Le temps est venu : la FIFA lance son programme féminin mondial

Enfin ! Alors que tous les regards sont tournés vers 2019 et que le nombre de licenciées ne cesse d’augmenter, la FIFA officialise la création d’un programme féminin global. Et ce n’est pas trop tôt. Revue du programme et analyse.

Aujourd’hui : un programme féminin inégal et dans les mains des clubs et associations

En Europe, les différences ne se sentent pas nécessairement. Les scores ne sont jamais trop dramatiques, sauf exceptions. En ce moment, les qualificatifs de la zone UEFA se sont joués à des 2-1, des 2-0. Mis à part les Iles Féroé et le Kazakhstan, rien de jamais dramatique. Et il suffit d’aller faire un tour sur le classement de la FIFA pour s’en rendre compte : parmi les 10 premiers, on retrouve 5 pays appartenant à la zone UEFA, les autres appartiennent à la CONCACAF, au CONMEBOL et aux fédérations asiatiques, l’OFC et l’AFC. En Europe, on connaît bien notre affaire, non seulement au niveau des sélections nationale, mais aussi au niveau des ligues professionnelles dont le prestige n’est plus à faire : ainsi, les joueuses intéressées par les transferts internationaux n’ont que l’embarras du choix, entre la D1F, la FAWSL, la Damallsvenskan, la Frauen Bundesliga, pour ne citer que ces ligues. Et si la W-League commence à faire de l’ombre à l’Europe, les joueuses évoluant en NWSL reste quand même attirées par le prestige de l’UWCL. Ainsi Alex Morgan, ainsi Morgan Brian. Les programmes féminins sont certes inégaux dans tous les pays de l’UEFA, mais la tendance globale est à la progression.

Le problème des autres confédérations

Il suffit cependant de traverser l’océan Atlantique pour se rendre compte que l’Europe est en fait une exception. En ce moment se déroulent les qualifications pour le mondial de la CONCACAF, la zone Amérique du Nord et Centrale. Les USA et le Canada rentrent dans leurs clous et font partie des favoris. On attend aussi le Mexique comme nation un peu favorite, en tout cas prévue dans le voyage jusqu’en France. Mais le Mexique vient de tomber contre Panama, tandis que le Costa Rica et la Jamaïque restent à la lutte. 

Sauf que les USA enchaînent des matches à 8-0 et que le Canada a terrassé le Panama 12-0. Et que les Américaines et les Canadiennes ne se sentent pas nécessairement à l’aise de jouer avec ce type de scores. Et si certaines joueuses de ces nations « mineures » sont de véritables bijoux, que cela ne retire rien au fait que les Fédérations doivent prendre leurs responsabilités dans le développement de leur programme féminin. Y mettre du sérieux, s’y impliquer, comme le programme Excel au Canada ou la Developement Academy qui se déroule au niveau national aux USA, et c’est la garantie d’un bon développement de tous les potentiels. On garde en tête l’incroyable performance de la gardienne du Panama, Yenith Bailey, seulement 17 ans, qui permet à son équipe d’éliminer le Mexique des qualifications, une victoire absolument historique. Sauf qu’à moins qu’un agent décide de prendre sous son aile la jeune gardienne – histoire de poursuivre le conte de fées – il y a très peu d’espoir de la voir évoluer dans des grands clubs, compte tenu du défaut de médiatisation et de scouting dans de tels pays qui ne bénéficient que d’un faible voire inexistant programme féminin. Quel gâchis. 

On voit ainsi qu’il y a un cercle vicieux qui se met en place : pas de médiatisation, pas de réel maillage international – la plupart des transferts se jouent entre confédérations, ou avec des liens assez routiniers comme USA > Suède, USA > Australie, par exemple -, des implications qui ne sont pas les mêmes partout au niveau des associations, et des scores aberrants dans les pays les plus modestes. Eh bien il est temps que cela cesse. Ou du moins s’améliore.

Des objectifs ambitieux pour un programme féminin global made in FIFA

C’est pourquoi la FIFA met en place son programme féminin global.  L’objectif est simple : en 2026, le nombre de licenciées à travers le monde devra être doublé, portant à 60 millions le nombre de joueuses. Et ce n’est pas uniquement un objectif numérique : les femmes auront accès de plus en plus à des postes clés, au sein des Associations comme des clubs ou des organisations, voire de la FIFA, dans un souci d’égalité d’opportunités. Mais ce n’est pas tout.

5 éléments clés sont à retenir et seront travaillés par la nouvelle stratégie du programme féminin de la FIFA : 

  • Développement et croissance : ils passeront par l’enseignement, le tutorat et l’implantation et le développement d’académies à l’échelle mondiale, avec un focus sur les compétences sur et en-dehors du terrain.
  • Faire la promotion du Beau Jeu au féminin au niveau du sport lui-même : cela implique un meilleur calendrier FIFA (on rappelle que la finale de la Coupe du Monde se jouera en même temps que la finale de la Copa América et de la Gold Cup masculines. Ce qui est vraiment une idée très très nulle.). 
  • Une meilleure communication : la promotion passera également par une meilleure communication et publicités, pour qu’on puisse enfin tomber par hasard sur du football pratiqué par les femmes. Marketing, stratégies digitales, programme ambassadeurs, ou plutôt ambassadrices, les opérations sont faciles à mettre en branle. 
  • Gouvernance et leadership : plus de femmes à des postes clés. Point barre. 
  • Education et empouvoirement : parce que le football au féminin est bien plus qu’une question de sport mais aussi de sujets sociaux et sociétaux, l’accent sera mis sur la collaboration avec des associations et des organisations non gouvernementales. 

Pour des objectifs assez ambitieux : 

  • 60 millions de joueuses d’ici 2026
  • Doubler le nombre de ligues jeunesse
  • Intégrer les programmes féminins au sein des écoles
  • Assurer qu’en 2022, chacune des associations aura développé et compris l’importance d’une stratégie féminine
  • Des femmes dans tous les comités exécutifs de chaque association membre de la FIFA
  • Une audience d’un milliard de personnes. Pour la Coupe du Monde 2019. Un milliard. Vous voyez déjà ce que ça fait, un millier, Larmina ?

Avec ce programme féminin global, la FIFA joue sur les deux tableaux : certes, il est rassurant de voir que quelqu’un se préoccupe du sort féminin à la maison mère du Football, et des efforts ont été fait, notamment avec la nomination de Sarai Bareman et de Fatma Samoura à des postes clés, mais aussi de Karina LeBlanc à la tête du programme féminin de développement de la CONCACAF. Mais avec ses propositions, la FIFA propose un programme non coercitif : les objectifs sont nobles et évidemment, pour parvenir à un milliard de spectateurs à la Coupe du Monde féminine, des coûts importants sont engendrés. De même que pour la création d’académies dans chacune des associations membres. En fait, la FIFA parle d’un des problèmes principaux et limitant de cette belle volonté de programme sans réellement l’adresser, et c’est le nerf de la guerre : l’argent et l’obligation de résultats. Sans injecter de fonds directement aux clubs – et aux initiatives de promotion par exemple – et allouer un budget – et surtout communiquer sur ce budget, on manque un point important. De même que l’obligation de résultats et de dotation d’une équipe féminine pour les licences majeures. Certes, l’obligation a un goût différent, mais d’une, cela permet à l’équipe féminine et au programme féminin de bénéficier des installations et du staff de l’équipe masculine, et de deux, cela permet de forcer un peu les clichés sociaux. Dans tous les cas, renforcer les liens et les combattre à force d’éducation et de leadership entre la FIFA et les Associations ne peut qu’être bénéfique. A voir le premier bilan, en 2019.


Crédits photos : illustrations WoSo France // Capture d’écran FIFA

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