Passion foot, ce qui fait rester les dirigeants 

Ils ont la passion du foot. Mais pour devenir dirigeant dans un club, il faut plus que ça… Pourquoi se sont-il impliqués, sans compter leurs heures, l’argent dépensé en déplacement, les relations parfois tendues avec les parents ? Plusieurs responsables de sections féminines nous ont raconté…

Il y a les belles saisons. Et les moins belles. Les parents impliqués. Et les autres. Les joueuses motivées, toujours à l’heure à l’entraînement, qui ne rechignent pas. Et celles qui lâchent, qui râlent, qui se blessent… Les saisons de foot ne se ressemblent pas. Les dirigeants, eux restent souvent plusieurs années, sans se décourager. Tous mettent en avant leur passion pour le foot, le foot pratiqué par les filles/les femmes et leur club. Mais tous ont aussi une histoire à raconter, un petit plus qui les a conduit à cet engagement auprès des joueuses et au service du club.

Joueuse en 1968, présidente en 2018

L’ASJ Soyaux est un club original (le seul club encore associatif dans l’élite) et le parcours de Martine Ferré, sa présidente, encore plus. « J’ai fait partie des premières joueuses de l’équipe féminine, en 1968 », raconte-elle. « Je jouais avec ma cousine et des amis sur le petit terrain à côté de l’église du village, un dirigeant est venu nous proposer de jouer, et je suis entrée au club comme ça ». Puis les sections féminines et masculines se sont séparées et l’ASJ Soyaux est née, en 1982. Entre temps, Martine Ferré a arrêté de jouer (1976) et sa carrière de prof d’éco-gestion puis de cheffe d’établissement l’a éloignée géographiquement de Soyaux, mais la passionnée est restée fidèle au club. « Mes parents y vivaient encore donc je suivais ce qui se passait ».

Il y a deux ans, de retour dans la commune, elle croise Marylin et Claude Fort, les deux piliers du club « dans un bureau de vote ». « Ils m’ont dit qu’ils aimeraient que je revienne, j’ai dit oui ». Elle entre au CA pour gérer la partie relations humaines, puis devient présidente, l’an dernier. « Nous sommes un club atypique », reconnaît Martine Ferré, « nous n’avons pas d’actionnaire, nous devons aller chercher les financements, avec nos bénévoles qui font un boulot énorme ». « Le club n’est pas à vendre mais nous réfléchissons à changer sa forme, car le foot féminin a totalement changé depuis 5 ans », avoue celle qui passe des heures à démarcher des partenaires. « Ca peut paraître has been, mais je veux continuer de défendre les valeurs du club, le maillot blanc et bleu, et les valeurs d’effort, d’amitié et de partage que j’ai toujours connu à Soyaux », défend la présidente, qui y occupe sa retraite.

« Ma fille a pris sa licence au club… »

Alexis Hervier est lui gérant d’une entreprise de transport. Ses heures de président du club Yzeure-Allier-Auvergne, également complètement féminin, sont donc à ajouter à ses semaines déjà chargées. « Ma fille a pris sa licence au club, c’est comme ça que je suis arrivé là », résume-t-il. « Le club avait besoin d’un coup de main, je suis passionné de foot et j’aime transmettre… alors j’ai accepté », raconte-il.

Avec deux équipes au niveau national et quatre au niveau régional, le club est toujours lui aussi à la recherche de sponsors. « Ca prend énormément de temps (plus de deux heures par jour) et c’est indispensable que des gens s’investissent pour que ça avance », reconnaît le président. « Mais avec la vie de famille, et le boulot, c’est compliqué à gérer. » Alexis Hervier est ancien joueur de foot professionnel lui-même. Il a donc du mal à lâcher. « Je prends un réel plaisir à ce poste, et le challenge sportif, comme la construction m’intéressent. On met des choses en place, donc quand ça fonctionne, ça me rend fier. »

Surtout, grâce à tous ceux qui, comme lui, oeuvrent pour le développement des sections féminines, les plus jeunes trouvent des clubs structurés pour les accueillir. « Au FFYAA, nous pouvons accueillir les filles de 6 ans jusqu’aux seniors, les conditions sont de plus en plus agréables, et avec de meilleurs résultats, c’est vraiment encourageant », apprécie le président.

« Certaines joueuses de D1, je les ai connu à 13 ans ! »

Beaucoup plus au Nord, à Lille, la structure est complètement différente, mais l’engagement et la passion sont les mêmes.

Jules-Jean Leplus est le responsable de la section féminine du LOSC. Ce n’est pas sa fille qui l’a amené là, mais des mères de garçons qu’il entrainait au club de Templemars. « Elles sont venues me voir avec l’envie de jouer, alors on a monté une équipe ».

La première année (2004), les relations avec l’entraineur trouvé sont compliquées et c’est donc Jules-Jean Leplus qui reprend les rennes de 2004… à 2015 ! Les équipes féminines se multiplient, et l’équipe 1 monte de cinq divisions en six ans. « Arrivé en D2 il fallait quelqu’un avec un brevet d’état », rappelle le coach de l’époque, qui connaissait bien une des joueuses : son épouse (devenue également dirigeante au LOSC, ndlr)! « Si le conjoint ne suit pas, un engagement comme ça, c’est impossible, ça prend trop de temps ! »

D’autant que Jules-Jean Leplus ne connaissait à l’origine rien au foot féminin. « Mais j’avais l’habitude de travailler en mode projet, dans l’automobile, et j’ai pris ce défi comme ça, comme un projet à mener ! », raconte-il. Entre temps, le projet a bien changé. En 2015, les filles de Templemars intègrent le LOSC. « Aujourd’hui certaines gamines que j’ai connu à 13 ans, comme Anissa Dellidj, Justine Bauduin, ou Charlotte Sailly qui vient de nous quitter, jouent en D1… Le foot féminin, c’est mon bébé, je ne pouvais pas arrêter ! », rapporte l’ancien coach des mamans de Templemars, désigné référent des féminines lors du transfert de droits. « On est parti de Templemars, un club amateur, en D2, pour arriver en D1 Au LOSC, un club professionnel, avec de belles infrastructures, et qui nous a très bien intégré : c’est une expérience géniale à vivre ! »

Aujourd’hui, le dirigeant historique reconnaît qu’il ne peut aller beaucoup plus loin. « La boucle est bouclée », dit-il en se remémorant du « gars de la buvette », aussi important que le président, de Reynald Bergue et Jean-Michel Vandamme, des directeurs adjoints du LOSC qui ont oeuvré à la fusion, des 130 licenciées de Templemars, du « kiné hyper investi ». « Tout le monde est important dans une section, et c’est aussi pour eux qu’on s’investit sans compter ses heures », conclut Jules-Jean Leplus, qui, en plus de son emploi comme chargé d’insertion aux papillons blancs, ne compte pas ses « 30 heures » aux abords des terrains (et en dehors) du LOSC chaque semaine.

 


Crédits Photos : ASJ Soyaux/ FCYAA / LOSC

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