Gérard Prêcheur : « Un double objectif : les titres et la formation »

Gerard Prêcheur connait parfaitement le foot féminin hexagonal. Ancien directeur du pôle France féminin, il a vu passer de nombreuses têtes connues en formation à Clairefontaine : Camille Abily, Elise Bussaglia, Elodie Thomis, entre autres. Le voilà désormais entraîneur de l’Olympique Lyonnais féminin pour les trois saisons à venir. Dans cet entretien, il nous dévoile les ambitions du club rhodanien, et nous livre son regard sur la D1 et l’évolution du foot féminin en France.

 

 

 

Pourquoi avoir accepté ce nouveau challenge d’être à la tête de l’OL féminin ?

 

Cela faisait 14 ans que j’étais à Clairefontaine, à la formation des jeunes joueuses et joueurs de football. Il y a 3-4 ans, les matchs compétitifs du weekend ont été supprimés chez les filles comme chez les garçons. Pour moi, c’est un manque important dans la démarche formatrice. La question de prendre la tête d’un club et de revivre la compétition me taraudait depuis 1 ou 2 ans. La proposition d’entraîner l’Olympique Lyonnais représentait pour moi l’opportunité de retrouver le match, le terrain, ce qui est pour moi la vérité. Je n’ai pas hésité à rejoindre l’OL, ma décision a été prise en 72 heures.

 

 

Quels objectifs ont été fixés par le club pour les saisons à venir ?

 

Il y a un double objectif. Tout d’abord, Jean-Michel Aulas a été très clair, avec le vécu de l’OL féminin il n’y a pas d’ambiguïté, il faut gagner.

Mais le deuxième objectif est le même que chez les garçons de l’OL : développer la démarche formatrice. Former de jeunes joueuses au niveau national et international, pour alimenter l’équipe pro de l’OL féminin. L’OL a pu conquérir des titres grâce à un recrutement international, mais ce n’est plus la politique souhaitée aujourd’hui. Nous continuerons à avoir de bonnes joueuses que nous ferons venir éventuellement d’autres clubs, mais nous souhaitons nous appuyer fortement sur notre centre de formation pour composer l’équipe.

 

Si ma candidature a été retenue, je pense que c’est grâce à ma double casquette entraîneur-formateur. L’objectif est donc de continuer à gagner des titres, mais également de former les joueuses de demain.

 

 

D’autres clubs européens investissent actuellement beaucoup dans le football féminin (le PSG, Wolfsburg…) comment continuer à être compétitif et rivaliser à l’avenir avec ces grosses écuries ?

 

Par la qualité de notre formation et par l’opérationnalisation d’un projet de jeu, que je vais mettre en place à l’OL. Quand un club s’appuie sur du recrutement plus « individuel », il y a toujours un temps de latence, d’adaptation. L’avantage d’avoir une démarche formatrice, c’est de pouvoir donner une unité de jeu, basé beaucoup plus sur le collectif. Nous allons nous concentrer sur nous et sur notre qualité de jeu.

 

 

 

Les U-19 de l’OL, championnes de France 2014

 

 

 

Vous misez beaucoup sur le centre de formation de l’OL, mais, à court ou moyen terme, aurez-vous tout de même besoin d’un recrutement extérieur ?

 

Oui bien sûr. Que ce soit pour aujourd’hui ou pour demain, on ne peut pas continuer à avoir des résultats, surtout sur la scène européenne, si on ne peut pas encadrer nos jeunes joueuses avec des joueuses ayant une expérience internationale. Il y a des postes clés qui nécessiteront un recrutement français ou international, et j’espère que cela se fera.

 

 

Vous qui avez plus de dix ans d’expérience dans le foot féminin, quelle évolution avez-vous pu constater autour de la discipline ?                                                                                                                              

Cela revêt différents aspects : sportif, technique, etc. Mais je crois que la plus grosse évolution est médiatique, et l’intérêt que porte le football français au football féminin, surtout depuis la belle prestation des Bleues aux derniers JO. Il y a eu un bond en avant, l’Equipe de France a produit du beau jeu. Un intérêt des média et du public français s’est créé pour les filles en même temps que la déception vis-à-vis des garçons (Afrique du Sud). Il y a eu une sorte de transfert affectif sur l’EDF féminine, et cet intérêt s’est étendu aux clubs. Avec ses belles performances au niveau européen et ses titres nationaux, l’OL a fortement contribué à cet engouement.

 

Cet intérêt médiatique a permis un nouveau regard chez les jeunes joueuses et chez leurs parents, pour preuve l’augmentation considérable de licenciées dans les catégories des U-8 aux U-13.

 

 

L’OL féminin, Champion de France pour la 8e fois consécutive à l’issue de la saison 2013/2014

 

 

Au niveau du Championnat de France, on remarque que ce sont toujours les mêmes clubs que l’on retrouve aux avant-postes chaque année (OL, PSG, Juvisy, Montpellier). Selon vous, comment améliorer la compétitivité de la D1 ?

 

Je dirai qu’il y a 2 aspects. Pour améliorer le niveau de la D1, il nous faut plus de joueuses de niveau national. Donc il faut améliorer le niveau de jeu des filles qui arrivent en phase de formation. La fédération doit aider les clubs à structurer le football au niveau des 12-15 ans pour que les jeunes filles améliorent leur niveau de jeu dans cette tranche d’âge capitale. Puis, il faudra aider ces jeunes à intégrer les pôles espoirs ou les sections des clubs pro.

 

Ensuite, il faut permettre aux clubs plus « amateurs » de pouvoir garder et fidéliser les jeunes filles qui arrivent chez eux. Que ce soit par les moyens financiers, les structures d’accueil, ou l’attrait de la compétition. Il faut absolument que les filles qui quittent les pôles espoirs à 18 ans et qui n’ont pas forcément la maturité pour jouer en D1-D2 soient accompagnées. Cela passe par le double projet. La différence avec les garçons, c’est qu’au même âge les jeunes prennent la décision de devenir footballeurs professionnels, c’est leur projet. Ce n’est pas le cas dans le foot féminin et je pense que ce ne sera pas le cas avant un certain nombre d’années. Les clubs doivent donc permettre aux filles qui arrivent après le bac d’avoir un double projet : université, études, et jouer à un bon niveau. Sans cela, de nombreuses filles arrêtent le foot car les clubs ne leur permettent pas de poursuivre un projet attrayant tant sur le plan des études/travail que du football. On en perd beaucoup à cause de cela.

 

 

Vous avez contribué à la formation d’environ 80 % des joueuses actuelles de l’Equipe de France dans les années 2000, on imagine que cela va vous faire plaisir d’en retrouver certaines sur les terrains de D1 à la rentrée ?

 

Oui bien sûr, c’est un plaisir ! Je vais m’efforcer de rentabiliser l’investissement réalisé il y a de nombreuses années. Le défi va être sportif car il nous faut des résultats avec l’Olympique Lyonnais, mais aussi relationnel car effectivement je connais beaucoup de joueuses, à l’OL mais aussi dans les équipes adverses !

 

 

 

 

Crédits photos : OLweb.fr/Le Progrès