Les 12 Foot d’Elles : Elisabeth Bougeard-Tournon – Le football a toujours été une évidence.

Dans ses premiers souvenirs, elle se voit, toute petite, quittant la table des réunions de famille pour aller taper le ballon, dehors, avec ses cousins. Son père, dirigeant bénévole à l’époque, est fier de cette fille qui dribble et déborde comme un garçon. D’autant qu’Elisabeth est née avec un pied bot, opéré quand elle avait 18 mois. Faire du sport est donc pour elle presque inespéré, déjà un belle victoire.

Mais Elisabeth en veut plus : elle demande à jouer pour de bon, dans une vraie équipe. Alors à 6 ans, ses parents l’inscrivent au club de foot de leur village, en Bretagne. « Avec les garçons, puisqu’il n’y avait rien pour les filles. Evidemment ». On est en 1970 : c’est l’année où, à la FFF, le football féminin est officiellement reconnu.

A 12 ans, Elisabeth s’installe à St Brieuc avec sa famille. C’est une aubaine pour elle. Elle quitte les équipes mixtes de jeunes pour rejoindre le Stade Briochin qui dispute le championnat de France féminin. Dès 14 ans, elle apparaît régulièrement en équipe première où elle s’impose par sa technique. Dépassant son léger handicap, elle gravit un à un tous les échelons, jusqu’au titre national en 1989. Elle est même convoquée, à plusieurs reprises, aux rassemblements de l’équipe de France.

Elisabeth vit tout cela comme dans un rêve. Elle est heureuse, et fière d’être reconnue par sa famille. Elle dit aujourd’hui qu’il y avait certainement derrière tout ça l’envie secrète de faire plaisir à son père, qui n’avait pas de garçon. Elle adopte d’ailleurs, sans en souffrir, les codes et comportements masculins du football de l’époque. « Comme un garçon manqué, parfaitement assumé ». Elle n’a pas l’impression de devoir se battre pour se faire accepter. Ce n’est pas un combat. Elle est simplement là où elle avait envie d’être. Rien de plus. Un peu militante quand même, par la force des choses, épousant à sa manière, et sans le vouloir, la cause des femmes. Aujourd’hui, elle la revendique.

A la fin de sa carrière, en 1988, Elisabeth rejoint la FFF qu’elle ne quittera plus. Depuis 2008, elle y est responsable du programme national de féminisation du football français, un axe prioritaire voulu et engagé par Noël Le Graët.

Une histoire de valeurs – Engagement et passion


 » En 1986, je participe à un stage de préparation avec l’équipe de France. C’est le dernier jour. Nous sommes toutes rassemblées, assises dans le vestiaire. L’entraîneur, debout, fait un commentaire sur chacune d’entre nous. C’est une sorte de bilan. Arrive mon tour. L’entraîneur se lance dans ce qu’il croit être un vibrant hommage à mon égard :

« Voilà une fille qui ne passera certainement jamais en équipe de France. Mais vous devez toutes vous en inspirer. Elle est le symbole de ce qui devrait toujours vous habiter. Grâce à son engagement et sa passion, elle a pu surmonter son handicap. Elle est le plus bel exemple dont vous pouvez rêver. Il faut vous en servir. »

Le moins qu’on puisse dire est que je l’ai très mal pris. Déjà, j’étais déçue, terriblement déçue, mais aussi vexée. Je me suis dit : « Bon, il me convoque, je viens, je me bats comme une folle, mais en fait je n’ai aucune chance. Je ne suis là que pour l’exemple, pour le symbole ». Je lui en ai beaucoup voulu, même si l’année suivante, il m’intégrait dans son staff comme adjointe.

On ne m’avait jamais parlé comme ça de mon handicap, je n’en avais même jamais vraiment eu conscience. Je vivais avec, c’est tout. J’ai réalisé, ce jour-là, que c’était en effet ma passion et mon engagement qui m’avaient permis de dépasser tous les obstacles. Même si, cette fois, ça ne suffirait sans doute pas. «