#JordanQuest – J4 à J7 : Un trek à couper le souffle

En juin 2017, Sandrine Dusang avait rejoint l’équipe d’Equal Playing Field pour un incroyable challenge sur le Mont Kilimandjaro. En participant il y a quelques mois à la #JordanQuest, seconde aventure initiée par EPF, l’ancienne internationale française a à nouveau montré son engagement dans la lutte contre les inégalités, et son envie de soutenir et de promouvoir le football pratiqué par les femmes. Aujourd’hui, à travers son journal de bord, notre consultante nous raconte son aventure en Jordanie. Entre rencontres, trek, lieux historiques, matches d’exhibition, camps d’entrainement et match record, l’ancienne joueuse est rentrée avec des souvenirs plein la tête. Récit.

Jour 1 , Jour 2 , Jour 3

 

Pas évident d’écrire l’intégralité d’un trek, même de quatre jours, car les sensations et les paysages parlent tellement plus que ce que je pourrais raconter. Je ne suis pas convaincue que certains détails vous intéressent vraiment, alors contrairement aux articles précédents, je serai sans doute moins précise pour vous conter les quatre jours de trek dans un seul et même « papier ». Un condensé (mais pas trop) de cette soixantaine de kilomètres à pied et de ces quatre-vingt seize heures passées un peu au milieu de nulle part.

Jour 4 – Mercredi 28 mars 2018

De Dana à Al Bustan

Rumana campsite, Dana – Je me réveille contente d’être ici, contente de pouvoir vivre ce que je vis et impatiente de découvrir la Jordanie et son côté sauvage à travers le trek qui débute aujourd’hui. La première nuit en tente n’a pas été très reposante. Il est tombé quelques gouttes cette nuit et je me souviens avoir décollé mon sac de la toile pour éviter les mauvaises surprises et me retrouver avec des affaires mouillées ce matin. L’une de mes partenaires de tente à ronfler une bonne partie de la nuit… Je tairai son nom mais ce n’était pas Shabnam. Ahahah. Mes deux coloc et moi, nous nous habillons, ouvrons la tente pour filer au petit déjeuner et découvrons le cadre incroyable dans lequel nous nous trouvons. Il y a notre camp et c’est tout ! Le reste n’est que nature.

Le calme avant la tempête

Vers 8h15, après que tout le monde ait récupéré son repas pour le midi, nous nous tenons prêts pour débuter le trek. C’est parti ! En guise d’échauffement, une bonne montée pour se faire les cannes et arriver aux minibus qui nous emmèneront au véritable point de départ du trek.

Shivani (Toppo) et moi, éblouies par les paysages jordaniens

Après le court transfert, le chemin commence dans la réserve de biosphère de Dana puis nous traversons la vallée entourée de genévriers, arbres symboliques dans la région. Ce sera d’ailleurs le nom de mon groupe de marche, la « team juniper ». Trois heures se sont écoulées depuis notre départ du camp et le décor change progressivement. Le parcours est maintenant plus vallonné et mes genoux arthrosés apprécient déjà beaucoup moins. Pour mes yeux, en revanche, c’est l’inverse. Nous observons les vieilles grottes de la région, remontant à la période nabatéenne (quelques siècles avant J.-C.), puis nous posons un peu pour déjeuner. Au menu : Une tomate, un mini concombre, une petite boîte de thon, une galette de pain, une pomme, un jus de fruit et une petite bouteille d’eau. Le ventre rempli et le sac un peu moins lourd nous suivons l’ouest pour atteindre la vallée rouge, où les formations rocheuses sont uniques et contiennent une importante biodiversité.

Quand un restaurant devient dortoir

Après quatre heures de marche supplémentaires, sous un beau soleil mais dans une zone très ventée, nous arrivons à proximité du camp. Les guides et les organisateurs estiment que les conditions ne sont pas bonnes pour dormir dehors ce soir et ils ne veulent pas prendre de risque.

C’est alors dans un restaurant que nous trouvons refuge pour la soirée et la nuit. Après avoir mangé, nous disposons les matelas aux quatre coins de la pièce. Pour un semblant d’intimité, les hommes (guides, médias, soutiens) se sont rassemblés dans un même espace. Ce n’est pas ce qui était prévu pour ce soir mais c’est finalement assez sympa et marrant de se retrouver à dormir toutes et tous dans un resto. J’ai trouvé la bonne place pour cette nuit : personne n’est collé à moi, je suis simplement entre le mur et l’allée que nous avons laissé libre pour aller jusqu’aux toilettes. La position idéale pour passer une bonne nuit et reprendre la route le lendemain. Silence, on dort.

Jour 5 – Jeudi 29 mars 2018

De Al Bustan à Ras Alfaid

Al Bustan – J’ai bien dormi mais c’est avec les genoux un peu gonflés que ma journée commence. Je compose mon petit déjeuner de deux oeufs durs, de tomate et de tartines avec de la confiture – concoctée et offerte par les femmes du village à proximité – ainsi que de deux grands gobelets de café. Je remballe mes affaires, remplis mes gourdes, récupère mon lunch et nous prenons la direction de Ras Alfaid, à quinze kilomètres d’ici environ.

Nous commençons la marche sur un terrain assez facile, propice à la discussion car nous pouvons marcher les unes à côté des autres et sans être trop concentrées sur où nous mettons les pieds. Alors que j’entame la conversation avec Sabrine Mamay, une Tunisienne que j’ai repéré sur le terrain mais avec qui je n’ai pas encore échangé, elle me demande d’où je viens. Quand je lui réponds que je suis Française, elle me lance « Oh cool, on peut parler français si tu veux ! ». On se raconte un peu nos vies, on parle foot, travail… et les kilomètres défilent sous nos chaussures jusqu’à l’heure du déjeuner.

Un scorpion au déjeuner ?

Le fameux scorpion. Plutôt un joli spécimen non ?

Je mange un bout et papote avec Osama, un guide, qui parle lui aussi français car il a fait une bonne partie de ses études à Lyon, ville chère à mon coeur. Cinq mètres derrière nous, quelques filles s’agitent et créent un petit cercle. Quand je m’approche pour voir ce qu’il se passe, je m’aperçois que c’est un scorpion qui suscite tout cet intérêt. Je m’accroupis pour le prendre en photo et l’un des guides me dit de rester à distance car bien qu’il ne soit pas très gros, il peut être très dangereux. Apparemment, si il pique, il n’y a rien à faire et c’est la mort assurée. Je prends ma photo et bizarrement je n’ai plus trop envie de m’attarder près de lui. Ça tombe plutôt bien car c’est l’heure de repartir. Nous sommes maintenant dans une région semi-désertique qui surplombe la vallée d’Araba. Entourée de hautes montagnes, la zone est idéale pour observer les oiseaux de proie et admirer le paysage la bouche ouverte. Mais quand il faut y aller, il faut y aller…

La vie de Bédouin

Sept heures de marche, quinze kilomètres dans les pattes, nous arrivons enfin au camp de Ras Alfaid et rencontrons le groupe de Bédouins qui nous accueillent ce soir. Les guides assistés de leur équipe finissent d’installer les tentes « collectives » dans lesquelles nous passerons la nuit. Pendant ce temps certaines improvisent une séance de CrossFit, d’autres font la sieste… Moi je profite du soleil et du cadre en buvant un bon thé à la menthe. À la nuit tombée, le froid s’installe et nous nous retrouvons autour d’un feu de camp animé par les Bédouins : chants, danses, repas et café traditionnel. Une première soirée au milieu de nulle part, un peu froide, mais dans un esprit de découverte et de partage exceptionnel.

Voilà qui met du baume au coeur et qui réchauffe un peu avant que j’aille me caler dans une tente que je partagerai avec une trentaine d’autres participantes. Bien emmitouflée dans mon sac de couchage, je tombe de fatigue.

Jour 6 – Vendredi 30 mars 2018

De Ras Alfaid à Qubor El Wehedat

Ras Alfaid – Réveil à 7h00, petit déjeuner habituel avec mes oeufs durs, ma tomate et mon mes cafés. La journée sera belle j’en suis sûre, même si Attif et Osama, mes guides préférés, me confient que le parcours d’aujourd’hui est probablement la partie la plus difficile du trek. Tout a un prix. Je veux de beaux paysages, je veux découvrir un environnement qui m’est inconnu, je veux quelque chose d’unique… Alors ça mérite bien de se donner et même de souffrir un peu si nécessaire. Je suis prête.

Un parcours plutôt difficile mais mémorable

Le but du jeu aujourd’hui, descendre un peu pour ensuite monter et redescendre pour remonter encore. Vous avez compris ? Mes jambes oui ! J’ai pris l’habitude de dire que je préférais grimper plutôt que descendre parce finalement c’est moins sollicitant pour les jambes et les genoux. Alors lorsque le parcours du jour commence par une longue descente en fil indienne et avec des pierres instables un peu partout, j’avoue je ne me réjouis pas des masses. Certaines filles chutent sans gravité pendant qu’une autre s’accroche à mon sac pour se rassurer : Sabrine. La Tunisienne avec qui j’ai sympathisé la veille n’est pas très à l’aise avec le « vide » alors j’essaie de la détendre au fur et à mesure des obstacles. Après la descente vient le temps de la montée… C’est dur pour les jambes et pour le souffle. À un moment, je me surprends à dire que je trouve ça plus dur que le Mont Kilimandjaro, même sans la contrainte du manque d’oxygène. Mais ça en valait la peine puisque c’est avec une splendide vue sur le désert Wadi Araba que nous déjeunons.

Résister au vent et souffrir, pour mieux profiter ensuite

Alors que la matinée avait déjà été fatigante, je comprends rapidement que l’après-midi ne sera pas plus reposante. Nous nous retrouvons dans une zone particulièrement ventée, sur le haut de la montagne que nous avons gravi plus tôt. Des rafales qui font bouger tout le monde alors les guides nous demandent de marcher par deux, bras dessus, bras dessous. C’est sur un sentier mal défini que nous devons maintenant descendre vers la vallée de la rivière. Certaines filles commencent à flancher un peu et j’avoue que je me suis déjà sentie plus en forme moi-même. Lorsque l’on arrive en bas, tout le monde retrouve rapidement le sourire. Le cadre est très sympa alors on en profite en prenant une pause les pieds dans la rivière. L’eau est fraîche mais ça fait vraiment du bien d’enlever ses chaussures et de calmer quelques débuts d’ampoules.

Une heure et demie plus tard, nous arrivons au camp de Qubor El Wehedat où nous sommes encore très bien accueillis par les Bédouins. Les grandes tentes sont déjà montées alors je vais me débarbouiller un peu au « bidon » d’eau et me changer pour être au chaud avant la tombée de la nuit. Ce soir, c’est festin ! En plus, des pommes de terre et des légumes, le « staff » nous a préparé du poulet grillé ! Voilà de quoi nous requinquer après cette longue journée. Quelques jeux à la lumière des bougies, puis tout le monde se prépare pour le coucher. J’essaie de passer du temps avec tout le monde même si ce n’est pas toujours évident, mais cette nuit c’est avec bon nombre de mes « soeurs du Kilimandjaro » que je dormirai. Serrée entre un poteau et Lisa, une Anglaise qui vit en Thaïlande. Ou une poète dans l’âme, de qui je ne cesse d’apprendre.

Jour 7 – Samedi 31 mars 2018

De Qubor El Wehedat à Beida

Qubor El Wehedat – J’ai bien dormi alors je me réveille de très bonne humeur ce matin. Sûrement aussi parce que je sais que le parcours d’aujourd’hui sera un peu moins long et plus tranquille que les jours précédents. Je veux en profiter parce que c’est le dernier vrai jour de trek. Cela ne nous empêchera pas de marcher encore, de continuer à découvrir la Jordanie et à dormir en camp, mais le trek se fait probablement dans un état d’esprit un peu différent quand même. Bref, comme depuis le premier jour, j’ai hâte.

Les chameaux laissent place à Édith Piaf…

Seulement dix minutes après avoir quitté le camp, nous croisons des Bédouins et leurs chameaux. Déjà une pause… Certaines filles entament leur déjeuner pour offrir une pomme aux camélidés, d’autres s’essaient à la montée sur chameau (comme Teresa). J’apprécie le spectacle mais j’avoue que ces animaux me font de la peine alors pas de balade à dos de chameau pour moi, je me contente d’une caresse. Nous poursuivons notre chemin en direction d’Alfrash. Une marche modérée mais toujours avec de jolies vues et pas mal de roches. Il fait beau, l’ambiance est bonne et Jasmine veut pousser la chansonnette en français aujourd’hui. Ni une, ni deux, Emma et moi nous mettons d’accord pour « La vie en rose » d’Édith Piaf. Pendant près d’une heure nos voix et nos sifflements trouveront écho dans la Rift Valley et feront voyager la chanson française sur quelques kilomètres en Jordanie.

Little Petra et camp au top

Après le déjeuner, le parcours est un peu plus rocailleux et il faut parfois utiliser les mains pour passer les obstacles. Ça me plait. Je marche toujours avec Jasmine même si on nous a demandé de prendre un peu de distance les unes entre les autres. Dans le coin aussi, Deena et Ashley, qui vit en Belgique mais qui ne parle pas encore français (on y viendra j’en suis sûre).

Maryana et moi découvrons Little Petra

Plus les minutes passent, plus les couleurs changent autour de nous. La roche devient de plus en plus orangée, et nous arrivons bientôt à Little Petra qui offre une narration silencieuse de l’histoire de son puissant passé nabatéen. Nous prenons quelques photos puis la direction du camp. Probablement l’un de mes préférés ! Non pas parce qu’il est équipé de vrais sanitaires, mais plutôt parce que j’adore comment il est aménagé. D’un côté, toutes les tentes, de l’autre le coin convivial où tout le monde se rejoint pour boire le thé, danser, se poser autour du feu et manger. Le tout dans un cadre top.

Avant de passer à table, Denise, qui a rejoint l’équipe pour la #JordanQuest, nous propose une petite animation de team building pour mieux se connaître et pour que chacune explique ce que ce projet représente pour elle et pourquoi elle a souhaité en faire partie. Un moment très sympa qui en cache un autre puisque les locaux sont en train de préparer le repas sur le feu du camp. L’après dîner est lui aussi superbe et une grosse partie de l’équipe se retrouve pour papoter autour du feu de camp. Allez on a bien profité, maintenant « dodo time » avec mes coloc de choc Shabnam et Shivani. Demain, Petra, la vraie de vraie…


     

Participe au 3e record l’été prochain en France !

Crédits photos : Sandrine Dusang/ Equal Playing Field/ Dana Roesiger

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