#JordanQuest – J9 et J10 : Deux jours dans le désert de Wadi Rum

En juin 2017, Sandrine Dusang avait rejoint l’équipe d’Equal Playing Field pour un incroyable challenge sur le Mont Kilimandjaro. En participant il y a quelques mois à la #JordanQuest, seconde aventure initiée par EPF, l’ancienne internationale française a à nouveau montré son engagement dans la lutte contre les inégalités, et son envie de soutenir et de promouvoir le football pratiqué par les femmes. Aujourd’hui, à travers son journal de bord, notre consultante nous raconte son aventure en Jordanie. Entre rencontres, trek, lieux historiques, matches d’exhibition, camps d’entrainement et match record, l’ancienne joueuse est rentrée avec des souvenirs plein la tête. Récit.

Jour 1 , Jour 2 , Jour 3 , Jours 4 à 7Jour 8

Jour 9 – Lundi 2 avril 2018

Tellement loin de l’ordinaire

à Little Petra – Deuxième réveil dans le Mars camp. 6h30, comme le jour précédent, c’est l’heure de se lever. Le programme d’aujourd’hui est assez similaire à celui d’hier au niveau du contenu. Pour autant, je sais d’avance que la journée sera bien différente de par les découvertes que nous allons faire. Les paysages par lesquels nous passons sont divers et variés, et je sais qu’aujourd’hui encore la Jordanie nous réserve de belles surprises. Après Pétra hier, c’est le désert de Wadi Rum qui nous attend ces deux prochains jours.

Sur une autre planète…

Toilette faite, petit déjeuner pris, affaires chargées dans les bus, nous prenons la route pour le centre d’accueil des visiteurs de Wadi Rum situé à environ trente minutes d’ici. Un peu comme Pétra, ce site est l’un des plus fréquentés de la Jordanie car c’est un point de départ pour ceux et celles qui veulent découvrir davantage ce désert de sept cent quarante-deux mètres carrés et ses multiples facettes. Après quelques pas dans le centre des visiteurs de Wadi Rum, le désert s’ouvre à nous et il m’est difficile de ne pas me retrouver bouche bée devant cette vue incroyable. Nous sommes à quelques centaines de mètres du fameux rocher nommé « Les sept piliers de la sagesse », dans un endroit qui n’est pas sans rappeler certaines scènes cinématographiques. Là tout de suite, je me crois presque un peu sur une autre planète… Comme Matt Damon dans « Seul sur Mars », l’un des films dans lequel les scènes de la planète rouge ont en fait été tournées ici même. En laissant place à mon imagination pendant quelques minutes, j’arrive presque à voir une scène de Star Wars devant moi… D’après les rumeurs cela pourrait d’ailleurs devenir réalité prochainement.

Assez rêvé, nous ne sommes pas dans un film et nous ne sommes pas venus ici pour s’en faire non plus (des films). En revanche, c’est bien dans ce décor incroyable que nous allons jouer un match d’exhibition ce matin. Après avoir choisi l’emplacement, nous délimitons le terrain, plaçons les buts et essayons d’enlever un maximum de pierres sur la surface de jeu. Kim et Deena nous demandent de nous séparer en trois groupes en fonction de nos postes : défenseures, milieux et attaquantes. Je me mets dans le groupe des défenseures puisque c’est mon poste de prédilection. Kim me me montre le groupe des milieux mais après justification, elle me laisse m’installer dans la défense centrale. Enfin, « seulement pour aujourd’hui ! ». Peu importe le poste pour moi… Mais aujourd’hui on perd. Je suis persuadée que ce n’est pas une question de poste mais pour Kim et Deena ce sera sans doute la parfaite excuse pour me faire regrimper d’un cran 😉

Puis sur une piste de course de dromadaires

Match terminé, nous reprenons la route d’un nouveau camp pour déjeuner. Le site a l’air chouette mais très loin des camps de Bédouins précédents. Beaucoup moins « nature » et beaucoup plus sophistiqué. C’est ici que nous serons ce soir alors j’en verrai davantage plus tard. Pour le moment, c’est ravitaillement. Une bonne dose de riz, un peu de crudité et de poulet, voilà de quoi reprendre des forces pour le camp d’entrainement que nous dispenserons dans une petite heure. Je ne serais pas contre une petite sieste ou un moment calme avec un thé pour digérer mais ce n’est pas le programme et il est déjà l’heure de reprendre la route. Si tôt dit, si tôt fait…

Vingt minutes de bus plus tard (et avec un peu de retard) nous arrivons sur le lieu de notre troisième camp d’entrainement. De l’extérieur, aucune d’entre nous ne réalise vraiment où nous sommes. Nous passons sous une arche, traversons un couloir où l’on nous fait comprendre que les jeunes filles sont impatientes… Et puis nous nous en rendons compte par nous-mêmes lorsque nous découvrons plus de deux cent soixante jeunes filles postées dans la tribune qui nous accueillent en chantant. Impressionnant ! Encore mieux que ça, quand je réalise que la tribune est en fait celle d’une piste de course de dromadaires et que c’est ici que nous allons disposer nos ateliers pour divertir ses écolières. Toutes sont vêtues de leur uniforme scolaire. Je trouve cette image magnifique. Comme cela a déjà été le cas sur les précédents camps d’entrainement, les jeunes filles ont l’air tellement contentes d’être ici. En plus des enseignantes, certaines mamans sont aussi venues pour l’occasion et l’une d’entre elles me confie que c’est la première fois que les filles ont l’occasion de jouer au football dehors, librement. Grâce à nous ? Grâce à l’initiative ? Oui. Il ne m’en fallait pas plus pour être encore davantage motivée et pour avoir envie de faire le maximum afin que ces deux cent quarante jeunes filles profitent de ces trois ou quatre prochaines heures à taper dans la balle et à s’amuser ensemble grâce à EPF, grâce au sport, grâce au football.

Je suis sur l’atelier dirigé par Sabrine cet après-midi alors forcément on se met dans une bonne ambiance et on fait en sorte que les gamines apprécient elles aussi. Des petits exercices techniques de passe et va où je fais les démonstrations et sur lesquels j’essaie de donner quelques conseils. Nous faisons aussi un jeu de tir à la corde qui fait beaucoup rire les enfants mais qui finit par m’user les mains au fur et à mesure des groupes que nous prenons en charge. Un ou deux tirs à la corde ça passe, mais cinq ou six, ben ça brûle ! Il fait chaud, très chaud, alors je fais des allers-retours entre la tribune et les différents ateliers pour être sûre que tout le monde ait de quoi s’hydrater convenablement. Tout roule et le climat dans lequel nous sommes est tout bonnement génial. À seulement quelques mètres de nous un jockey passe avec ses dromadaires au trot. Je profite de ce moment alors que les jeunes filles y prêtent à peine attention. Eh oui, les courses de dromadaires c’est bien moins commun en France 😉

Soirée surprenante, surprise dans la tente

Une fois notre troisième camp d’entrainement terminé, qui cela dit en passant aura encore été une réussite et une belle satisfaction, nous prenons à nouveau le chemin du camp dans lequel nous avons pris notre « lunch » ce midi. Comme je le disais plus tôt ce camp est sympa mais paraît plus sophistiqué que ce que nous avons connu ces derniers jours. Un espace terrasse est aménagé pour les repas, il y a aussi un coin bar avec Wi-fi à disposition et un peu plus loin, deux lignées de tentes numérotées qui s’étalent sur une centaine de mètres. Toujours des tentes pour trois personnes (normalement) mais ce soir Shivanni nous lâche pour retrouver sa compatriote Manisha. Shabnam, mon afghane préférée et moi prenons alors une tente au hasard et allons y déposer nos affaires avant de filer à la douche ou de traîner un peu dans ce camp un chouïa trop « touristique ».

À la nuit tombée, le diner est servi sous forme de buffet et nous nous installons sur la grande terrasse. Maintenant qu’il fait nuit le camp se transforme… Les lumières s’allument et deux pistes de danse se dessinent sous des spots colorés. L’animateur lance la musique et un paquet de gens (essentiellement des hommes) se met à danser. Le guide nous explique que beaucoup viennent ici pour danser et fumer la chicha entre amis mais qu’ils ne resteront pas et que la piste sera à nous après le diner. J’ai presque l’impression d’être dans un patio de boîte de nuit et je trouve ça plutôt amusant étant donné que nous sommes au porte du désert.

Forcément on en profite un peu après le repas mais j’avoue, je suis claquée ce soir alors pas trop de danse pour moi aujourd’hui. Je profite du Wi-fi pour envoyer quelques nouvelles en France et lorsque je décide d’aller me coucher, je m’aperçois que Raj, un membre du staff s’est installé dans notre tente et qu’il dort déjà profondément… Voilà une surprise qui devrait plaire à Shabnam alors que nous pensions maintenant dormir rapidement. Je retourne au bar pour prévenir Sarah, toujours là pour régler les problèmes des unes et des autres 😉 Dix minutes plus tard, elle m’annonce que Raj a changé de tente et que c’est elle qui viendra dormir avec nous un peu plus tard. Shabnam et moi débriefons notre journée. Toutes les deux impressionnées par Wadi Rum, toutes les deux touchées par ces jeunes filles qui tapaient dans la balle pour la première fois. Nous partageons le même avis sur la journée écoulée : elle était vraiment top ! Je m’endors en pensant à demain…

Jour 10 – Mardi 3 avril 2018

En plein coeur du désert

à Wadi Rum – Neuvième réveil ici en Jordanie. Je m’habitue à cette atmosphère et les bruits du camp sont devenus le meilleur moyen de me réveiller en douceur désormais. J’ai presque l’impression que ça me manquera quand je serai de retour en France, mais bon je ne vais pas être nostalgique avant l’heure. Je me libère de mon sac de couchage, dis bonjour à Shabnam et Sarah, puis je me lève tout sourire.

Course de pick-up dans le désert

Après le petit déjeuner, toute l’équipe se prépare pour quitter le camp et prendre le chemin du désert… Aujourd’hui, pas de foot au programme mais plutôt de la balade et de l’escalade. Pour commencer, la promenade se fera en pick-up. Une dizaine de véhicules sont stationnés devant notre camp, alors nous nous répartissons par groupe de six, sept ou huit dans chaque voiture. Je m’installe alors dans la benne d’un pick-up avec Sabrine et Shabnam évidemment, mais aussi avec Hajra Khan (Pakistan), Rajvi Ladha (Tanzanie) et Alla Saad, notre attachante interprète. Les chauffeurs se transforment presque en pilotes, spécialistes de la conduite sur sable, pour nous emmener au coeur du désert de Wadi Rum où nous resterons jusqu’à demain matin.

Allez c’est parti pour une bonne heure de pick-up à travers le désert. Le départ est plutôt tranquille et on profite sagement de cette expérience en contemplant le paysage et en prenant quelques photos souvenirs. Au fil des minutes, l’ambiance monte d’un cran et chaque groupe chauffe son pilote à coup de « Yallah ! » pour qu’il accélère et dépasse les pick-up « concurrents ». Les chauffeurs se prennent au jeu mais maîtrisent parfaitement leur sujet. Tant mieux pour nous parce que même si la conduite sur sable procure de belles sensations, on se rend vite compte que les véhicules pourraient aussi bien déraper ou chavirer. On s’accroche, on se protège le visage et les yeux avec foulards et lunettes de soleil pour éviter de manger trop de sable, puis les voitures se remettent en fil indienne et ralentissent le pas. Nous arrivons au point de rassemblement, celui duquel nous prendrons le départ pour notre randonnée.

Prendre de la hauteur sur le rocher de Burdah

Petite pause pour se dégourdir les jambes avant de les remettre en marche et d’escalader le Burdah rocky. Pendant que nous prenons une collation, l’un des guides prévient que certains passages de l’ascension peuvent être dangereux et qu’il faut donc être concentré et prudent. Je vois le visage de Sabrine se décomposer un peu. Puis le guide en remet une couche : « Si certaines filles ont le vertige et ne se sentent pas, alors elles peuvent rester ici ». Sabrine pâlit mais je n’ai pas envie de faire ça sans elle et je suis pense qu’elle regrettera de ne pas l’avoir fait. Je lui promets de ne pas la lâcher du parcours et de lui tenir la main dès qu’elle en aura besoin. Apparemment, je l’ai convaincu. Même si Sabrine n’est pas super rassurée pour le moment, elle vient avec nous. Je lui propose de prendre un sac pour deux et de le porter pour qu’elle se sente plus libre de ses mouvements… Deal !

Le début de l’ascension est assez raide et par moment sans trop de prises apparentes. Je me cramponne et pousse fort sur les jambes pour éviter les glissades ou les dérapages. Entre les guides et le groupe, il y a beaucoup d’entraide alors j’ai systématiquement une main qui se tend devant moi quand nous arrivons sur un passage un peu plus complexe. La plupart du temps, je préfère utiliser mes quatre membres plutôt que d’en perdre un en voulant attraper la main de la personne devant moi. Mais quelques fois je l’attrape par principe, pour dire merci et pour faire grandir ce sentiment d’entraide et de solidarité entre nous. J’aime les moments où il faut être plus attentive, observer les meilleures prises pour s’agripper du mieux possible et essayer de ne pas trop se focaliser sur le vide derrière nous. Ça fait monter l’adrénaline mais je cache un peu mon excitation parce que c’est un peu moins drôle pour Sabrine, même si elle se débrouille plutôt bien dans la gestion de son stress. Nous nous rapprochons du sommet et profitons des endroits plus tranquilles pour faire quelques photos. Shabnam, Sabrine et moi, nous avons récupéré un ballon alors par moments c’est plus fort que nous, on le sort pour répéter nos gammes techniques (remise intérieur du pied, contrôle de la poitrine et remise…). Évidemment, on ne s’amuserait pas à le faire n’importe où mais ce sont des moments cools et j’ai l’impression que ça détend un peu Sabrine 😉

Nous sommes quasiment en haut du rocher de Burdha désormais. Le dernier obstacle pour atteindre le « Rock Bridge » une vingtaine de mètres au-dessus de nous est assez raide. Il faut faire un peu de tirage à la corde et pousser sur les jambes pour se hisser là-haut. Le pont n’est pas très large mais suffisamment pour que les guides nous laissent le traverser sans se mettre en danger. Enfin celles qui souhaitent le traverser. Là c’est un peu au-delà des forces de Sabrine d’y aller, alors comme je lui ai promis plus tôt, je ne la lâche pas et on reste tranquille en attendant que les filles prennent leurs photos et redescendent. Une bonne trentaine de minutes plus tard, nous rebroussons chemin… Finalement, la descente est plus impressionnante que la montée parce que tu prends davantage mesure de la hauteur et tu ne peux pas échapper à la vue du vide, contrairement à la montée où tu laisses le vide derrière toi sans obligation de l’affronter du regard. La plupart du temps, nous descendons en fil indienne mais par moment, Shabnam se la joue un peu en mode chamois et nous fait légèrement sortir des pas de nos partenaires. On échappe à quelques glissades ou on dérape un peu mais on préfère en rire. Le retour est plus long que prévu mais il se fait dans la bonne humeur malgré tout. Il s’est passé plus de quatre heures entre notre départ et notre retour au même point alors ça mérite bien un petit break.

Camp sauvage, nuit sous les étoiles

C’est ici, en plein désert que nous passerons la nuit. Le camp s’installe petit à petit car il est encore tôt, aux alentours de 17h00 à ma montre. Certaines prennent des tapis pour une petite sieste et c’est ce que je comptais faire aussi après avoir bu mon café. Mais je vois que les garçons de la team EPF (médias, soutiens, staff médical…) jouent au ballon un peu plus loin. La magie opère… Quelques minutes plus tard, nous improvisons un petit match femmes contre hommes dans le désert de Wadi Rum. Les mecs sont plus en jambes que nous et prennent deux buts d’avance mais c’était sans compter sur notre réveil. Finalement, on recolle au score assez rapidement et puis on signe une belle victoire quatre buts à deux. Maintenant que le terrain est tracé autant en profiter, alors d’autres joueuses nous rejoignent et les parties s’enchainent pendant près d’une heure encore.

Vers 19h00, c’est le retour au calme. Pendant que l’équipe des guides gèrent le diner, nous nous retrouvons toutes et tous autour du feu pour un moment d’échange et de partage. À tour de rôle, tout le monde prend la parole pour dire un peu ce qu’il veut. Faire part de son sentiment sur l’aventure, de pourquoi c’est important pour lui, pour elle d’être ici, comment il ou elle peut aider d’autres personnes autour du feu… Une discussion intéressante et qui permet d’en apprendre encore davantage sur certaines personnalités. Une fois le tour terminé, nous passons au diner. Lorsque je m’éloigne du feu pour aller chercher à manger, je me rends compte qu’il fait vraiment froid. Les guides nous avaient prévenu mais je réalise pleinement que sans tente pour nous protéger du vent, on va se les cailler sévère cette nuit. En attendant, on profite du repas en refaisant la journée qui au passage, semble avoir ravie le plus grand nombre.

Après le diner, chacune essaie de trouver sa place pour la nuit. Une place stratégique pas trop loin du feu de camp, au milieu des autres pour prendre un peu moins le vent… Voilà où Sabrine, Shabnam et moi installons nos trois matelas, collés l’un à l’autre. En plus de nos sacs de couchage, nous avons réussi à récupérer deux couvertures pour trois alors Sabrine et moi en partagerons une, l’autre est pour Shabnam. Avant de dormir, je m’éloigne un peu du camp lampe frontale allumée pour vider ma vessie et ne pas avoir à me lever pendant la nuit. C’est exactement ce moment-là qu’a choisi une visiteuse pour me faire une petite surprise. Alors que je suis occupée à autre chose, le faisceau de ma lampe se pose sur le sol à environ un mètre de mon pied et met en lumière une araignée. Le genre d’araignée que je n’ai pas l’habitude de voir en France, d’un gabarit supérieur à la moyenne, et un peu plus poilue que la moyenne aussi. Je ne crains pas spécialement les araignées mais je dois bien admettre que ce n’est pas la meilleure image à avoir avant d’aller dormir à la belle étoile à deux cent mètres d’ici. Bref… De retour à ma place, je fais comme si de rien n’était et je m’emmitoufle dans mon sac de couchage sans perturber les autres avant de dormir. Je garde cette petite anecdote pour demain. Sur le dos, je m’endors en regardant les nombreuses étoiles au-dessus de nos têtes. Magnifique et apaisant…


     

Participe au 3e record l’été prochain en France !

Crédits photos : Sandrine Dusang/ Equal Playing Field/ Dana Roesiger

Laisser un commentaire