Les clubs professionnels lancent une nouvelle association pour asseoir la D1 Arkema au niveau international

Désireux de structurer et d’asseoir la D1 Arkema au niveau international, les clubs professionnels français ont créé une Association pour le Football Féminin Professionnel (AFPF). Son président Laurent Nicollin, ainsi que Ulrich Ramé membre du bureau, sont revenus pour Foot d’Elles, sur les futures missions de cette organisation.

Huit mois après l’immense succès populaire et médiatique de la Coupe du monde, le football féminin français n’en a pas terminé avec son développement. Au cœur des réflexions et des débats quant à ses perspectives de développement, la D1 Arkema voit la concurrence internationale s’émanciper à grande vitesse.

C’est dans ce contexte que Laurent Nicollin a pris l’initiative de créer une Association avec l’objectif de « mettre tout le monde autour d’une table pour développer ce football féminin qui progresse en France mais aussi à l’étranger. C’est un travail commun entre le Ministère, la Fédération, la Ligue, l’UNFP – qui s’intéresse de près au projet -, toutes les parties sont prenantes » explique Ulrich Ramé. A commencer par son instance dirigeante, la Fédération Française de Football, avec qui les clubs veulent « collaborer dans une démarche constructive » poursuit le directeur technique des Girondins. Les deux dirigeants sont unanimes là-dessus, ils ne veulent pas se positionner en opposition à la FFF. « Nous avons eu une réunion avec Brigitte Henriques et Noël Le Graët pour leur expliquer ce que nous voulions faire, pour pas qu’ils nous voient comme des vilains petits canards » précise Laurent Nicollin. D’autant plus que Ulrich Ramé n’oublie pas le travail réalisé par la Fédération en amont : « ils ont lancé tout le football féminin, le développement des pôles espoirs. Ils ont beaucoup travaillé » rappelle t il. Le patron du MHSC complète : « Ils ont été très bons pour mettre en avant l’Équipe de France, maintenant il faut faire pareil pour notre championnat !»

2018 : Laurent Nicollin au lancement d1 femmes au siège de canal+ @argueyrolles laurent

Laurent Nicollin : «Il faut construire tout un modèle

Interrogé sur les axes de travail prioritaires, le Président de Montpellier a préféré rester évasif et souligner la quantité de travail à venir. «On a une feuille blanche et il faut tout régler, même si tout n’est pas à jeter et que certaines choses ont été bien faites». Néanmoins, certaines lignes directrices ressortent, notamment celle de la contractualisation des joueuses mineures. «Les jeunes joueuses, on ne peut pas les faire signer, il n’y a pas de contrat alternatif. Nos U19 partiront à l’étranger parce qu’elles ne peuvent pas jouer au plus haut niveau de suite. Il faut peut-être prendre ce qu’il y a de bien chez les garçons» précise le Président Nicollin. Il s’agit dans ce cas de protéger les jeunes talents tout en incitant les clubs français à développer leurs centres de formation, ce qui représente un réel investissement.

D’un point de vue économique, il faut «construire tout un modèle car il n’existe pas» poursuit le fils Nicollin. En Angleterre, Barclays a déposé un naming sur la Women’s Super League avec un contrat de dix millions sur trois ans, pendant que celui d’Arkema est de trois millions sur la même durée. Et pour attirer des sponsors, la médiatisation est l’un des enjeux majeurs : «On a la chance d’avoir Canal+ qui retransmet les matchs mais il faut beaucoup plus médiatiser ce championnat, mettre de l’énergie. C’est rare de voir une ligne concernant  la D1 dans l’Équipe ou France Football. Si la presse écrite suit, les sponsors arriveront» assure Laurent Nicollin. «Il faut montrer des stades de qualité. Si on veut que les matchs soient plaisants, il faut que les terrains, les stades, le cadre soient agréables» explique à son tour l’ancien capitaine des Girondins.

Laurent Nicollin : «Avoir un championnat haut de gamme dans 10 ans !»

Car les besoins financiers sont au centre des perspectives d’évolution. Tous les présidents s’accordent à dire qu’une section féminine n’est pas rentable, à l’exception près de l’Olympique Lyonnais de Jean-Michel Aulas. «Cela ne sert à rien d’investir dans une section féminine s’il n’y a pas de retour financier derrière. Je le fais par passion et parce que j’aime mes filles, mais on ne peut pas jeter des sous pour jeter des sous, c’est pour ça qu’il faut bouger» souligne Laurent Nicollin. La Coupe du monde a donné un élan au football féminin que les deux syndicats de présidents de clubs, la Premier League et l’Union des Clubs Professionnels de Football -dont la fusion est attendue-, ont à cœur d’entretenir à travers cette association. «Il faut profiter de l’élan et des avancées du Mondial pour donner un coup de boost à notre championnat, mais ce n’est pas un projet de six mois. L’idée, c’est d’avoir un championnat haut de gamme dans 10 ans et si on ne fait rien, la D1 française sera quelconque» prévient-il avec d’un ton alarmant.

Son homologue bordelais le rejoint sur le caractère progressif du développement. «Construire une section féminine, c’est un vrai projet de club. On ne devient pas la meilleure équipe du monde comme l’OL en trois jours» convient l’ancien portier. Bordeaux, troisième de l’actuel exercice de D1 est en pleine expansion et Ulrich Ramé se montre ambitieux : «on veut être le plus performants possible et étendre nos pratiques pour gagner en visibilité et en attractivité. Aujourd’hui, nos joueuses peuvent envisager un plan de carrière et en interne au club, elles sont reconnues et intégrées ! Mais pour développer une section féminine, il faut que les clubs aient de la volonté comme à Bordeaux. Si on travaille de façon cohérente et relativement rapide, parce que les autres pays progressent vite, les choses évolueront.» Si certains clubs de D1 pour les grosses affiches, organisent des rencontres dans les grands stades (ce sera le cas de Bordeaux dimanche au Matmut Atlantique contre Metz), il s’agit d’un sacrifice financier conséquent. «Cela doit venir petit à petit. Je ne peux pas jouer à la Mosson (ndlr : l’enceinte de l’équipe masculine de Montpellier), ça me coûte trop d’argent et je n’ai pas le public pour. J’ai mon stade pour les filles, il faut déjà faire mille ou deux-mille personnes à chaque match» affirme Laurent Nicollin.

Ulrich Ramé : «Le football féminin, c’est du 20% tous les ans

Ulrich Ramé @ Thierry David

Enfin avec cette Association, les présidents français veulent montrer, qu’il faut (ré)agir rapidement au risque de prendre du retard sur la concurrence internationale : «Il faut mettre en valeur le championnat de France, comme l’ont fait les Anglais et les Espagnols et maintenant les Italiens» conclut le Président de la Paillade. «Le football féminin est une activité mouvante, croissante dans le monde. Regardez le nombre de licenciées, les retombées de la Coupe du monde en termes de visibilité, les mouvements de transferts et les circulations de joueuses, c’est du 20% en plus tous les ans » s’enchante Ulrich Ramé. Les récentes démarches entrepris par la FIFA et l’UEFA -comme la nouvelle formule de la Ligue des Champions- confirment ces propos, la planète du football féminin est bien en marche. À la France du football d’avancer avec l’ensemble de ces acteurs, dont fait désormais partie l’AFPF, afin d’arborer fièrement sa plus plus belle plume et remplir ligne après ligne cette feuille blanche.

Crédit Photo : Le FCGB

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