Sabrina Viguier : « Je ne regrette rien »

Cela fait maintenant plus d’un mois que Sabrina Viguier a quitté l’Olympique lyonnais pour rejoindre la Suède et son nouveau club de Göteborg. L’occasion pour Foot d’Elles de s’entretenir avec la défenseure française aux 92 sélections sous le maillot frappé du coq. Entre nostalgie, anecdotes et mise au point, Sabrina Viguier n’a évité aucun sujet, nous offrant de fait une singulière interview.

 

 

On vous a vue très émue au terme de votre ultime match avec Lyon face à Rodez, le 30 mars dernier. Qu’avez-vous ressenti au moment du coup de sifflet final ?

J’étais contente que nous ayons gagné, mais je savais que je quittais une équipe de classe où j’ai vraiment passé de bons moments. J’étais vraiment triste ! Même si tu sais que ça va s’arrêter un jour, quand ça arrive c’est difficile. C’était particulier, c’était chez moi, il y avait ma famille, mes amis…

 

Vous avez fait le choix de partir en Suède pour évoluer sous les couleurs du Göteborg FC en Damallsvenskan. Aviez-vous eu d’autres propositions venant de clubs français ou étrangers ?

Oui, j’avais plusieurs opportunités, mais celle-ci correspondait le mieux à ce que je pouvais rechercher en quittant Lyon.

 

Quelles différences notables y a-t-il entre le championnat suédois et la D1 française selon vous ?

Le championnat suédois est plus équilibré. Les équipes sont homogènes entre elles et hétérogènes en leur sein. Il y a 4 ou 5 bonnes joueuses dans chaque club. Du coup, les équipes jouent moins sur les individualités mais plus sur la performance collective. Chaque équipe peut perdre ou gagner. C’est plus physique mais moins technique. Autre particularité, dans chaque équipe, il y a 4 ou 5 géantes ! Dans le couloir qui mène au terrain, tu te sens petite ! Du coup, tu défends un peu différemment parce que tu as beau sauter, tu ne prendras pas le ballon de la tête !

 

 

 

Vous avez été titularisée lors des quatre premiers matches de championnat de votre nouvelle équipe de Göteborg. A titre personnel, comment jugeriez-vous votre entame de saison ?

Je suis contente dans l’ensemble. Je commence à m’intégrer dans le collectif et à connaître l’ensemble de mes coéquipières. J’essaie d’apporter mon expérience et de faire en sorte que l’on prenne le moins de buts possible. Pour l’instant, nous n’avons pas perdu et l’équipe joue de mieux en mieux. C’est de bon augure.

 

Comment se passe votre adaptation dans votre nouveau club ainsi que dans la vie de tous les jours ?

L’adaptation s’est faite naturellement, tout se passe bien pour l’instant. Tout le monde m’a bien accueillie et a fait en sorte que les nouvelles joueuses se sentent bien. Je parle anglais la plupart du temps, du moins j’essaie ! J’ai commencé très tôt les cours de suédois. Les Suédois sont très respectueux. Tout d’abord, ils sont respectueux de l’autorité ! Sur les routes, par exemple, ça n’a rien à voir avec la France ; ils sont trop calmes ici ! Si c’est limité à 90, ils roulent tous à 80 et personne ne te double à fond ! Personne ne te colle pour te dire « allez, accélère ! ». Distance de sécurité oblige !

 

 

« Tout le monde m’a bien accueillie »

 

Côté environnement, il y a 25 poubelles différentes ! J’exagère… Mais il y en a pour les papiers, les plastiques, les boîtes de conserve, les journaux, les déchets ménagers, les verres, les piles… Et tout le monde trie ! J’ai dû me tromper quelquefois d’ailleurs… Ils sont également très respectueux des autres. Parfois ils me parlent en suédois ; je réponds  » Sorry, I don’t speak swedish » et immédiatement, ils s’excusent presque de ne pas avoir saisi que tu ne parlais pas suédois et ils se mettent à te parler anglais… Autre chose m’a interpellée : les Suédois mangent tôt le soir, vers 18 h 00 ! Il faut aussi savoir qu’ils boivent du café à longueur de journée !

Vous devez avoir pas mal d’anecdotes en stock du coup…

Je me souviens du jour où je suis arrivée en Suède ; le soir, il y avait un petit « Bambi » devant ma fenêtre, en plein milieu d’un lotissement ! C’était sympa, bienvenue en Suède !

 

 

 

Votre ancienne coéquipière à Lyon, Lotta Schelin, avait déclaré au cours d’une interview que vous étiez une excellente cuisinière. Du coup, lorsque l’on est invité chez Sabrina Viguier, quel(s) délicieux plat(s) peut-on déguster ?

Je n’ai pas de recette particulière… Je reproduis ce que l’on m’a appris et parfois j’essaie de nouveaux trucs ! Pour moi, cuisiner est un plaisir. J’ai été élevée à la campagne. Mes grands-parents étaient agriculteurs : nous avons toujours eu droit aux produits de la maison. Le poulet aveyronnais et les paupiettes de veau me manquent… Bon je le reconnais, j’avais emporté dans ma valise un pli de saucisse et un bocal de pâté ! Bien manger dans le sens manger de bons produits, pour moi c’est vital. J’ai beaucoup appris de mes parents en les regardant faire ou en faisant avec eux… J’aime cuisiner, tout simplement parce que j’aime manger ce qui est bon, et j’apprécie de partager ce plaisir ! Pour moi, il faut garder toutes ces traditions culinaires, ça fait partie du patrimoine. Cependant, ma maman reste le top chef de la famille. Je ne pense pas que l’élève pourra un jour dépasser le maître !

 

Lotta Schelin a également déclaré à plusieurs reprises vouloir revenir un jour dans son club de cœur de Göteborg. Selon-vous, quand vous rejoindra-t-elle au Göteborg FC ?

Il lui reste 2 ans de contrat à Lyon et elle aime ce club. Je pense qu’elle a encore de belles choses à vivre là-bas. L’OL est l’une des meilleures équipes en Europe, voire dans le monde ; il faut que les filles profitent à fond de la chance qu’elles ont ! Je suis persuadée qu’elles peuvent encore gagner beaucoup de choses. Quant à moi, d’ici deux ans, je pense que j’aurai pris ma retraite footballistique !

 

Dans un entretien accordé au journal l’Equipe, Bruno Bini vous a incluse dans un lot de joueuses « n’ayant pas eu un comportement conforme à une internationale et faisant passer leurs intérêts personnels avant celui de l’Équipe de France ». Qu’avez-vous à répondre à cela ? (Les autres joueuses incriminées sont Camille Abily, Sonia Bompastor et Elise Bussaglia NDLR).

 

Pour répondre à cela, il faudrait que je connaisse exactement la définition du « comportement conforme » à une internationale ! La conformité, c’est très subjectif. Je n’ai pas forcément envie d’entrer dans cette polémique, d’autant plus que si je dois répondre quelque chose, ce ne sera certainement pas par l’intermédiaire d’un média. Faire le procès de chacun à travers la presse n’a aucun sens et ne peut faire que du mal au foot féminin ; alors, je parlerai seulement de moi.

 

 

 

Ça m’a fait bizarre au départ, car je ne me reconnais pas vraiment dans cette description ; mais chacun est libre de penser ce qu’il veut et d’interpréter ce qui a été dit comme il le veut ! Je ne pense pas mériter d’être traitée de la sorte. Aux Jeux Olympiques, j’ai été fière d’être dans le groupe et je suis contente d’avoir pu participer à ce qui se fait de mieux au niveau sportif. Je n’ai rien de particulier à me reprocher. Je me suis donnée à 100 % aux entraînements durant toute la compétition. J’étais remplaçante, donc je me préparais au cas où l’on ferait appel à moi ; j’ai toujours été derrière les coéquipières et j’ai fait ma vie en dehors, comme tout le monde je pense. J’ai joué 12 ans pour l’Equipe de France et 15 ans dans le Championnat de France. J’ai croisé beaucoup de personnes et il me semble que très peu sont capables de dire que j’ai fait passer mes intérêts personnels avant ceux de l’équipe !

 

Quelles ont été les réactions autour de vous, suite à la parution de cet article ?

A la sortie de cet article, j’ai reçu de nombreux messages de soutien. Les gens me connaissent, Bruno aussi. J’aime le foot pour le jeu, mais surtout pour tout ce que ce sport permet de partager collectivement ! La reconnaissance individuelle et les intérêts personnels, ce n’est pas du tout mon truc ! Je sais aussi que l’équipe est d’autant plus forte si toutes les personnes qui la composent tirent dans le même sens. Je pense même avoir perduré au haut-niveau grâce à ces valeurs, qui font que je suis capable de donner beaucoup pour l’équipe. Durant toutes ces années, dans toutes les équipes pour lesquelles j’ai joué, j’ai beaucoup travaillé dans l’ombre, sur et en dehors du terrain pour que tout se passe bien. Avec d’autres, on a souvent relevé des filles et raccroché certaines au wagon comme on dit. Je suis fière de ça et j’ai essayé de faire le mieux possible ! Je me suis investie autant pour chacune des équipes pour lesquelles j’ai joué, quel que soit le niveau, de mon petit club de Lioujas en DH jusqu’en Equipe de France ! Car pour moi, l’important est que tout le monde se sente bien et dans une équipe, on a besoin de tout le monde. Tant que je jouerai et que j’aurai la force pour le faire, j’agirai de la même façon en gardant la même ligne de conduite. C’est moi, je suis comme ça !

 

Ces critiques vous ont-elles blessée ?

Il y aura toujours des critiques, il faut encaisser, passer au-dessus. Je suis bien dans ma tête, je sais également me remettre en question, nul n’est parfait ; mais je ne regrette rien de tout ce que j’ai fait. J’ai aimé toutes les équipes pour lesquelles j’ai joué et j’ai vécu de superbes moments avec chacune d’entre elles. En compensation, j’ai reçu beaucoup au niveau émotions et partage. Je retiendrai tout cela lorsque j’arrêterai le foot. Le reste n’est que faux-débat ! Je n’ai pas encore vu de groupe où 20 filles se promènent main dans la main 24 h sur 24. Dans un groupe, tu as toujours plus d’affinités avec certains qu’avec d’autres. C’est normal, c’est la vie, la société ! Le principal est de respecter tout le monde et de se donner à fond sur le terrain car ça, c’est l’objectif commun. Et c’est ce que je fais !

 

 

 

 

Crédits photos: OL web / Lud’Outdoor Photography / goteborgfc.se