Nicole Abar : Egalité filles-garçons – « tout le monde a à y gagner »

Ancienne joueuse internationale et engagée depuis les années 90’ dans le combat de l’égalité filles-garçons, Nicole Abar nous a fait l’honneur le 21 mai dernier de répondre présent à la soirée d’inauguration de notre Festival Foot d’Elles, dont elle est partenaire. L’occasion pour nous de revenir sur son engagement. Entretien.

Foot d’Elles : Bonjour Nicole, pouvez-vous nous retracer votre riche parcours et nous dire comment vous en êtes arrivés ici ce soir au Carreau du temple ?

Nicole Abar : Je me suis engagée dans le combat pour l’égalité filles-garçons parce qu’il y a eu une situation de discrimination. J’ai vécu de nombreuses années dans le football sans me plaindre, malgré l’absence de visibilité, l’absence de moyens et l’absence de considération. J’ai pensé aux enfants et je me suis dit que ça suffisait l’injustice et ce manque de considération. Je me suis donc engagée dans une association que j’ai créée. J’ai commencé par faire un procès, une première en France et je crois aussi en Europe. On a gagné ce procès et ça a fait jurisprudence. Aujourd’hui, les femmes ne se plaignent pas, se laissent maltraiter. On se conforme, on trouve même que c’est normal puisqu’on s’habitue. La justice nous a donné raison pour une fois, mais j’avais trouvé cela insuffisant de faire exister les textes. Il fallait que je me mobilise pour créer les conditions pour rapporter aux enfants d’autres façons de se construire, de se voir, de vivre ensemble en recherchant cette égalité.

Nicole Abar à la soirée d’inauguration du Festival Foot d’Elles.

J’ai donc eu le souci de travailler sur les filles et les garçons en même temps pour être dans un mouvement de gagnant-gagnant. Que tout le monde y trouve son compte, que les petites filles fassent de la conquête, aient plus d’envie de prendre l’espace et de laisser s’exprimer leur potentiel et que les petits garçons qui ont beaucoup de choses à conquérir aussi, se départissent des pressions que l’on met sur eux. Tout le monde avait à y gagner. C’est ce que je fais depuis 25 ans et c’est ce qui fait que je suis là ce soir avec Foot d’Elles avec grand plaisir. Ayant été une invisible pendant toutes ces années, je suis venue ici avec pour mot d’ordre la visibilité. Je suis très heureuse d’être partenaire de cet évènement qui aura lieu sur toute la période de la Coupe du monde. Je suis très fière d’être impliquée, investie et partenaire de cette opération avec mon babyfoot mixte.

FE : Il y a beaucoup de comparaisons entre le foot féminin et le foot masculin alors que c’est pourtant le même foot. Est-ce que vous pensez que cela peut changer avec la Coupe du monde ?

NA : Je pense qu’un des enjeux est que les filles montrent ce qu’elles ont pu montrer dans d’autres compétitions : un beau football, une belle qualité de jeu, des beaux gestes techniques. Les spectateurs sont en ce moment habitués à comparer ce qui fait différence entre les unes et les uns. Ce qui interpelle les hommes est notamment la notion de vitesse, de vitesse d’exécution. Mais si les gestes sont beaux, les situations sont belles, si tactiquement ça tient la route et s’il y a des belles actions collectives et des beaux buts, on oubliera tout ça. A force, on ne comparera plus et on continuera toutes et tous à aimer le football.

FE : Qu’est-ce que vous inspire ce festival assez inédit qui mêle football et cinéma ?

NA : Selon moi, cela revient à la visibilité. Lorsque j’interviens dans des établissements scolaires, je me sers de Joue-la comme Beckham, je me sers de Billy Eliot. Je me sers de ce que le cinéma peut apporter au grand public. Le cinéma est un vecteur qui peut toucher le grand public en France, en Europe, partout dans le monde. C’est un grand vecteur à la différence d’une petite association comme la mienne, où je suis sans arrêt sur des espaces restreints avec des publics restreints. Cela touche un public dans le sens de la culture. On en revient à la thématique de l’égalité femmes-hommes dans une société qui rejoint des problèmes de culture et d’éducation. On élargit l’ensemble de la thématique. C’est ce que je fais en partant de mon sport, le football, puisque j’ai évolué vers l’éducation des enfants en portant des projets nationaux qui ont intégré des grands ministères. Je pense que le cinéma et le football, ça apporte une pierre à l’édifice sur un changement en profondeur de la société qui doit s’inscrire dans la masse des regards, qui doivent évoluer au niveau des sentiments et des émotions.

FE : Vous êtes ici ce soir avec votre projet de babyfoot mixte. Vous pouvez nous parler de son origine, du dispositif mis en place pendant la Coupe du monde et du message qu’il veut faire passer ?

NA : Mon football à moi est toujours de la joie, du bonheur, de la gaité et de l’enthousiasme. C’est toujours ce que j’ai ressenti et ce que j’ai toujours partagé, de façon structurée dans des compétitions ou en jetant un ballon sur une pelouse en arrêtant les gens et en posant deux bouteilles pour faire les buts.  C’est très facile de jouer au foot, ça ne nécessite pas d’infrastructures importantes. Je voulais cette joie, cette gaité. Pourquoi le babyfoot ? Parce qu’au babyfoot, tout le monde rit, tout le monde s’amuse. C’est transgénérationnel, qu’on sache ou non jouer, tout le monde peut s’amuser. Pourquoi mixte ? Lorsque j’ai sollicité Bonzini, le fabricant français leader mondial, pour faire une figurine fille footballeuse, tout le monde m’a dit « super Nicole, tu vas faire le premier babyfoot filles ! ». Je leur ai dit que non, mon engagement s’est porté sur l’égalité filles-garçons. Je voulais une équipe mixte avec des filles et des garçons. Je voulais un message fort de visibilité avec les filles sur le terrain, avec des garçons. Ce n’est pas parce que les filles gagnent quelque chose que les garçons doivent perdre quoi que ce soit. Le bonheur doit rester le même. Je voulais de la visibilité et aller à la rencontre du public parce qu’il y la Coupe du monde, qui doit être vue par un maximum de personnes. Cela passera par des stades pleins et des taux d’audience extraordinaires. A l’issue de cette Coupe du monde que j’espère pleine, j’espère voir de centaines de filles s’inscrire dans les clubs en septembre pour se représenter et se projeter, mais également des petits garçons qui ne seront pas surpris par l’arrivée de ces filles et des parents réceptifs qui acceptent que leur petite fille veuille jouer au foot. Enfin, avec cette visibilité, il faudra des sponsors, des grands groupes, des entreprises qui vont se rendre compte qu’il y a un marché, un modèle économique à construire. Et que quelque part il faut mettre des moyens pour avoir un vrai championnat qui se développe et un vrai accès à la pratique de haut niveau. Avec la possibilité un jour, on l’espère cette année, de gagner les plus grandes compétitions mondiales comme l’ont fait les garçons récemment.


Propos recueillis par Vanessa Tomaszewski et Max Seeler

1 commentaire

  • Si on me donne le choix entre jouer au babyfoot filles ou au babyfoot mecs, je prendrai le babyfoot filles bien évidemment. Après, si je n’ai qu’un babyfoot mixte, je vais faire avec. Mais vous en connaissez beaucoup des compétions officielles mixtes? Pour moi, ce «concept» du babyfoot mixte, c’est un peu-hors sol. Je sais, ce n’est pas bien de penser ainsi et surtout de l’écrire. C’est peut-être mon ouverture d’esprit très limitée. Mais après tout, s’il n’y a que moi pour penser ainsi, on peut dire que c’est gagné n’est-ce pas?

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