#JordanQuest – J3 : La cité antique et les sourires de Jerash

En juin 2017, Sandrine Dusang avait rejoint l’équipe d’Equal Playing Field pour un incroyable challenge sur le Mont Kilimandjaro. En participant il y a quelques mois à la #JordanQuest, seconde aventure initiée par EPF, l’ancienne internationale française a à nouveau montré son engagement dans la lutte contre les inégalités, et son envie de soutenir et de promouvoir le football pratiqué par les femmes. Aujourd’hui, à travers son journal de bord, notre consultante nous raconte son aventure en Jordanie. Entre rencontres, trek, lieux historiques, matches d’exhibition, camps d’entrainement et match record, l’ancienne joueuse est rentrée avec des souvenirs plein la tête. Récit.

Jour 1 , Jour 2

Jour 3 – Mardi 27 mars 2018

Le début du commencement

à Amman –06h00, voilà l’heure qu’affiche l’écran de mon téléphone lorsque le réveil sonne. Ça pique un peu ce matin alors je prends cinq minutes avant de sortir du lit. Quand je vois la tête de ma coloc de chambre, Deena, je comprends qu’elle aurait bien dormi un peu plus elle aussi. On échange un bonjour, un sourire et on se dit qu’ « aujourd’hui, c’est le grand jour ! » Oui, le début de la #JordanQuest, le vrai, c’est maintenant ! Premier match d’exhibition, premier camp d’entrainement pour les jeunes filles et ce soir pas de retour à l’hôtel. Première soirée et première nuit en camp. Mais bon on en est pas encore là… La journée va être riche et marquée de « premières » alors commençons par un petit déjeuner copieux pour prendre des forces.

Une heure plus tard, l’estomac bien rempli, je m’installe dans le bus qui va nous conduire à Jerash, la deuxième ville-étape de notre parcours jordanien. L’heure n’est pas vraiment aux bavardages ce matin et tout le monde fait en sorte de s’installer le plus confortablement possible pour piquer un somme. L’agitation d’hier pour les préparatifs et l’excitation d’aujourd’hui semblent pomper de l’énergie à chacune, mais je suis persuadée qu’une fois sur place tout le monde aura retrouvé la patate. En attendant, personne n’a vu passer les quarante-cinq minutes de bus qui nous séparaient de Jerash et c’est seulement quand le micro du bus crépite que j’ouvre les yeux et découvre les premières images d’une autre ville qu’Amman. Nous sommes maintenant à Gerasa, la cité antique autour de laquelle s’est établie la ville de Jerash. En descendant du bus, je comprends rapidement que nous allons en prendre plein les yeux. Quelques minutes plus tard, ce n’est pas par la petite porte que nous faisons notre entrée sur le site mais par l’arc d’Adrien, haut de vingt-cinq mètres.

Un match dans un hippodrome vieux de 2000 ans

Nous découvrons enfin notre terrain de jeu pour le match d’exhibition de ce matin : l’ancien hippodrome de la cité, l’un des plus petits de l’empire romain et vieux d’environ deux millénaires, rien que ça ! Pendant que des membres de l’organisation délimitent le terrain et installent les buts avec l’aide de locaux, les deux équipes partent à l’échauffement. Des allers-retours sur un terrain fait de sable… Je suis vraiment heureuse d’avoir pris des chaussures « sans crampons » et je plains celles qui sont déjà en train de se casser les pieds. Ce matin, c’est t-shirt à l’effigie d’Equal Playing Field pour tout le monde. Je suis dans l’équipe bleue, prête à affronter nos adversaires jaunes sur une piste d’hippodrome de 2000 ans. Fantastique ! Ma team sera coachée par un duo car ni Kim, ni Deena ne veulent sacrifier leur place de joueuse et franchement je les comprends. Je vous ai déjà parlé et présenté Deena (ma coloc à l’hôtel) mais pas Kim. Kim Smith, Américaine, était l’entraîneure de l’équipe adverse pour le match au Kilimandjaro. Je n’ai donc aucune idée de comment elle joue et à quel poste alors je le découvrirai en même temps que bon nombre de mes coéquipières.

Le match ne devrait pas être trop long car il fait déjà très chaud et nous sommes aussi attendues cet après-midi. Le terrain est assez étroit mais pour une mise en jambe je me dis que c’est suffisant. En suivant les consignes des joueuses/entraineures, je me place au coeur du jeu, milieu défensive de mon équipe. J’essaie d’enregistrer les prénoms des filles qui m’entourent et de mieux comprendre comment joue chacune d’entre elles. Avec Deena, nous avons une complicité instantanée sur le terrain, on se trouve presque les yeux fermés alors que nous n’avons jamais joué ensemble. Je découvre aussi Claudie Salameh, capitaine de l’équipe de Palestine, avec qui l’entente est plutôt bonne pour des gens qui se connaissent à peine. Dommage, nous ne jouerons pas dans la même équipe pour le match record. Les minutes passent, les premiers buts sont marqués, j’y vais moi-même de mon doublé et à la fin… La victoire est pour les bleues ! Je suis heureuse que mon équipe ait gagné évidemment, mais pour être honnête je crois que les dimensions du terrain ont été un avantage pour nous. J’attends de voir ce que ça donnera sur un terrain « normal » car j’ai le sentiment que certaines de mes adversaires seront contentes d’avoir davantage d’espaces…

Un court mais intense moment « touristique »

Pendant quelques minutes nous profitons du cadre plutôt insolite pour un match de foot et des spectateurs venus profiter du spectacle. Dans les gradins de l’hippodrome c’est une cinquantaine de locaux qui chantent et quelques touristes probablement attirés par le bruit d’une cité antique habituellement calme et silencieuse. Séance terminée pour ce matin, nous prenons trois quarts d’heure pour découvrir un peu plus du formidable site sur lequel nous nous trouvons. Le forum ovale, le temple de Zeus, le marché, le théâtre…

Je ne pourrais pas vraiment vous faire une visite guidée des lieux parce que nous n’avons pas eu le temps de faire le tour complet de Gerasa, mais pour ceux qui veulent en (sa)voir davantage, un lien ne fera pas de mal. En tout cas, ce que j’ai devant les yeux à ce moment là est tout simplement magnifique. Des petits groupes se forment et chacun va à la découverte de ce qui l’attire. Je marche avec Deena, Kim, Lisa, trois « mountain sisters » et Hajra Kahn, capitaine du Pakistan, que je ne connais pas vraiment pour le moment. Quelques photos souvenirs puis on prend le chemin dans l’autre sens pour retourner au bus et enchaîner notre deuxième évènement important du jour, sans doute le plus important : le football camp (ou camp d’entrainement) pour les jeunes filles de Jerash.

« Opportunité, Égalité, Respect »

C’est le slogan d’Equal Playing Field. Lorsque l’on arrive sur le lieu de notre premier camp d’entrainement, on avale un déjeuner rapide et on accueille les cent cinquante jeunes filles venues à notre rencontre pour s’amuser et taper la balle. C’est là que le fameux slogan d’EPF prend tout son sens. Je me sens investie, enfin, nous nous sentons investies d’une mission : donner la chance à ses gamines de jouer au football, comme les garçons de leur âge peuvent le faire. Nous nous mettons en deux files parallèles et dressons une haie d’honneur pour l’entrée des jeunes filles sur le terrain. Ce sera le rituel pour le début de chaque camp d’entrainement. Un moment sympa mais aussi un moyen de donner de l’importance à ses jeunes filles qui s’élancent sur le terrain comme des stars, avec le sourire jusqu’aux oreilles.

Tout le monde forme un grand cercle autour du rond central et ce sont les Jordaniennes Yasmeen et Maryana qui présentent la séance. C’est leur job et elles savent parfaitement le faire. Yasmeen et Maryana bosse avec « GIZ Sport for Development », projet allemand qui a pour but les échanges, l’éducation et la gestion de conflits à travers le sport, pour le développement. Yasmeen et Maryana ont donc l’habitude de proposer des activités comme celle d’aujourd’hui et ça se voit. Un petit jeu ludique pour mettre tout le monde dans l’ambiance puis les groupes se dispatchent sur différents ateliers aux quatre coins du terrain. Pour une raison pratique, l’organisation a fait en sorte que les joueuses qui parlent arabe soient réparties dans chaque groupe. Je me retrouve dans celui de Teresa, la parfaite chef d’orchestre pour ce genre de choses puisqu’elle aussi travaille avec GIZ. À défaut de parler arabe et de pouvoir communiquer avec les jeunes filles par la parole, je m’improvise démonstratrice des ateliers. Je prends un malin plaisir à le faire d’une façon clownesque, juste pour voir les gamines sourire et s’amuser. Cela fonctionne plutôt bien visiblement. Après que chaque groupe soit passé sur tous les ateliers du terrain en chantant et dansant à chaque transition, le camp se termine. Super contente de cet après-midi mais aussi super K.O, je m’octroie une petite sieste dans le bus qui nous emmène vers notre premier campement.

La réserve de Dana, premier campement de l’aventure

Forcée de me réveiller après quelques instants mouvementés (mieux vaut ne pas avoir le mal des transports), le bus ralenti. Ce dernier ne peut pas aller plus loin, alors l’un des guides nous annonce que nous devons marcher une vingtaine de minutes pour rejoindre le camp où nous dormirons ce soir. La nuit est déjà tombée, c’est donc lampe frontale allumée que nous marchons en direction du Rumana campsite, avec en cadeau un vent plutôt frais pour des gens qui ont passé leur journée en plein soleil et sous 38° environ. Des gens qui n’ont pas pris de douche non plus. Vingt minutes de marche passent et nous ne sommes toujours pas au camp, pire, nous ne sommes plus sur le bon chemin. Retour sur nos pas pour reprendre le bon cap et enfin arriver au camp une quinzaine de minutes plus tard. Il fait trop sombre pour voir quoi que ce soit autour de nous mais Attif, le guide principal – qui au passage, parle parfaitement français – me promet une vue splendide demain au lever du soleil.

L’intérieur de la tente au Rumana camp. A gauche, ma place, en face celle de Shabnam et à droite celle de Shivanni.

La plus grande partie d’entre nous, sera répartie dans des tentes de trois places. Afin de gagner du temps, l’organisation avait listé les trios à l’avance. Au fur et à mesure, les prénoms résonnent et le lieu de rassemblement se vide. J’attends mon tour… Quand Emma, ma paire française, annonce enfin « Sandrine, Shabnam and Shivani ! ». La tente des « 3S ». Voilà, mes coloc de la nuit. Shabnam, avec qui j’ai partagé le taxi en arrivant en Jordanie et qui pourrait se révéler être l’une des personnes importantes de mon aventure, et Shivani Toppo, une joueuse indienne de 18 ans que je vais pouvoir découvrir un peu plus. Installation faite dans notre tente où il faut savoir partager l’espace mais aussi l’intimité de chacune. Shab et moi dormirons tête à tête, séparées par seulement trente centimètres mais qu’importe je crois que ni l’une ni l’autre ne serons dérangées pour dormir. Un brin de toilette à la lingette et nous filons prendre le dîner avec tout le monde. Deux grandes rangées de table, des bancs et un buffet, je n’en attendais pas autant mais c’est une bonne surprise ! Je remplis mon assiette de crudités, de poulet, de pommes de terre et d’olives puis je m’installe à table. En dix minutes c’est plié et je fais un deuxième tour mais en version courte cette fois-ci. Une pomme, un café, et j’ai comme l’impression que ma tente est déjà en train de m’appeler. Une chose est sûre, ce n’est pas ce soir que je danserais autour du feu de camp ! Shabnam, Shivani et moi prenons quand même quelques minutes pour papoter et préparer nos affaires du lendemain. Dans le camp, les lumières s’éteignent progressivement. J’éteins la mienne.


     

Participe au 3e record l’été prochain en France !

Crédits photos : Sandrine Dusang/ Equal Playing Field/ Dana Roesiger

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