Quelles perspectives pour l’acceptation de l’homosexualité dans le foot ? – 2ème partie

Suite de notre entretien avec Yoann Lemaire. Après les raisons du tabou de l’homosexualité dans le foot, la différence entre foot amateur et foot professionnel, nous poursuivons sur les perspectives d’évolution, les différents leviers d’action et sur la différence entre hommes et femmes sur l’acceptation de l’homosexualité. Avec même une lueur d’optimisme.  

En 15 ans d’engagement, avez-vous vu des signaux positifs, une acceptation croissante ou alors l’évolution demeure limitée ?

Il y a quand même une évolution chez les jeunes, mais qui reste paradoxale. Je vais dans des lycées et les jeunes me disent qu’ils ont des amis gays, que dans leurs séries, il y a des personnages gays, que les médias parlent des célébrités gays, etc… La société évolue et les gamins avec, heureusement. Après ce n’est pas rare que ces mêmes gamins dans leur club de foot reprennent leur déguisement de Superman, de « superviril » en se proclamant « pas PD ». Il y a de manière générale une nette progression chez les jeunes, avec de moins en moins de comportements homophobes. Mais ces comportements sont peut-être plus violents qu’auparavant. La société avance puisqu’ils sont de plus en plus seuls dans leur bêtise. Mais cela est sensible et fragile. Avec l’arrivée du nationalisme et du conservatisme, en Italie, en Espagne, au Brésil, aux Etats-Unis, en Russie, partout dans le monde, on se dit que ça peut rebasculer à tout moment. Cette construction reste assez fragile.

Les leviers d’action semblent être nombreux : institutions, associations, milieu scolaire. Quel est le plus important selon vous ?

La clé selon moi reste la prise de conscience individuelle. Les parents doivent dès le plus jeune âge éduquer et transmettre des valeurs. On voit aujourd’hui des parents sur le bord des terrains insulter l’arbitre, même les gamins et pousser à bout les enfants. Je parcours les terrains et on voit ce type de comportements se répéter. Des éducateurs reçoivent maintenant des messages de parents disant : « pourquoi mon fils a joué 28 minutes alors que Maxime en a joué 33 ? »… Les parents ont tendance à croire que leur enfant est le futur Ronaldo. Il faut donc une prise de conscience individuelle au niveau des parents et des joueurs. Les joueurs, arrivés à l’âge de 17-18 ans, se doivent aussi d’être bienveillants. Bien évidemment, les éducateurs ont un rôle essentiel, tout comme les présidents de club, les politiques, les instances, l’Equipe de France et les joueurs pros. Antoine Griezmann a récemment donné l’exemple et ça tire la cause vers le haut.

Je passe mon temps à dire à la LFP et la FFF que le foot n’est qu’un sport et qu’ils ont un rôle essentiel pour éduquer les jeunes. Des éducateurs disent parfois qu’ils sont là pour gagner, pour monter en DH et… c’est tout. Ils ont tout faux. Pourtant ils ont des diplômes d’éducateur et ont donc pour rôle d’éduquer : arriver à l’heure, respecter les consignes, les règles du club, transmettre des valeurs, respecter les arbitres. Tout cela est une question d’éducation. Je pense que les instances ont compris que c’était un vecteur pour améliorer la société.

Revenons à votre film. Vous montrez à un moment une équipe de basket féminine, où il semble plus courant ou plus facile de parler de son homosexualité. Est-ce que vous pensez qu’il y a une différence entre les hommes et les femmes sur le sujet et si oui, pourquoi ?

Je ne suis pas une femme donc je n’ai jamais été dans un vestiaire ni joué dans une équipe féminine. Maintenant, j’entends un peu tout et n’importe quoi. Il me semble en effet que c’est mieux chez les femmes car elles sont généralement plus tolérantes et vont préférer discuter, trouver des solutions au lieu de partir dans l’insulte et même de se battre. La femme a peut-être ici un petit temps d’avance intellectuel. Il y a aussi beaucoup plus de lesbiennes dans le sport. On entend souvent qu’il n’y a pas d’homosexuels chez les garçons et que des lesbiennes chez les filles. C’est très caricatural mais effectivement il y a moins d’homosexuels hommes que ce que dit cette fameuse loi des 7-10% et chez les femmes, il y en a peut-être plus. J’ai même vu des femmes dans des clubs se dire qu’elles avaient peut d’être discriminées car elles étaient hétéros. Dans le sport, il faut donc se distancier des statistiques. Au final, je n’en sais rien, mais de ce que j’ai vu, c’est plus détendu chez les femmes où on peut arriver avec sa copine, se marier, adopter et où tout se passe bien avec le club.

Enfin, que vous inspire l’idée du Festival Foot d’Elles de mêler sport et cinéma incluant des thématiques diverses comme l’homosexualité, l’égalité femmes-hommes et la mixité ?

C’est essentiel et extrêmement important parce que les causes passeront par la médiatisation, les films, les festivals. C’est très important de montrer des films travaillés. Ce sont des travaux concrets, qui parlent de société, de problèmes ou de bonnes choses au contraire. C’est bien de montrer ce que le cinéma et le sport peuvent apporter. C’est génial. Les mettre dans des clubs sportifs, les diffuser au maximum, c’est essentiel pour passer des beaux messages.

Propos recueillis par Max Seeler

Pour la première partie de l’entretien, cliquez ici.

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