Marché des transferts – La FIFA publie son premier rapport

Si on ne peut nier que la pratique féminine du football prend son envol – à chaque Coupe du Monde, l’engouement se répercute sur les licenciées -, il y a encore des progrès à faire. Mais si nous avions l’impression d’être à un tournant clé, le premier rapport de la FIFA sur le marché des transferts féminins vient confirmer cette intuition. Décryptage.

C’est le premier en son genre. Et la FIFA n’a aucun mal à le reconnaître. Ce rapport met en avant le système règlementaire mis en place par l’instance mère du football avec toutes les fédérations membres et les clubs qui sont affiliés, la plateforme ITMS, pour International Transfer Matching System. Si les transferts de ces messieurs sont réglementés avec cette plateforme depuis 2010, ce n’est qu’en 2017 que la FIFA décide de mettre les transferts féminins à l’essai. L’idée globale est d’assurer une transparence totale dans les échanges et le mercato. 

Récapitulatif du rapport

Il est à savoir qu’il n’y a qu’en France que la licence d’agent est nécessaire pour exercer le métier, pourtant extrêmement réglementé. La Fédération Française de Football est une exception : les autres « agents », qui exercent au sein d’autres associations, sont des « intermédiaires ». Pour s’inscrire, les exigences sont spécifiques à chaque fédération, mais les connaissances pointues en termes de juridique ne sont pas tout le temps requises. Contrairement à la France, qui impose aux aspirants agents un double socle dans un examen sans pitié, l’un sur le droit général, le second sur les règlementations spécifiques FIFA, FFF et LFP.

Ainsi, il existe trois catégories d’agents : ceux qui ont leur licence française et peuvent exercer à travers le monde, les intermédiaires inscrits qui ne peuvent théoriquement exercer que dans une région spécifique – et passer par un avocat mandataire ou un autre agent pour les marchés passés dans un autre territoire – et les menteurs. Et, dans le football pratiqué par les femmes, par manque d’intérêt, par manque de volume financier, par manque de contrôles, il y a beaucoup de menteurs qui se permettent de signer des têtes d’affiche. Devoir systématiquement passer par une plateforme contrôlée par les fédérations et la FIFA permet donc d’éviter, théoriquement, les excès. 

Le rapport s’étend donc du 1er janvier 2018 au 1er septembre, ce qui retire le mercato hivernal et une partie des agents libres. Ce rapport concerne également uniquement les joueuses jouissant du statut de professionnelles, or, nombreuses sont celles qui évoluent au top niveau tout en restant sous le statut amateur. On apprendra par ailleurs que ce sont les américaines qui sont les plus friandes de la France, avec 8 transferts réalisés à destination du marché hexagonal. Les transferts les plus communs sont réalisés entre l’Australie et les USA, avec l’échange assez classique et récurrent entre la W-League Australienne et la NWSL Américaine.

En tout et pour tout, en 8 mois, ce sont : 

  • 577 transferts internationaux
  • 539 joueuses
  • 63 nationalités
  • Seulement 3,3% de ces transferts  qui ont impliqué des fonds
  • 493 235 USD
  • 198 clubs appartenant à 65 des 211 associations membres de la FIFA, principalement dans la zone UEFA (le CONMEBOL et la CONCACAF viennent ensuite)
  • Principalement des joueuses en fin de contrat qui passent d’un club à un autre

Pour la même période, chez les hommes, ce sont : 

  • 15 049 transferts internationaux
  • 7,10 milliards USD
  • 15,7% des transferts impliquant un échange monétaire
  • 2363 clubs pour 158 des 211 associations membres de la FIFA

Pourquoi comparer les rapports est un mauvais réflexe

Evidemment, on peut tout de suite monter sur nos grands chevaux pour hurler sur la différence hallucinante entre les joueuses et les joueurs, notamment sur le volume financier déplacé. Nous ne sommes pas à un demi-million chez les féminines, alors que les hommes génèrent des revenus  équivalent au PIB du Kirghizistan (True story). 

Sauf que les chiffres comparatifs parlent d’eux-mêmes : au-delà d’un récapitulatif sur les nations impliquées, les zones FIFA les plus actives et le nombre de joueuses qui ont fait leurs valises pour aller d’un pays à un autre, le rapport montre que le marché est loin d’être à maturité. Ce qui n’est évidemment pas le cas des hommes, pour qui l’exercice est un peu plus ancien que pour les filles. Donc, lorsque la plateforme ITMS est devenue obligatoire chez les hommes, les masses financières, le nombre de clubs et de joueurs impliqués étaient déjà dans un marché en maturation. Cette remarque s’applique également à la différence salariale importante.

Ce monitoring de la FIFA et ces premiers jalons sont précieux :  ils permettent de poser les premières pierres de comparaison d’un  marché encore très timide, mais qui ne demande qu’à exploser. La richesse des échanges culturels et sportifs, ainsi que le changement de mentalité de certaines fédérations – notamment Nord-Américaine, avec le Canada Soccer qui revient sur son protectorat d’Amérique du Nord et encourage désormais ses joueuses à tenter l’aventure Européenne – ne peuvent qu’être bénéfiques. Et ce n’est pas Amandine Henry qui nous dira le contraire !

Même si le nombre de licenciées augmente de manière significative d’année en année grâce aux efforts fournis par les clubs et la Fédération, ce sont les implications globales qui vont vraiment compter et permettre au marché d’effectuer son basculement vers quelque chose de plus prospère. Mais la question peut se poser : est-ce que l’apport et le basculement de la pratique féminine vers un monde aussi opulent que celui des hommes ne seraient justement pas un piège de corruption du Beau Jeu tel que nous le connaissons aujourd’hui ? A vos commentaires !


Le rapport complet est disponible ici en anglais

 Crédits photo : @ FABRICE COFFRINI / AFP / OL /  Joe Petro/Icon Sportswire via Getty Images / Portland Thorns

En image à la une : le plus gros transfert de tous les temps en France, la superstar Alex Morgan à l’OL.

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