Les footballeuses, victimes collatérales de la crise sanitaire

Une étude menée de juillet à août 2020 par la Fifpro illustre les conséquences, presque partout négatives, qu’a eues la pandémie sur le football au féminin et sur les footballeuses.

Un virus précarisant

« Une enquête mondiale montre l’impact continu de la pandémie covid-19 sur les footballeuses. » Tel est le titre que la Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels (Fifpro) donnait à sa dernière étude, dont les conclusions ont été rendues publiques le 11 novembre 2020. Des conclusions plutôt alarmantes, malgré quelques avancées ici ou là.

Les chiffres mentionnés proviennent des « syndicats nationaux de joueurs de 62 pays différents », soit 95 % des membres de la Fifpro. La première ligue féminine de football a un statut amateur dans la moitié (52 %) de ces pays et, dans seulement 40 % des cas, les footballeuses disposent d’un contrat écrit. Avant même l’irruption de la pandémie, le football au féminin évoluait déjà dans un contexte de précarité ; la crise sanitaire aura donc révélé ou accentué le phénomène.

Dans presque la moitié (47 %) des pays, les joueuses ont vu leur salaire réduit ou suspendu, et dans plus d’un quart (27 %) des pays elles ont subi une amputation ou une annulation de leurs avantages en nature, parfois même (24 %) une modification ou une résiliation pure et simple de leur contrat.

Que leurs salaires et avantages aient été inchangés, aient disparu ou aient été revus à la baisse, les footballeuses n’ont bien souvent reçu aucun soutien physique (66 %) ou psychologique (84 %). Peut-être parce que, dans de nombreux cas, la communication fut très faible voire quasi inexistante de la part des ligues et des clubs (69 %) comme des fédérations nationales (52 %).

Dans un pays sur quatre (26 %), ce déficit de communication ou de compréhension a empêché les championnats féminins de bénéficier, comme leurs homologues masculins, d’un protocole de retour au jeu malgré la crise sanitaire.

Nous avons besoin d’une action plus concertée, sans quoi il y aura un danger réel pour les avancées réalisées en matière d’égalité des sexes dans certaines régions du monde du football.
Jonas Baer-Hoffmann, secrétaire général de la Fifpro

Quelques timides avancées

Les footballeuses néerlandaises sont néanmoins parvenues à rejouer en même temps que les footballeurs. De même, aux États-Unis, les joueuses (NWSLPA) et la ligue (NWSL) de football sont-elles parvenues à s’entendre sur le maintien des salaires et avantages en nature malgré la raréfaction ou la disparition des matches et du public.

La professionnalisation du statut, gage d’une meilleure prise en considération des athlètes, a également progressé ici ou là au cours des derniers mois, en dépit du nouveau coronavirus. C’est ainsi qu’en Italie, la Serie A Femminile bénéficiera d’un statut professionnel et non plus amateur dès 2022 – dans un pays ou le statut professionnel est jusqu’à présent réservé aux hommes, quel que soit le sport pratiqué.

L’Argentine a enregistré une avancée similaire, avec une Primera A féminine où chaque club sera tenu d’employer au moins 12 footballeuses professionnelles dès 2021 et 15 joueuses pros d’ici 2023.

Les footballeuses bénéficieront d’un congé de maternité obligatoire et rémunéré dès janvier 2021

Sans lien avec ce qui précède (quoique…), la Fifa vient d’édicter une nouvelle réglementation plus progressiste à l’égard des footballeuses enceintes. Sauf dispositions légales ou contractuelles plus avantageuses, le nouveau dispositif formera un socle minimum commun dès son entrée en vigueur, le 1er janvier 2021.

Toute joueuse enceinte sera libre de décider elle-même si elle continue ou non de jouer pendant une partie de sa grossesse. Elle ne pourra alors pas être limogée, quelle que soit sa décision, sauf si le club prouve que le licenciement n’est pas lié à sa grossesse. La joueuse percevra en outre au moins les deux tiers de son salaire pendant un congé de maternité qui ne saurait être inférieur à quatorze semaines, dont huit semaines après l’accouchement. Enfin, la grossesse et le congé de maternité auront pour effet de suspendre la période d’enregistrement, c’est-à-dire qu’une footballeuse aura le droit de conserver sa licence de club ou d’en prendre une nouvelle, même en dehors des dates officielles d’enregistrement ou de mercato.

Ce changement de paradigme était réclamé par de nombreuses voix, tant masculines que féminines, tant parmi les joueuses que dans l’encadrement des clubs et des sélections, et tant dans les fédérations que dans les ligues.

Il faut espérer que cette étape ne soit que le début de politiques encore plus progressistes et inclusives en faveur des joueuses.
Jodie Taylor, attaquante de l’Olympique lyonnais (source)

De fait, plus rares qu’on ne croit sont les pays où les sportives professionnelles, en particulier les footballeuses, jouissent de droits sociaux comparables à ceux des hommes ou même à ceux des autres femmes. Dans ces pays-là, nul doute que le socle minimal imposé par la Fifa constituera une réelle et salutaire avancée.

Viser plus haut

Quatorze semaines de congés payés dont huit après la naissance de l’enfant, cela représente six semaines avant l’accouchement. Six semaines, cela fait un mois et demi. A-t-on déjà vu une athlète concourir alors qu’elle est enceinte de sept mois et demi ou même de six mois ? Poser la question, c’est déjà y répondre – et inciter les instances du football et des autres sports, comme le réclame Jodie Taylor, à viser encore plus haut.

Il serait temps de comprendre que la grossesse, l’enfant à naître et le nouveau-né concernent les deux parents et non la seule mère biologique. Certes, la grossesse et l’accouchement ne modifient que le corps de la femme qui enfante. Mais on lui impose une double peine en ne soumettant pas le conjoint – sauf cas de célibat volontaire, de veuvage ou de divorce précoces – à des droits similaires, ou même à de réelles obligations.

Et si l’on obligeait les clubs et les fédérations à instituer aussi un congé de paternité – ou de comaternité – en même temps que celui de la maman biologique ? L’idée effraiera plus d’un mâle inquiet de perdre des points lors d’un championnat, quand de nombreuses femmes n’hésitent pas, elles, à mettre leur carrière sportive en mode pause. Le biathlète norvégien Johannes Thingnes Bø l’a pourtant fait : alors même qu’il survolait le classement de la saison 2019-2020, il a pris plusieurs semaines de congé pour accompagner la maman et les premiers jours du bébé. Son congé volontaire de paternité ne l’a pas empêché d’obtenir le gros globe de cristal. D’autres que lui pourraient tout aussi bien y parvenir ; il leur faut juste briser le plafond de verre qui les en empêche. Une question de volonté plus que d’adresse.

7 commentaires

  • Encore un article très intéressant. Il nous informe sur des progrès récents mais indispensables. Il est évident que les filles qui ont un contrat de joueuse professionnelle doivent avoir les mêmes droits que celles exerçant une autre profession. La D1 ARKEMA se déroule et les salaires tombent. Le Conseil de défense décide de bloquer la D1 et l’état paie les indemnités chômage quoi qu’il en coûte. Que les championnats pro de filles n’aient pas bénéficié des mêmes attentions que ceux des hommes, c’est évident et ce n’est pas normal. Que les filles aient droit à un congé maternité comme celles exerçant d’autres professions, ben c’est la moindre des choses. Donc, que du bonheur! Mais après le but d’Arsenal (de la même manière que l’article du 13 novembre), c’est la sortie de route. Il faut soumettre le père à des obligations (mais encore faut-il les définir et ensuite rédiger la législation nécessaire pour arriver à cette soumission) et même le soumettre à des droits. Le dernier chapitre, j’ai du mal à comprendre. Le père qui travaille dans la banque ou l’industrie, je ne sais pas comment il va perdre des points en championnat. Et la « comaternité », c’est quoi? On coupe l’embryon en deux et on insémine le père?

    • Merci pour ce commentaire.
      (pour répondre à une question précédente : oui, le forum a été fermé – peut-être à titre définitif)

      Comaternité : correspond aux cas où l’enfant est élevé par la maman biologique et sa conjointe.

    • @ebro95

      idem pour moi. Soit c une panne et ils vont le remetre sur pied, mais ça fait déjà un moment…
      Soit ils veulent atrrêter, mais il me semble qu’ils auraient fait une com sur la page d’accueil…
      En tout cas ça manque un peu, on l’aime bien ce forum 😉

      • Pourquoi les habitués n’iraient pas par exemple sur «7 Victoires, l’OL meilleure équipe de la WCL, BRAVO!» pour échanger sur l’actualité récente de l’UEFA WCL? Car il n’y a plus que sur le 360° qu’il est possible de discuter!

    • Foot d’Elles a changé de stratégie depuis des mois. On se focalise maintenant sur des considérations que Montherlant eût appelées « inactuelles », ce qui revient à dire que les scores des matches et les commentaires y afférents trouveront mieux leur place ailleurs.

      Quant à la nécessité d’un forum, elle se révèle d’autant moins impérieuse que l’on ne se foculise plus sur l’actualité à chaud. Même si, c’est vrai, les contributions des forumeurs étaient souvent de grande qualité.

      Troisième et ultime raison, la gestion d’un forum nécessite des disponibilités bien supérieures aux moyens chronologiques, humains et financiers dont nous disposons.

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