#JordanQuest – J11 : Destination mer Morte, point le plus bas de la Terre

En juin 2017, Sandrine Dusang avait rejoint l’équipe d’Equal Playing Field pour un incroyable challenge sur le Mont Kilimandjaro. En participant il y a quelques mois à la #JordanQuest, seconde aventure initiée par EPF, l’ancienne internationale française a à nouveau montré son engagement dans la lutte contre les inégalités, et son envie de soutenir et de promouvoir le football pratiqué par les femmes. Aujourd’hui, à travers son journal de bord, notre consultante nous raconte son aventure en Jordanie. Entre rencontres, trek, lieux historiques, matches d’exhibition, camps d’entrainement et match record, l’ancienne joueuse est rentrée avec des souvenirs plein la tête. Récit.

Jour 1 , Jour 2 , Jour 3 , Jours 4 à 7Jour 8 , Jour 9 et 10

Jour 11 – Mercredi 4 avril 2018

Dans le désert de Wadi Rum – 6h15, impossible de dormir plus longtemps car le camp se réveille doucement et nous sommes bien trop proches les unes des autres pour que j’ignore les bruits autour de moi. Je suis collée à Sabrine. J’ai eu froid cette nuit. En particulier au visage que j’ai caché sous la couverture à plusieurs reprises pendant la nuit. Lorsque je vois le visage de Shabnam et ses traits fatigués, je ne peux m’empêcher de repenser à la crise d’hystérie qu’elle a eu cette nuit et j’éclate de rire dès le matin. Je ne sais pas quelle heure il était mais la majorité du camp dormait déjà… Mieux, certaines personnes ronflaient déjà ! La place que nous trouvions si parfaite en nous y installant, pas trop loin du feu et un peu au milieu de tout le monde, est devenue une sorte de mini cauchemar pour Shabnam. Placée entre deux ronfleur-se-s dont je tairai encore les noms par respect, Shab’ a passé près d’une demi-heure à souffler, se boucher les oreilles, se tourner dans un sens puis dans l’autre et à pester : « Non mais Sandrine, je vais tuer quelqu’un là ! Pourquoi on est toujours à côté des gens qui ronflent ? Ça va me rendre folle ! ». Je lui ai juste dit qu’elle était trop douce et gentille pour tuer qui que ce soit cette nuit et qu’elle ferait bien mieux de compter les étoiles pour essayer de se calmer et de trouver le sommeil. Après ça, je ne me souviens plus alors j’étais probablement tombée dans les bras de Morphée.

Une matinée de voyage

Pendant que nous remballons nos affaires et remettons notre camp sauvage à son état naturel, les pick-up arrivent. Nous profitons alors des bennes de ces derniers pour prendre notre petit déjeuner en position assise plutôt que de le faire en tailleur dans le sable. Vers 7h30, je grimpe à nouveau à l’arrière d’un des véhicules pour faire le chemin inverse d’hier et retourner au centre de Wadi Rum. Je suis avec les mêmes filles que la veille, à l’exception de notre petite interprète qui a laissé sa place à Sabrina Alabadi, arbitre FIFA – jordanienne – et aussi infirmière à l’hôpital d’Al Bashir. Le retour en pick-up est beaucoup plus calme qu’à l’aller. La faute à une nuit pas suffisamment régénératrice sans doute mais aussi à une température plutôt douce ce matin qui nous oblige à nous couvrir des pieds jusqu’à la tête. Presque à nous mettre en boule. Une fois arrivées au centre d’accueil des visiteurs de Wadi Rum, où nous avions joué notre match d’exhibition aux portes du désert il y a deux jours, nous profitons d’une brève pause pour se dégourdir les jambes avant de monter dans les bus qui nous conduiront en direction de la mer Morte.

Le trajet va être assez long pour occuper la matinée entière puisque nous devrions rouler entre trois et quatre heures avant d’arriver à proximité de la mer Morte. La première heure passe vite, très vite même, parce que je profite de mon siège molletonné et de mon blouson en guise d’oreiller, pour rattraper un peu le sommeil raté cette nuit. Un peu plus en forme désormais, l’ambiance monte crescendo dans le fond du bus. La jeune gardienne jordanienne Jude Shanti, 19 ans, commence à pousser la chansonnette. Avec les paroles qui défilent sur l’écran de son téléphone, elle reconnaît volontiers ne pas être The Voice. Du coup, elle se lance dans un concours et invite d’autres filles à chanter elles aussi. De l’arabe, de l’anglais, du français, notre concours est presque aussi prestigieux que celui de l’Eurovision. Heureusement, pas d’émission retransmise en direct depuis notre bus et je me suis même assurée que personne ne filme ma prestation ;). Retour au calme avant d’arriver à Ghor El Safi où nous dispenserons notre dernier camp d’entrainement de l’aventure dans moins de deux heures.

Notre terrain, notre héritage

Il est aux alentours de 12h00 et nous arrivons près du terrain de Ghor El Safi, un terrain construit spécialement pour l’occasion et grâce à l’énorme soutien du Prince Ali ben Al Hussein, président de la Fédération jordanienne de football et aussi vice-président de la Fifa pour la zone Asie (AFC). Sans lui rien de tout ça n’aurait été possible et la #JordanQuest aurait probablement fait beaucoup moins de bruit qu’elle ne le fait depuis notre arrivée dans le pays. C’est donc un terrain tout neuf que nous découvrons. Un terrain baptisé « Equal Playing Field ». Nous l’inaugurerons officiellement cet après-midi avec un camp d’entrainement un peu spécial, mais surtout c’est sur cette pelouse synthétique que nous jouerons notre match demain pour décrocher un second record. Celui du match joué à la plus basse altitude. Je suis impatiente mais l’heure n’est pas encore au match record. D’abord, un petit panier repas à se mettre sous la dent et ensuite quelques animations !


Le camp d’entrainement de cet après-midi est un peu plus tranquille pour nous car c’est principalement l’organisation allemande GIZ qui animera les ateliers du jour. Évidemment, Maryana, Yasmeen ou encore Teresa qui bossent avec eux toute l’année apportent leur pierre à l’édifice. De mon côté, j’observe, je papote avec les copines et je passe sur les ateliers juste pour profiter de l’ambiance et des sourires sur les visages des petites. Depuis que nous sommes arrivés ce midi, j’ai l’impression que je connais une des femmes présentes avec GIZ ou alors elle ressemble comme deux gouttes d’eau à quelqu’un que je connais… D’un coup ça me revient, je percute. C’est Renate Lingor, ancienne internationale allemande. Nous échangeons quelques mots mais je pense que je me souviens davantage d’elle, qu’elle ne se souvient de moi. Je lui parle de l’Euro 2005 en Angleterre, quand j’avais vingt-et-un an, quand j’étais jeune et quand l’Allemagne gagnait toujours à la fin. Ahahah. Passons… Après la séance, l’organisation a prévu une belle surprise pour les deux cent jeunes filles présentes aujourd’hui. Un chanteur jordanien apparemment très populaire auprès des adolescents est spécialement venu pour clôturer l’après-midi en interprétant quatre ou cinq de ses chansons. Un mini concert qui ravi notre ado Jude autant que les autres gamines. Jude est une jeune fille attachante et sensible, qui a tendance à avoir rapidement la larme à l’oeil. Elle me touche parce qu’elle est simple et vraie. Qui plus est, c’est une gardienne de qualité et elle me fait rire. Allez « concert » terminé, nous immortalisons le moment avec une photo de groupe et quittons le terrain pour rejoindre notre… hôtel.

Du désert au cinq étoiles

Encore une belle après-midi d’échange et de partage. Je monte maintenant dans le bus pour rejoindre l’hôtel où nous dormirons les deux prochaines nuits, les deux dernières… La fin de l’aventure jordanienne approche et c’est un sentiment assez particulier que j’ai à ce moment là. Déjà un peu nostalgique de penser que ça va se terminer et que chacune va retourner à ses occupations habituelles, et en même temps super excitée et impatiente d’être à demain pour jouer le match record. Il faut que j’en profite encore un peu et que je savoure ces derniers instants, mais pour le moment petite sieste. C’est plus fort que moi et je peine souvent à résister lorsque je suis dans le car. J’ai aussi ce problème en voiture… Lorsque je ne conduis pas, je me laisse bercer par les courbes, par le ronronnement du moteur et hop je m’endors. Dans le cas précis du jour, l’avantage c’est que quand j’ouvre à nouveau les yeux, nous ne sommes plus qu’à dix ou quinze minutes de l’hôtel et surtout, nous roulons juste à côté de la mer Morte. Le soleil commence à descendre et se prépare pour son coucher alors je profite de la vue et de ce que la nature nous offre.

Il est aux alentours de 19h00 lorsque nous arrivons à l’hôtel. En récupérant mon sac dans la soute du car, je jette un oeil à la devanture de l’hôtel et je comprends que le changement va être radical. Nous avons dormi à la belle étoile en plein désert la nuit dernière et ce soir nous dormirons au Crowne Plaza Jordan Dead Sea Resort & Spa*****. Il y a quand même un (sacré) monde entre les deux. Nous entrons dans le gigantesque hall de l’hôtel puis nous sommes accueillis avec un verre de bienvenue, le temps de faire la répartition des chambres. À la base, je partage ma chambre d’hôtel avec Deena mais son mari est là alors j’ai une chambre double pour moi toute seule… C’est là que le troc commence pour certaines. Enfin surtout pour une… Rajvi ! Elle veut avoir la chambre tout seule pour pouvoir trainer davantage dans le bain. Si elle partageait sa chambre avec quelqu’un que je n’apprécie pas ou avec qui je n’ai pas vraiment d’affinité, j’aurais peut-être été réticente mais il s’avère que la personne en question est Sabrine. La négociation est donc de courte durée et quelques minutes plus tard, Sabrine et moi prenons nos quartiers dans une chambre spacieuse avec deux lits confortables, une baignoire et un balcon. Un vrai matelas, moelleux juste comme il faut et une couette terriblement douillette. J’ai presque envie de me coucher tout de suite.. Mais non c’est l’heure de la douche avant d’aller au dîner.

Un bout du complexe hôtelier 5 étoiles 😉

L’hôtel est en fait un complexe, presque comme un petit village où il n’est pas si simple de se repérer. Encore moins quand il fait nuit sans doute. Sabrine et moi demandons le chemin du restaurant mais il y en a en plusieurs apparemment alors on se balade un peu avant d’arriver dans la salle au buffet central géant. Je fais un premier tour pour voir avec quoi je vais remplir mon estomac. Le choix est difficile parce qu’il y a beaucoup trop de choses et que je fais partie des personnes qui aiment tout. Je remplis mon assiette de diverses salades composées, puis j’en prends une autre avec des pâtes (en pensant au match de demain) accompagnées d’un mix de viande et de poisson. Après le repas, je profite d’une courte animation au bar extérieur avec les deux Saoudiennes de la team, Saja (Kamal) et Rasha (AlKhamis), ainsi que Rajvi, Hajra et Sabrine. Il est un peu tard et le duo de chanteurs remballe ses affaires seulement deux chansons après notre arrivée. Nous poussant alors à regagner nos chambres plus vite qu’on se l’était imaginé. De retour dans la chambre, Sabrine et moi continuons à en apprendre davantage l’une sur l’autre. On se raconte nos vies respectives. Nous sommes vraiment différentes elle et moi mais on a crée un lien particulier et on est un peu comme Tic et Tac désormais. Il n’y a aucun doute, Sabrine et Shabnam sont mes plus belles rencontres de cette aventure en Jordanie, celles avec lesquelles je partage beaucoup et aussi celles qui me manqueront le plus. Allez c’est pas le tout de déballer mes sentiments, il faut bien que je profite un peu de mon lit et de ma nuit. Demain sera un autre jour… Et pas n’importe lequel. Good night !


     

Participe au 3e record l’été prochain en France !

Crédits photos : Sandrine Dusang/ Equal Playing Field/ Dana Roesiger

Laisser un commentaire