temps, ce résultat contre l’ASSE reste une bonne performance, surtout là-bas, dès la deuxième journée alors que je récupérais à peine, les U19 ayant participé au championnat d’Europe, cela compense donc un peu. Mais pour l’heure, ce qui compte c’est de gagner dimanche prochain contre Soyaux afin de pouvoir entamer sereinement le mois qui arrive.
 

L’adaptation des recrues :


SM : L’adaptation des recrues a été très rapide et leur intégration s’est faite naturellement. J’ai d’ailleurs félicité les « anciennes » du club, pour leur accueil et leur prise en charge des nouvelles joueuses, très jeunes pour la majorité. La mayonnaise a très vite pris. Sportivement, il y a encore beaucoup de réglages à trouver et d’automatismes à créer, mais il y a de l’envie déjà, une réelle soif d’apprendre et de progresser. Humainement, ce groupe est très riche, vivant et à l’écoute. Pour l’instant, il vit bien et fait preuve d’une belle solidarité, qui risque d’être mise à rude épreuve avec l’arrivée des gros matchs, mais c’est justement là que l’on va pouvoir découvrir nos limites.

Pour revenir sur le côté sportif, on attend également l’intégration de Leila Maknoun ; cette dernière n’a pas encore pu faire partie du groupe et goûter à la compétition en raison de son reclassement  amateur. On attend donc de voir ce qu’elle va pouvoir apporter dans le jeu.



 

L’adaptation de Sarah M’Barek :


SM : Très bonne. Personnellement, je me sens très bien ici. Les Bretons sont accueillants, le club est à l’écoute et le projet que nous sommes en train de mettre en place associe à la fois construction et ambition. Le dialogue est sincère, direct et permet de gagner du temps.

Avec le staff, c’est pareil, c’est fluide, on se comprend, on se complète, on communique beaucoup, tout ce que j’aime pour être efficace. Ce club met tout en œuvre pour permettre de nous épanouir, nous sommes en train d’avancer et ça, c’est positif !

J’avais besoin d’évoluer, de trouver un souffle nouveau, de changer de cadre pour me réaliser ailleurs, et je crois que la Bretagne m’a reboostée. Mes ambitions sont claires, je veux me positionner dans le top 3 des entraîneurs français, marquer l’histoire du football féminin par mon travail et/ou mon style. Mais je garde les pieds sur terre, et ne voyez là aucune prétention, car je connais les paliers qu’il me reste à franchir et le chemin est encore long.
 

La transition a-t-elle difficile sachant que Guingamp n’a bien sûr pas les mêmes objectifs que Montpellier ?


SM : Oui, le début a été très difficile. Parce que forcément mes exigences, mes inspirations, mes modèles de travail, mes repères ont été mûris et façonnés à Montpellier. Le MHSC reste l’un des meilleurs clubs en France, notamment en matière de Formation, que ce soit chez les filles ou chez les garçons, j’y ai quasiment tout appris !

Quand je suis arrivée ici, il a fallu s’adapter au niveau des conditions d’entraînement et donc des exigences, analyser précisément ce que j’allais pouvoir leur demander et pouvoir obtenir des joueuses sans bruler les étapes, adapter les charges de travail. Parce qu’elles travaillent quasiment toutes ou sont scolarisées. A Montpellier, on avait plus de facilités pour s’entraîner et dans des conditions dignes d’un club qui vise le haut du tableau.



Ici, la situation est différente, nous sommes en pleine construction, il a fallu s’adapter et apprendre à gérer un groupe de haut niveau, qui dispose de peu de plages de repos.

Mais je me suis vite rendu compte qu’ici à Guingamp, ça ne rechigne pas et ça encaisse beaucoup. Honnêtement, il nous faudra passer des paliers pour atteindre l’élite et, globalement, il y a un écart entre les équipes « professionnelles » et la nôtre, mais dans l’envie et dans la motivation, dans l’écoute ou dans le respect c’est bien au-delà de mes espérances, c’est un groupe qui peut aller très loin s’il continue à bosser autant.

Maintenant c’est une nouvelle vie, de nouveaux objectifs et une nouvelle façon de travailler. Et cela va me permettre de compléter mon panel d’entraîneur, de m’enrichir de cette expérience et de poursuivre ma progression.
 

La seule femme à entraîner en D1 féminine :


SM : Sincèrement c’est une fierté. En effet, c’est à la fois un honneur et une grande responsabilité que de représenter les femmes dans un tel métier. Devenir entraîneur a toujours été une volonté et non un choix par défaut. Le football est un monde encore assez fermé aux femmes, même si les choses évoluent doucement depuis quelques années, mais une femme doit sans cesse prouver qu’elle a des compétences, et qu’elle peut avoir sa place dans un cet univers masculin !

Nombreux sont ceux qui pensent qu’une femme pour entraîner des femmes c’est difficile ! Oui je suis d’accord, c’est certainement plus difficile que pour un homme parce qu’il existe cette sorte de rivalité entre femmes, mais « qui peut mieux comprendre une femme qu’une femme ? ». Avec du recul, aujourd’hui je reste persuadée que le plus important relève du domaine du savoir-faire et de l’expérience pour gérer un groupe, un groupe de femmes en l’occurrence.

J’ai eu la chance de faire mes classes dans un club professionnel, au milieu d’entraîneurs hommes, de passer mes diplômes avec les hommes, j’ai donc été formatée comme eux, tout en conservant ma sensibilité féminine, qui je pense peut parfois être un atout. Il a fallu s’imposer et se faire respecter, faire comprendre aux gens que derrière ce petit sourire il y avait beaucoup de rage et l’envie de réussir dans ce métier.

Encore plus que pour un homme, nous devons prouver que nous sommes des professionnelles, que nous sommes là pour gagner des titres, pour avoir des résultats, pour relever les différents challenges proposés au cours de notre carrière.

Je vais avoir 36 ans et j’entame ma septième année en première division en tant qu’entraîneur, alors oui je suis fière de représenter les femmes et fière d’avoir franchi pas mal d’étapes, mais je ne compte surtout pas m’arrêter là, j’ai faim de titres, je me suis mis en tête un plan de carrière et je mettrai tout en œuvre pour m’y tenir ; je sais où je veux aller, d’autant que cette perspective d’évolution ne s’arrête pas uniquement à la D1 féminine, ou au football féminin. Pourquoi  pas, un jour,  intégrer un staff d’une équipe professionnelle hommes ?

L’exigence et la rigueur que je demande aux joueuses, je me l’impose à moi-même, parce que le travail paye toujours. Avec une telle philosophie, je suis pleinement consciente que la route est encore semée d’embûches et qu’il va me falloir beaucoup œuvrer pour atteindre mes objectifs.



 

La passe de 3 à venir (Paris, Montpellier, Juvisy) :


SM : Comme j’ai pu vous le dire précédemment, ces matchs vont mettre le groupe à rude épreuve. Il va falloir être prêtes psychologiquement. Être capables d’encaisser les défaites si cela se produit. A l’inverse, rester lucides et humbles si l’on parvient à faire des résultats en notre faveur. Gardez la tête froide. Gardez nos valeurs, car c’est vraiment ce qui est au centre du projet ici à Guingamp.

Je ne vous cache pas que j’y pense forcement beaucoup. Je pense que cela va être un tournant pour le groupe et le club. On va savoir ce qu’il nous reste à faire, où nous nous situons réellement. Je suis pressée d’y être. J’ai envie d’évaluer mon groupe et mon équipe. J’ai une équipe qui a vraiment du cœur. Et beaucoup d’envie. Donc l’objectif sera d’emmagasiner un maximum de points. Sur les 3 rencontres, il y a deux déplacements, à Montpellier et à Juvisy, donc je suis lucide et je sais que ce sera difficile. Je suis quelqu’un de posée, avec la tête sur les épaules, Mais je garde espoir et on va tout mettre en œuvre pour jouer les coups à fond.
 

Le retour à Montpellier à venir avec Guingamp :


SM : Ce sera évidemment particulier pour moi. Quand tu rencontres ton ancien club, que ce soit en tant que joueuse ou en tant qu’entraîneur, tu as envie de faire un gros match. La motivation est au-delà de tout. Je suis très contente d’y retourner pour voir tous mes amis, ma famille et ceux qui ont été là pour me suivre. J’espère que les présidents Nicollin seront présents, j’ai beaucoup d’estime pour eux et je n’oublie pas d’où je viens.

Maintenant j’y vais avec la rage au ventre et beaucoup d’envie, pour essayer de les accrocher. Si on perd, c’est normal, car avec un tel effectif et un tel recrutement, je pense que le MHSC peut prétendre à jouer le titre ! Nous serons en position d’outsider dans ce genre de match, donc  pas de pression excessive, juste ce qu’il faut pour ne pas avoir de regrets. Je veux semer le trouble dans ce championnat. Je veux qu’après chaque match les filles sortent grandies et qu’elles aient tout donné.

Propos recueillis par Nicolas Cotten

Crédits photos : En Avant de Guingamp / Giovani Pablo / Le Télégramme