Les footballeuses brésiliennes gagnent désormais autant que les footballeurs en Seleção

La Confédération brésilienne de football a officialisé, le 2 septembre 2020, sa décision d’octroyer des indemnités journalières et des primes de match identiques aux footballeuses et aux footballeurs convoqué(e)s en équipe nationale. Cette mesure, qui était appliquée depuis la participation de la Seleção brasileira au Tournoi de France, en mars dernier, instaure un semblant d’égalité salariale femmes-hommes.

Brésil : une victoire toute relative, mais une victoire quand même

Victoire, peut clamer Victória. L’attaquante des Corinthians et ses coéquipières de la sélection internationale de football bénéficient désormais de primes de convocation, d’indemnités journalières et de primes de match identiques à celles de leurs homologues masculins. Et ce, quel que soit le type de compétition, y compris pour les Jeux olympiques à Tokyo en 2021 et la Coupe du monde 2023 en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Victória, sa quasi-homonyme Vitória, Andressinha et les autres filles de la Seleção vont donc pouvoir gagner autant en sélection nationale que Neymar Jr, Thiago Silva et Marquinhos. Tel n’est en revanche pas le cas pour Marta, Cristiane et Formiga, que la sélectionneuse suédoise Pia Sundhage n’a pas convoquées pour les prochains rassemblements.

Concrètement, le montant des primes de match et de victoire en Coupe du monde dépendra des sommes allouées par la Fifa et reversées par la fédé brésilienne à chaque équipe nationale, les sélections masculines recevant plus que les sélections féminines puisque le budget du foot masculin ne contient pas le même de zéros que celui du foot féminin. Femmes et hommes toucheront donc un pourcentage identique, mais par rapport à deux enveloppes dont l’une – celle des garçons – est plus enveloppée que l’autre. Cette égalité salariale bien théorique constitue néanmoins une première victoire qui en appelle d’autres. On espère que les footballeuses brésiliennes s’abstiendront de se rendre à Ibiza pour fêter cette victoire sur le proverbial machisme du Brésil.

La Confédération brésilienne de football a par ailleurs choisi de féminiser ses instances nationales. Après la nomination de Pia Sundhage pendant l’hiver austral 2019, deux autres femmes ont été récemment choisies pour des postes clés. Il s’agit en l’occurrence d’Aline Pellegrino comme coordinatrice des compétitions de football féminin et de Duda Luizelli comme coordinatrice des sélections nationales féminines de foot.

Néo-Zélandaises en classe affaires et renoncement des Norvégiens

Le Brésil devient ainsi l’un des pionniers de l’égalité salariale hommes-femmes en sélection nationale de football.

Début septembre 2019, la Fédération finlandaise de football adoptait, pour la période 2019-2023, un principe de stricte parité au regard des défraiements quotidiens, des primes de match et des primes de victoire.

La Norvège et la Nouvelle-Zélande avaient enclenché la manœuvre de l’égalité salariale, respectivement en octobre 2017 et en mai 2018. Ces deux équipes nationales féminines de football présentent un profil similaire, avec une centaine de points d’avance sur leurs homologues masculins au classement Fifa.

Les Football Ferns bénéficient aujourd’hui de privilèges strictement égaux à ceux des garçons. Non seulement elles touchent des sommes identiques pour chaque convocation, chaque match et chaque victoire, mais aussi au titre du droit à l’image. En outre, l’équipe nationale féminine a obtenu le droit de voyager dans les mêmes conditions que l’équipe masculine, c’est-à-dire en classe affaires.

Crédits:AFP

Le cas de la Norvège apparaît encore plus emblématique, eu égard à son classement Fifa et au statut iconique d’Ada Hegerberg (bien que l’attaquante lyonnaise boycotte la sélection nationale depuis août 2017). La prime globale de convocation des Gresshoppene (Sauterelles) a quasiment doublé depuis octobre 2017, dépassant les 639 000 euros. Pour parvenir à cette égalité salariale, leurs homologues de la sélection nationale masculine ont choisi de renoncer à leurs revenus d’image, soit un don de presque 50 000 euros. Ce petit arrangement entre ami(e)s permet ainsi, pour minime qu’il soit, aux semi-professionnelles et aux étudiantes de continuer à représenter leur pays dans des conditions un peu plus favorables.

De plus, la sélection féminine norvégienne obtient exactement le même pourcentage (25 %) que son homologue masculine sur les primes de qualification et de victoire octroyées par la Fifa et l’UEFA. L’équipe masculine se qualifie rarement et ne remporte jamais de compétitions. L’équipe féminine brille parmi l’élite mondiale. Mais en cas de qualification ou de victoire, elle encaissera toujours un chèque avec moins de zéros que celui des hommes. Explication : si les pourcentages sont identiques, les instances internationales demeurent toujours plus pingres à l’égard des femmes.

Oranje ! oh ! des espoirs !

Les Pays-Bas ont adopté une démarche intermédiaire en choisissant de ne pas faire le grand saut de l’égalité salariale d’un seul coup. La fédé s’y engage en deux temps, avec une large revalorisation sur la période 2019-2021, puis un alignent paritaire amorcé sur la période 2021-2023. Il subsistera là aussi, en défaveur de la sélection féminine, une disparité effective au regard des droits télé et des primes allouées par la Fifa et l’UEFA.

Les instances néerlandaises n’ont pas attendu l’année 2020 pour faire un pas en direction de l’égalité femmes-hommes dans le football. Peut-être grâce à l’extraordinaire prestation de leur équipe nationale féminine à domicile en 2017, les Pays-Bas renforcent peu à peu les moyens mis à la disposition des joueuses Oranje. Ces nouveaux moyens financiers leur apportent des infrastructures, des équipements et du personnel supplémentaires.

Aux États-Unis, la justice valide l’injustice

One Life, de Megan Rapinoe
One Life. L’autobiographie de Megan Rapinoe (parution nov. 2020), livre explosif ou pétard mouillé ? (photo © Penguin)

Un pays où l’équipe nationale de football brille chez les femmes et végète chez les hommes ? La Nouvelle-Zélande et la Norvège, bien sûr, mais aussi et surtout l’équipe des États-Unis, première nation mondiale depuis des lustres.

Malgré leur Coupe du monde remportée l’an dernier en France, Megan Rapinoe et ses coéquipières ont été déboutées, en mai 2020, de leur action judiciaire visant à instaurer une réelle égalité salariale entre les footballeuses et les footballeurs à la bannière étoilée.

Megan Rapinoe, justement, publie le 10 novembre 2020 une autobiographie intitulée One Life. La présentation qu’en fait l’éditeur Penguin laisse augurer un contenu très militant. On le sait, Rapinoe milite inlassablement pour les droits des femmes, des personnes LGBT, mais aussi des Noirs et des minorités sociales. Sa parole, auréolée par deux titres mondiaux et un titre olympique, pèse d’autant plus qu’elle ne cultive pas la langue de bois, comme Donald Trump l’a appris à ses dépens. Le livre à paraître mentionne le nom d’Emma Brockes en qualité de coautrice. Autrement dit, comme nègre littéraire personne de couleur littéraire. Il ne reste plus qu’à espérer que cette « grande gueule » de Rapinoe conservera un franc-parler que n’affadira pas une plume tierce émasculée après relecture par un bataillon d’avocats.

Pas d’égalité salariale hommes-femmes en club

Mais pour l’instant on n’a parlé d’égalité salariale que dans le cadre des sélections et victoires en équipe nationale. Pas en club. Et pour cause : les clubs, contrairement aux équipes nationales, sont soumis à une logique strictement mercantile et commerciale. Alors que les sélections nationales peuvent absorber des défaites et des stades vides sans risquer leur survie, les clubs se doivent de gagner sur tous les tableaux, en remplissant des stades (pandémie ou pas, les matches féminins attirent moins de public), en optimisant les droits TV (plus rémunérateurs pour les hommes) et en monnayant les transferts (avec souvent plusieurs zéros d’écart en défaveur des femmes). La différence entre les salaires des footballeuses et ceux des footballeurs en club est à l’avenant : abyssale et pas toujours justifiée. En France, la joueuse la mieux rémunérée (Ada Hegerberg) gagne beaucoup d’argent grâce à ses seuls résultats. Elle gagne aussi beaucoup moins d’argent que de nombreux joueurs de Ligue 1 qui n’ont pas la moitié de son talent.

Petit apartheid entre clubs (?)

Que les footballeuses refusent toute ségrégation en militant pour l’égalité salariale hommes-femmes, c’est bien. Mais que leurs instances fédérales et professionnelles envisagent un apartheid au regard des subventions, voilà qui ferait tache dans le tableau des bons sentiments. C’est pourtant ce qui risque d’advenir dans le football de l’élite féminine en France.

Les chiffres risquant d’évoluer lors des négociations en cours, on se contentera ici d’évoquer l’affaire d’une manière schématique. Tout a commencé par des droits TV de la Ligue 1 (masculine) plus substantiels que prévu. Une partie du pactole supplémentaire, soit plusieurs millions d’euros, sera reversée aux clubs féminins de l’élite, soit cinq sixièmes du surplus pour les clubs de D1 et un sixième pour les clubs de D2.

L’équité voudrait que l’on subventionne d’une manière identique l’ensemble des clubs de chaque division et que l’on permette aux premiers comme aux derniers du classement d’encaisser la même somme. Logique, puisque tous les clubs de D1 ont le même niveau (celui de la première division) et que tous les clubs de D2 ont le même niveau (celui de la D2).

Mais plusieurs décisionnaires envisagent plutôt de subventionner les clubs en fonction de leur statut. C’est ainsi que les clubs amateurs recevraient 35 % de la subvention allouée à la D1, tandis que les clubs adossés à un club masculin professionnel toucheraient les 65 % restants. En revanche, les clubs féminins de D2 adossés à un club masculin professionnel toucheraient 100 % de la subvention fédérale, tandis que les clubs amateurs évoluant en D2 ne toucheraient pas un centime de cette même subvention.

Des victoires pour tacler la misogynie

L’argent-roi et le public-roi se posent en principes justificateurs de la misogynie, du cynisme et de la ségrégation. Jusqu’à ne jamais confier les commentaires sportifs ou techniques à des femmes lors de compétitions masculines ? On n’a pourtant jamais encore prouvé que deux hommes étaient plus compétents, plus qualifiés, plus appréciés pour commenter un match de foot masculin qu’un binôme mixte ou féminin. La Fédération et la Ligue de football seraient bien inspirées de commanditer un sondage en la matière, mais en évitant d’interroger les gens sur la popularité d’untel ou d’unetelle, une ancienne speakerine française ayant fait comprendre qu’un âne qui passe à la télé serait toujours plus populaire qu’un humain qui n’y passe pas. La FFF et la LFP n’outrepasseraient pas non plus leurs prérogatives en incitant les chaînes de télé à ne pas cantonner les commentatrices et les consultantes sportives aux seuls matchs entre femmes.

Cela dit, le meilleur moyen pour tacler la misogynie reste encore l’accumulation des victoires. Que l’équipe de France féminine devienne championne olympique en 2021, championne d’Europe en 2022 ou championne du monde en 2023, rien de tel pour attirer les médias, pour captiver le public, pour enthousiasmer les annonceurs, et donc pour faire bouger les lignes et tacler l’imbécillité.

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