#JordanQuest – J12 : Match record, gala et clap de fin

En juin 2017, Sandrine Dusang avait rejoint l’équipe d’Equal Playing Field pour un incroyable challenge sur le Mont Kilimandjaro. En participant il y a quelques mois à la #JordanQuest, seconde aventure initiée par EPF, l’ancienne internationale française a à nouveau montré son engagement dans la lutte contre les inégalités, et son envie de soutenir et de promouvoir le football pratiqué par les femmes. Aujourd’hui, à travers son journal de bord, notre consultante nous raconte son aventure en Jordanie. Entre rencontres, trek, lieux historiques, matches d’exhibition, camps d’entrainement et match record, l’ancienne joueuse est rentrée avec des souvenirs plein la tête. Récit.

Jour 1 , Jour 2 , Jour 3 , Jours 4 à 7Jour 8 , Jour 9 et 10 , Jour 11

Jour 12 – Jeudi 5 avril 2018

Hôtel Crowne Plaza, mer Morte – Il est 9h00 passées lorsque je me réveille. Du bonheur ! Une vrai nuit de récupération, voilà qui fait du bien à la tête et au corps. Ce matin rien ne presse vraiment, le seul impératif est le petit déjeuner à prendre avant 10h30 alors Sabrine et moi nous mettons en route doucement, très doucement…

La balade ou la baignade ?

Le buffet du petit déjeuner est aussi grand que celui du dîner de la veille alors j’en profite pour me faire une assiette copieuse d’un mélange sucré-salé, même si comme c’est souvent le cas pour moi, le salé l’emporte. Étant donné l’heure tardive, je me dis que c’est sans doute mon repas d’avant match alors je charge un peu. Oeufs brouillés, jambon, fromage, pain, confiture, auxquels viendront s’ajouter une petite assiette de pâtes aux champignons au deuxième round. Le tout avec deux de mes meilleurs amis, Monsieur café, dont j’en prends deux bols et Madame eau que je boirai en litres aujourd’hui. Nous sommes peu nombreuses dans la salle alors j’imagine que certaines sont venues manger plus tôt que nous. Petit déjeuner terminé, Sabrine et moi profitons de cette matinée ensoleillée pour se balader un peu dans le village hôtelier et je réponds à l’interview d’un journal anglais reçue par mail ce matin.

Beaucoup de filles sont en fait en train de se baigner dans la mer Morte et de tester les bienfaits de sa boue. Un moment sympa visiblement mais je préfère garder ça pour plus tard. Je suis probablement encore trop « pro » dans la préparation d’un match mais je me dis que se baigner et être en plein soleil sur la plage n’est pas forcément la meilleure recette pour être en forme à 14h00, au coup d’envoi de notre match record ! De toute façon il est trop tard pour changer mon fusil d’épaule puisque nous sommes censés partir pour le stade aux alentours de midi. Je reste donc sur ma première idée, celle d’une balade en guise de réveil musculaire… J’aurai quelques regrets plus tard, vous verrez mais bon on ne peut pas tout prévoir à l’avance, et Madame Irma n’étant pas avec moi ce matin, je ne le sais pas encore.

Direction le big game

Repassées par la chambre pour finir de préparer nos affaires, nous nous sommes aussi vêtues de nos tenues de match, histoire de gagner un peu de temps en arrivant au stade et de ne pas passer vingt plombes dans le vestiaire. Sabrine est en noir, je suis en blanc, alors dès lors que les maillots sont enfilés, le chambrage commence. C’est à priori la même chose pour toutes puisque le groupe WhatsApp s’emballe un peu avec quelques photos et messages qui expriment la rivalité du jour entre les White Tigers et les Black Irises. Évidemment avec beaucoup d’humour mais quand même 😉 Nous ne devons pas trop nous charger car ce sont des mini bus qui nous conduiront à Ghor El Safi alors je me contente de mon sac à dos avec les indispensables : serviette, veste, gourde, chaussures et protège-tibias. Le reste est déjà sur moi.

Tout le monde s’est rassemblé dans le hall de l’hôtel, tout le monde est en tenue de « combat » mais tout le monde a le sourire jusqu’aux oreilles. Je sais que l’important de ce match n’est pas vraiment la victoire mais je veux le gagner. Mon tempérament de compétitrice revient inévitablement lorsqu’on me dit le mot « match », alors lorsqu’on y ajoute le terme « officiel » c’est plus fort que moi. Le match au Kilimandjaro s’était soldé par un match nul 0-0. Sur le moment tout le monde était heureux et sans doute trop fatigué pour réaliser que nous avions décroché le record du match joué à la plus haute altitude mais sans inscrire le but marqué à la plus haute altitude. Nous devons faire mieux aujourd’hui, je dois faire mieux aujourd’hui. Il va faire chaud, sûrement très chaud, mais cette fois nous n’avons pas près de 40% d’oxygène en moins alors pas d’excuse pour que ce match ne soit pas une réussite ! Allez l’équipe blanche dans un mini bus, l’équipe noire dans un autre… Direction le terrain !

Après environ quarante-cinq minutes de mini bus passées à envoyer des messages de – fausse – provocation à l’équipe adverse, nous arrivons sur le parking de « notre » terrain. Le bouche à oreille a dû fonctionner parce qu’il y a déjà bien plus de monde qu’hier aux abords du stade. Malheureusement, la majorité des enfants et des personnes présentes autour du terrain grillagé sont de sexe masculin. Comme quoi, tout n’est pas encore gagné. Par précaution, des policiers nous font le chemin entre les mini bus et les vestiaires. C’est jour de match alors les choses sont faites dans les règles… Mon équipe et moi allons nous installer dans le vestiaire de droite, l’équipe noire prend elle la direction opposée. Des paniers repas avec poulet et riz sont mis à notre disposition mais pour moi, l’heure du coup d’envoi est maintenant trop proche pour manger ça. Je me contente d’une pomme et me prépare tranquillement pour sortir à l’échauffement.

Pour un deuxième record du monde

Ce début d’après-midi est comme tous les précédents au niveau de la météo et des températures. Le terrain est en plein soleil et la température avoisine les quarante degrés. Je m’hydrate encore plus que d’habitude, me passe la tête sous l’eau et prends soin de mouiller l’intérieur de mes chaussures. Tout le monde s’équipe, règle les derniers détails puis le protocole de match officiel est lancé. En ligne, les deux équipes sont saluées par le Prince Ali ben Al Hussein, et se croisent ensuite pour la fameuse poignée de main d’avant-match. Une photo souvenir toutes ensemble avec le Prince puis les vingt-deux actrices se mettent en place.

Comme prévu, je joue au poste de milieu défensif avec Deena mais le match débute mal pour nous. Seulement cinq minutes de jeu avant que l’équipe noire n’ouvre le score par Sabrine ! Les minutes passent mais mon équipe et moi peinons à se procurer des occasions. Pire, nous allons encaisser un second but (inscrit par Ashley Hall) peu après le quart d’heure de jeu. Je me dis que ça ne sent pas bon pour nous, même si d’avoir encaissé ces buts tôt, nous laisse finalement le temps de les rattraper ! Je ne sais pas pourquoi mais il est assez évident que l’arbitre m’a dans le collimateur. Elle siffle systématiquement contre moi, même quand la faute est censée être en ma faveur. Allez comprendre ! Les Black Irises sont globalement mieux organisées que nous mais grâce à des buts de Deena et Kim, nous parvenons à revenir au score un peu avant la mi-temps.

On profite de la pause pour faire un peu le point, essayer de régler quelques petites choses et c’est reparti ! À deux ou trois reprises, nous sommes proches de prendre l’avantage en début de seconde période mais finalement c’est la Népalaise Laxmi Paudel qui marque le troisième but pour l’équipe noire ! Rrrhhhh ! Oui j’avoue, je commence à râler un peu, c’est plus fort que moi mais ça ne change rien au problème. Nous essayons de pousser en fin de rencontre et je joue même un peu plus haut sur le terrain mais non, rien y fait. Nous n’arrivons pas à revenir à hauteur de nos adversaires. Sur un corner, la capitaine de l’équipe pakistanaise, Hajra Khan va même aggraver le score en marquant… de la main ! Après ça et bien malgré moi, le score ne bouge plus et c’est l’équipe noire qui s’impose. Je suis déçue bien sûre mais j’essaie de vite passer à autre chose et de profiter de ces moments de fête sur le terrain. Après tout, nous venons de jouer un match à -320 mètres et signons notre deuxième record avec le match joué à la plus basse altitude !

Mon au revoir à la mer Morte

Pour rentrer à l’hôtel, toujours les fameux mini bus mais cette fois j’ai la plus ou moins bonne idée de monter dans celui où la majorité des filles sont des joueuses de l’équipe noire. Le moins : cela me vaut de me faire chambrer en musique avec l’indémodable « We are the champions » de Queen. Le plus : Sabrine et moi nous voyons offrir un sachet de bonbons (suédois) par Erika qui nous désigne « Meilleures joueuses (non-officielles) du match ». L’ambiance est bon enfant et au moins je n’aurais pas tout perdu ! 😉

Ce soir, c’est diner de Gala avec le Prince Ali bien sûr mais aussi avec les partenaires et les personnes qui nous ont soutenu dans la préparation et la réalisation de cette #JordanQuest. En attendant, Sabrine et moi décidons d’aller faire notre petit tour à la mer Morte, celui que nous n’avons pas fait ce matin.

Nous croisons quelques filles qui elles vont remonter se préparer pour le dîner. C’est au moment où je vois la mer, que le regret de ne pas l’avoir fait ce matin arrive… En effet, en jouant cet après-midi, je me suis copieusement brulé les deux genoux et ces derniers sont à vif. Je suis donc consciente que mon bain dans la mer Morte est clairement compromis maintenant et que je ne vais pas pouvoir m’amuser à flotter dans cette eau. Surtout lorsque l’on sait que cette mer est dix fois plus salée que les autres mers ! Je veux quand même tenter ou au moins y mettre les pieds. Lorsque j’avance sur la plage et que je commence à mettre un pied dans l’eau, le Mitch Buchannon jordanien m’avertit et me dit que c’est impossible que j’y mette les genoux. Je m’avance au maximum, à la limite du raisonnable puis la plaie touche l’eau. J’hurle et m’accroche instantanément à Sabrine ! Là, j’ai vraiment la réponse et malheureusement Mitch a raison. Im-po-ssible pour moi de me baigner dans la mer Morte. Nous sortons de l’eau et profitons de la boue en nous faisant des masques et en nous tartinant la moitié du corps. Mais contrairement à la plupart des gens qui se jettent dans la mer pour se débarbouiller, c’est sous la douche que je me rince. Il est presque 19h00, largement l’heure de remonter à la chambre pour se préparer car nous sommes censées être prêtes à 19h30. C’est clairement pas gagné…

Comme des Princesses pour le clap de fin

En retard mais comme beaucoup d’autres, je découvre le lieu du dernier dîner de l’aventure. Au sous-sol de l’hôtel, une grande salle avec des tables rondes un peu partout, un grand écran, une petite estrade et des serveurs qui veillent à ce que nous ne manquions de rien. Ça sent la soirée de gala. Joueuses, membres de l’organisation, de l’équipe média et staff médical ont troqué leur tenue de sport contre un costume, une robe ou une tenue un peu plus formelle en tout cas. Il fallait bien au moins ça pour recevoir le Prince. Tout le monde s’installe à table en fonction des places libres et des affinités, alors évidemment Shabnam, Sabrine et moi ne nous quittons pas d’une semelle pour cette dernière soirée. Toute une panoplie d’entrées aux saveurs du Moyen-Orient remplit le centre de chaque table et là je ne pèse pas mes mots pour dire que c’est un véritable festin. Les discours s’enchainent à la même allure que les plats, pendant que les photos de ces dix derniers jours défilent sur l’écran géant de la salle. Des photos qui provoquent parfois les rires de l’assemblée d’ailleurs.

Après le dîner, chaque participante se voit remettre un certificat pour le match record, ainsi qu’une chaine dorée avec un pendentif en forme de vague sur lequel sont renseignées les coordonnées GPS du lieu où le match s’est joué aujourd’hui. Dans ma collection personnelle, ce pendentif viendra se mettre tout près de celui que nous avions reçu après notre record au Kilimandjaro. Je prends la pose avec les filles pour ces derniers instants ensemble en Jordanie, j’ose même un selfie avec le Prince Ali ben Al Hussein et Sabrine, puis la salle prend des allures de soirée dansante pendant un moment. Certaines prennent l’avion pendant la nuit ou tôt demain matin alors il est l’heure des au revoir. Je ne sais pas si je reverrai tout le monde une prochaine fois, sur une prochaine aventure, pour un prochain record, ou peut-être simplement par hasard mais une chose est sûre, j’ai passé une aventure extraordinaire avec toutes ces personnes. J’ai confirmé le lien que j’avais crée avec certaines en Tanzanie, j’ai rencontré d’autres personnes formidables à ajouter à ma liste d’amis, et je le sais déjà, cette #JordanQuest, cette expérience unique et enrichissante, sera un souvenir incroyable, un de ceux qui marque une vie.

 


     

Participe au 3e record l’été prochain en France !

Crédits photos : Sandrine Dusang/ Equal Playing Field/ Dana Roesiger

Laisser un commentaire