Gold Cup : bilan de la capitalisation aux USA.

Trois étoiles sur la poitrine et la base de fans la plus riche du monde. A quelques mois de la Coupe du Monde, qu’en est-il du succès du football pratiqué par les femmes aux USA et en Amérique du Nord ? Retour sur la Gold Cup dont le résultat a compté pour les qualifications pour la Coupe du Monde de la zone CONCACAF.

L’objectif capitalisation des USA

En 2015, l’USWNT avait réussi un exploit sportif en plus de remporter leur troisième étoile : la finale de la Coupe du Monde de la FIFA disputée contre le Japon, avec des accents de revanche, avait été l’événement football le plus regardé de l’histoire des USA, avec plus de 25 millions de spectateurs à travers tout le pays. De manière générale, l’engouement autour de la dernière coupe du monde a été celui de tous les records dans de nombreux pays. 

Concentrons-nous sur le football aux USA. D’une part parce qu’elles sont les tenantes du titre, d’autre part parce que c’est l’un des pays où le football pratiqué par les femmes fait partie de la culture sportive sans (trop) de préjugés, et enfin parce que la compétition s’est déroulée au Texas et en Caroline du Nord. N’oublions pas non plus que l’US Soccer s’est également lancé dans une politique de croissance de la médiatisation du football et de la compétitivité, avec la création de non pas un mais deux tournois internationaux domestiques, qui accueillent annuellement l’élite des sélections nationales. 

Après un Victory Tour pharaonique qui s’est achevé en décembre 2015 sur une défaite contre la Chine de Bruno Bini à l’époque, la génération des 15’ s’était imposée comme étant celle qui allait faire rentrer le football pratiqué par les femmes dans tous les foyers. Les 99ers avaient ouvert la voie et certains noms ne se sont pas éloignés du football et participent également à la médiatisation et la progression de la représentation féminine dans les sphères du football, on pense notamment à Julie Foudy, Aly Wagner ou encore Mia Hamm, qui co-possède le Los Angeles FC. Mais cette fois, on nous avait promis une réelle capitalisation. 

Un tour d’horizon 2017 – 2018

Trois ans plus tard, ce n’est pas non plus brillant. Le dernier gros match qui a suscité le déplacement des foules a été le USA v France de la SheBelieves Cup, en mars dernier, avec 25 706 personnes en tribunes. La moyenne se situe plutôt autour de 12 000 personnes. Les audiences télés ne sont pas plus brillantes, puisqu’en 2017, malgré des présentations sur les chaînes des groupes Fox et ESPN, aucun match n’a rassemblé plus d’un million de téléspectateurs. 

Les Etats-Unis, comme de nombreux pays, souffrent d’un problème de chauvinisme et ça s’est souvent vu dans les compétitions comme la SheBelieves Cup avec des affiches aussi alléchantes que France – Allemagne délaissées pour un stade un peu plus rempli dès que les Américaines entraient sur le terrain. Tribunes vides pour soutiens fermes, dirons-nous ? Dans ce cas, cela voudrait dire que les USA ont remporté leur pari et il faudrait simplement ouvrir le public à plus d’équipes et à la discipline entière, ce qui demande un peu de pédagogie, mais pas beaucoup d’efforts pour entretenir le mouvement. Sauf que…

L’essoufflement de l’enthousiasme et pistes de compréhension 

Sauf que la Gold Cup montre bien qu’il y a un autre souci et que le mouvement se prend les pieds dans le tapis. Avec un average de 6 295 personnes, on n’est pas loin d’avoir des stades vides, même pour la rivalité historique et la finale du championnat contre le Canada. Et on ne parle même pas des équipes non nationales, où les canadiennes remerciaient les 10 fans venus les encourager devant leur triomphe absurde contre le Panama 12-0. Des tribunes toutes aussi vides alors que le même Panama réussissait l’exploit de sortir le Mexique de la course à la qualification en phase de poules. On en profitera aussi pour saluer l’incroyable performance de Yénith Bailey, la gardienne du Panama sacrée gant d’or du tournoi, alors que l’année dernière encore, elle évoluait en tant que milieu de terrain. Car oui. Du spectacle, il y en a eu.

Mais alors pourquoi ? 

On doit mettre ça sur le dos d’années plutôt creuses et d’une débâcle olympique qui n’est pas passée et qui a remis en question la structure du groupe. De plus, les équipes de la zone CONCACAF et CONMEBOL, les plus accessibles, ne sont pas nécessairement ni très attractive, ni compétitive et offrent des affiches assez pauvres, en dehors du Canada qui tient toujours tête au géant Américain – même le Brésil et le Mexique semblent sur le déclin, avec des performances peu convaincantes et une élimination en phase de poule pour le Mexique. Mais on ne peut pas non plus jeter uniquement la pierre à des aléas sportifs. 

Ce n’est pas faute d’avoir « semi-essayé » : ainsi, des billets pour les deux demi-finales pour le prix d’un seul match étaient mis en vente.

Ce qui est une jolie offre. Il y a bien eu du marketing autour et la plateforme de la CONCACAF, Concacaf Go, a sauvé la vie à bien des journalistes et bien des spectateurs étrangers, avec un accès gratuit, en HD, avec des commentaires de qualité – même si Aly Wagner avait l’air d’avoir spécifiquement quelque chose contre Buchanan, son analyse restait très juste. On ne peut pas non plus en vouloir aux conditions météorologiques qui n’ont pas été très clémentes.

Mais les horaires n’étaient pas très friendly, surtout pour les familles avec des enfants, ou les familles tout court, puisqu’on se positionnait sur des horaires en pleine soirée et surtout en pleine semaine. Il faisait froid aussi, certes. Mais cela n’explique tout et est révélateur d’un échec à encore capitaliser sur la discipline et l’équipe qui caracole en tête du classement FIFA. 

Une raison de plus d’attendre avec impatience le mouvement censé être mis en branle par la FIFA elle-même, avec un cahier des charges bien lourd, pour qu’enfin la médiatisation et l’engouement autour du football ne se résument pas à un pétard mouillé après trois ans. 


Photos : AP Photo/Andy Jacobsohn / ISI Photo / US Soccer / CONCACAF

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