Le PSG envisage de coupler les matches de l’élite féminine et masculine

Et si l’on proposait un billet unique pour les matches à domicile des équipes féminine et masculine du PSG ? Le club parisien envisage de concrétiser cette suggestion dans un avenir plus ou moins proche. Il ne reste plus qu’à surmonter les obstacles et les préjugés.

Selon L’Équipe du 9 septembre 2018, la direction du PSG réfléchit sérieusement à la perspective d’un billet couplé donnant droit, le même jour, au match de l’équipe pro féminine et à celui de l’équipe élite masculine. La rencontre féminine se disputerait au stade Jean-Bouin, juste avant le match des garçons au Parc des Princes.

Une vraie bonne idée

Deux matches le même jour (pour le prix d’un seul ?) dans deux stades tout proches l’un de l’autre. Les mêmes spectateurs pourraient ainsi encourager, à quelques heures d’intervalle, Marie-Antoinette Katoto et Kadidiatou Diani puis Kylian Mbappé et Neymar.

La formule aurait l’avantage de promouvoir les matches de football pratiqué par les femmes en s’appuyant d’emblée sur un marché captif, celui des abonnements, et en courtisant deux nouvelles cibles potentielles, celle des adeptes de l’équipe masculine qui découvriraient – un peu mieux – le foot pratiqué par les femmes et celle des adeptes de l’équipe féminine qui découvriraient – un peu plus – le foot pratiqué par les hommes.

L’opération aurait en outre la faveur du Stade-Français, ne serait-ce que pour la notoriété de son enceinte sportive et pour les recettes de billetterie supplémentaires qu’elle lui apporterait.

Une fausse bonne idée

Pour généreux qu’il apparaisse, le couplage des billets se heurte à des obstacles matériels difficiles à surmonter en l’état. Mathématiquement, seul un match sur quatre est susceptible de donner lieu à un billet « mixte », puisque les deux équipes doivent jouer le même jour à domicile.

Les quatre autres principaux obstacles échappent en principe au bon vouloir du PSG et de ses dirigeants. Le groupe Canal+ privilégiera sans nul doute la diffusion du Top 14 de rugby, générateur de meilleures audiences, plutôt qu’une D1 féminine aux chiffres d’Audimat plutôt confidentiels. Une bonne exposition cathodique du PSG féminin présuppose alors une (re)négociation à trois, où la voix du club porterait moins que celles du diffuseur et de la ligue.

Les deux obstacles de nature financière semblent encore plus difficiles à surmonter. Il s’agira tout d’abord de convaincre le public d’acheter un billet couplé sans grever le budget des ménages ni la trésorerie du club, tout en offrant aux exploitants de Jean-Bouin l’argent qui leur est dû.
La préfecture de police de Paris (donc in fine le ministère de l’Intérieur) devra en outre accepter de déployer des forces de l’ordre à horaires rapprochés sur deux sites au lieu d’un. Il s’agit bien là d’un obstacle financier, puisque les autorités sont habilitées depuis peu à facturer leurs opérations de maintien de l’ordre – et au prix fort.

Le quatrième et dernier obstacle tient à la fréquentation du stade Jean-Bouin, ou plutôt à la faible affluence lors des matches de l’équipe féminine. Il s’agit là d’un obstacle certes financier (payer plus cher pour voir deux rencontres), mais aussi matériel (avoir le temps ou l’envie d’assister à deux matches quasi consécutifs) et surtout psychologique (vaincre les préjugés phallocrates et misogynes).

Quelques pistes de réflexion

On peut imaginer moult formules susceptibles de dynamiser la fréquentation des stades lors des matches des femmes, mais aussi de féminiser quelque peu le public du Parc des Princes. En voici quelques-unes, chiffres à l’appui.

2 + 2 = 50 %

Puisque l’argent reste le nerf de la guerre psychologique, incitons les gens à se distraire en dépensant moins. Il suffirait par exemple de vendre des billets spéciaux pour groupes de quatre, mais avec une obligation de stricte parité : deux filles + deux garçons = moitié prix pour tout le monde !

Une telle formule peut s’utiliser de différentes façons, c’est-à-dire pour un seul match (masculin ou féminin) ou en couplant deux matches (masculin et féminin). Il faudra juste en parler aux comptables du club et aux logisticiens des stades, afin de leur éviter un ulcère ou une grosse migraine.

1 + 1 = 1

Les dirigeants du PSG suggèrent une sorte de lever de rideau qui n’en est pas un : un match dans un stade, comme « lever de rideau » pour un match dans un autre stade. On ne saurait faire plus hypocrite !

Un vrai lever de rideau, c’est un match qui se dispute avant un autre match, mais dans le même stade et sur la même pelouse. Il faut juste que le jardinier en chef soit d’accord.

Et que le public soit d’accord aussi. Faute de quoi, les gens n’arriveront au stade que pour le match « principal » et snoberont ainsi le lever de rideau.
Et si l’on inversait l’ordre des matches, en faisant jouer le match des garçons en lever de rideau, puis le match des filles en prime time ? Là encore, le risque majeur serait de voir les trois quarts du public filer à la parisienne avant même que les footballeuses n’arrivent sur le terrain.

L’argent pourrait fournir là aussi un levier providentiel, à travers la mise en place d’un bonus offensif attractif. Plusieurs méthodes sont envisageables pour inciter le public à voir l’ensemble des deux matches. Chaque billet « mixte » serait en partie remboursable (en espèces, en nature ou par l’obtention d’un billet à tarif réduit pour une rencontre ultérieure) à condition que les gens assistent aux deux matches. Si les filles lèvent le rideau, le bonus ne concernerait que les personnes entrées avant le lever de rideau. Et si les garçons lèvent le rideau, le bonus serait offert seulement après le match principal.
Cela nécessiterait sans doute une réorganisation de la billetterie et des guichets, mais l’expérience vaut d’être tentée.

11 + 11 = 22

Tout le monde connaît le cérémonial. Avant chaque match, des enfants et des préados accompagnent les deux équipes sur le terrain. Et pourquoi pas leur adjoindre une personne adulte de l’autre sexe ? On verrait ainsi Thomas Meunier, tout cramponné, serrant d’un côté la menotte d’un petit garçon et de l’autre la main d’Ève Périsset. Ou bien, à l’occasion d’un match de D1, Grace Geyoro serrant la paluche d’Adrien Rabiot et celle d’une gamine.

La présence éphémère sur le terrain de vingt-deux pros dans chaque équipe offrirait un coup de projecteur intéressant sur le football pratiqué par les femmes, en même temps qu’une belle opération marketing. Reste à savoir quelles footballeuses ou footballeurs pros iraient serrer les mains de l’équipe adverse.

11 +11 = 11

Encore plus d’audace ? On a ça en rayon. 🙂

Et si l’on organisait un match vraiment mixte, où chaque équipe se composerait de footballeurs et de footballeuses ? Il s’agirait forcément d’un match amical, de préférence entre deux clubs rivaux (idéalement, le PSG et l’OL), mais pas d’un match sans enjeu.

L’enjeu, c’est la récompense : seuls les meilleures garçons et seules les meilleures filles de chaque club pro seraient titulaires, et ainsi de suite pour le banc de touche.

La règle serait simple : sexe unique au poste de gardien de but (avec changement de sexe à la mi-temps) et obligation de mettre au moins une fille dans chaque ligne (défense, milieu, attaque). Donc, cinq joueurs de champ et cinq joueuses de champ dans chaque équipe, avec inversion du « genre » de chaque poste en seconde mi-temps. Le quatuor arbitral (mixte, lui aussi) aménagerait bien évidemment la cartographie des sanctions, afin d’éviter toute opération de boucherie.

Cette « inversion des genres » aurait ainsi l’avantage de proposer, en doublant les postes, une équipe masculine et une équipe féminine au grand complet : la feuille de match inclurait forcément l’ensemble des titulaires et du banc de touche, puisqu’il y aurait une « rotation » à la mi-temps.

Le prétexte idéal d’un tel match à mixité absolue serait que le PSG remporte le championnat de Ligue 1 juste devant l’OL et que l’OL remporte le championnat de D1 juste devant le PSG. C’est bien sûr un cas de figure que l’on ne saurait programmer d’avance, mais auquel il n’est pas interdit de réfléchir et que l’on peut préparer dès maintenant.

 

 

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