#FIFAWWC – Quart de Finale / France – USA 1 – 2 : Le plafond de verre a tremblé sans céder

Pas de bis repetita pour les Françaises, malheureusement : les Bleues de Corinne Diacre ne passeront malheureusement pas ce quart de final fantasmé (et pas uniquement par la presse) depuis le tirage au sort en Décembre dernier. Le scénario de rêve de janvier dernier au Stade Océane aura été balayé de la main par des Américaines qui, bien qu’en-deçà de la technicité Française, ont su apposer une pression incessante sur nos Bleues qui quittent encore précipitamment l’aventure, devant un Parc des Princes blindé.

Ce soir, pas de Jain ni de Patrouille de France, mais le goût des regrets. Quand le coup de sifflet final retentit, la France ne s’effondre pas. Elle reste debout, sans mot, les bras ballants, avec surtout de la frustration. Les larmes seront celles de Marion Torrent en premier, qui se sera énormément donné d’un point de vue physique contre l’implacable Megan Rapinoe, l’héroïne du match. Mais pour les autres joueuses, c’est la sidération : elles étaient si proches du but. On a même cru au hold up du siècle, pendant la dernière dizaine de minutes, qui aurait directement propulsé ce match à des hauteurs légendaires, dans les annales de la FIFA Women’s World Cup. 

Une entame difficile

Tout ne se présentait pas sous les meilleures auspices dès le début du match : Sarah Bouhaddi a été sollicitée dès le coup d’envoi par Samantha Mewis avec un save spectaculaire d’entrée de jeu, puis se fera tromper par Megan Rapinoe dès la 5e minute. La suite, on la connaît, parce que c’est une histoire qui sonne comme une ritournelle de mauvais goût : techniquement, les Françaises sont supérieures aux Américaines, mais contre une agressivité aussi forte que celle des Stars and Stripes, l’entraînement physique tricolore fait pâle figure. Mais il manque encore et toujours la finition, le dernier geste. 

Parce que la dernière passe, celle dont on n’a pas nécessairement besoin, qui ralentit encore une fois un jeu qui est déjà peu réactif contre la puissance Américaine, on l’a, sans problème. La chance, on ne la prend pas. Contrairement aux nations d’Amérique du Nord qui vont saisir l’occasion même quand il n’y en a pas, nous autres Européens, nous préférons attendre que l’occasion se créer. C’est toute la différence, et c’est ce qui nous coûte la défaite du jour. Combien d’occasions vendangées, combien d’hésitations ? Parfois, la frontière entre l’altruisme et le refus de prendre des responsabilités est très ténue. Il s’agit là d’une hypothèse et non d’une affirmation. A contrario, celle qui avait tout à prouver ce soir est la reine du match, Megan Rapinoe, qui, non contente d’inscrire un doublé devant des American Outlaws déchaînés, fait ici un doigt d’honneur à Donald Trump, qui s’était emparé de Twitter pour critiquer la milieu du Seattle Reign sur son refus de venir à la Maison Blanche. « Avant de parler, il faut gagner », avait souligné l’occupant de la Maison Blanche. C’est chose faite ce soir. 

Conquérir le coeur des Français

Et paradoxalement, les Françaises ont montré le plus de hargne dans ce match que dans n’importe quel autre dans leur campagne. Même en encaissant un but froidement dès la 5e, elles ne se sont pas laissée démonter. Même au deuxième. Même au troisième, refusé sur un offside de Tobin Heath. Jusqu’au bout, elles se sont battues, surtout à la seconde période. Dans un stade plein à craquer, qui bat des records de fréquentation, à plus de 45 000 personnes – et pas uniquement des Américains ! – réunis pour donner de la voix et de leur personne pour soutenir les Bleues, on ne peut que soutenir Diacre quand elle dit, en conférence de presse, qu’il s’agit certes d’un « échec sportif dont on ne doit pas se cacher. Mais les filles ont gagné le coeur de millions de gens ». Et c’est vrai, l’engouement est sans précédent. Mais malheureusement, ce n’est pas parce qu’on est plus techniques, ce n’est pas parce que le stade vibre de l’enthousiasme des fans locaux, ce n’est pas parce qu’on fait parfois des erreurs mais qu’on montre un peu plus de coeur, qu’on gagne forcément. C’est aussi ça, le sport.

Reste à savoir si cette élimination prématurée va permettre de capitaliser sur cet évènement. Certes, il y a des choses à revoir. D’un point sportif, d’un point de vue mental, d’un point de vue collectif. Mais souvenons-nous aussi d’une chose : que cela soit en quart, en huitième, en demie ou en finale, le résultat aurait été le même. Tenir tête à des Américaines qui ont la dalle, dans une pente ascendante quand on a eu tant de mal contre le Nigéria et le Brésil, c’est un exploit. Surtout en période de Coupe du Monde, en phase d’élimination directe : on le savait, c’était annoncé, on ne nous ferait pas de cadeaux. Alors la rencontre s’est faite très tôt. Trop tôt. On le savait depuis Décembre que le combat serait prestigieux mais difficile. Les Bleues n’ont pas refusé la confrontation, bien au contraire. Il leur manque toujours quelque chose, mais au moins, personne ne va se chercher d’excuse, pas même la VAR, qui restera tranquille dans son coin. 

Et le futur des Bleues ? 

Refaire le match est inutile. La main d’O’Hara, Diacre n’a pas voulu polémiquer dessus : cela ne change en rien l’issue du match. Les Françaises peuvent néanmoins partir la tête haute, car elles ont offert le challenge le plus relevé de la campagne pour l’USWNT. Reste à savoir comment les fougueuses Américaines vont gérer leur puissance face à l’Angleterre, bien soudée et froides dans leurs têtes. 

L’issue de ce match est une double peine pour les Françaises : éliminées sur leur sol en dépit d’une bonne prestation, elles peuvent partir la tête haute avec des regrets – surtout pour celles qui ne verront pas la prochaine Coupe du Monde et qui, pour certaines, sont passées à côté de leur Mondial -. Elles n’auront jamais retrouvé le panache du match d’ouverture, qui ironiquement fait écho à cette défaite. Et en plus de cela, elles ne participeront pas aux JO de 2020. Laissons donc le mot de la fin à Corinne Diacre, dont on offre déjà une récompense pour la tête : « Je ne suis pas du genre à renoncer. Le Président m’a fait confiance sur un bail assez long (jusqu’en 2021 au moins, ndlr), mais c’est à lui que revient sa décision. J’ai encore du travail à faire, on a beaucoup de travail à faire ensemble. » Allez, les Bleues. Ce n’est pas parce qu’on part trop tôt qu’un rêve n’est pas né.

Joueuse du match : Megan Rapinoe

On oubliera les approximations techniques : s’il faut qu’elle se batte vingt fois avec une défenseure pour inscrire un but, elle triomphera au 21e essai. L’ouverture, l’audace. Et surtout, l’engagement.

4 commentaires

  • Madame Diacre déclare«  à défaut d’avoir gagné, mes joueuses ont gagné le cœur des gens » c’est bien mais elle n’ont pas conquis le mien.
    Personnellement, je ne soutiendrait pas spécialement madame Diacre ( et pourtant je n’est pas l’habitude de critiquer), car faire des changements à 15 mn et 8 mn de la fin, alors que Eugénie Le Sommer que j’estime beaucoup ( très grande joueuse), n’était pas dans le coup et pouvait être remplacée à la mi-temps, je pense qu’elle a une part de responsabilité dans cette défaite, car elle a prise Emelyne Laurent dans son équipe sans la faire jouer, alors qu’elle aurait pu déstabiliser la défense Américaine.
    J’ai déjà donné mon avis dans un précédent commentaire sur la faiblesse de notre vieux milieu de terrain, mais j’arrête là, car je suis le seul à critiquer sur ce site………….. . C’est bien. Moi elles m’ont déçu, surtout d’avoir été les voir à Rennes et d’avoir fait un aussi mauvais match.

  • Merci de souligner dans l’ article le combat physique de Marion Torrent face à Rapinoe. Tous les soi-disants spécialistes sportifs lui sont tombés dessus , jusqu’à prétendre qu’elle a été fantômatique . Ce petit bout de femme avait face à elle un monstre , et en première mi-temps ça a été très difficile pour elle, mais en seconde elle a rivalisé avec la hargne qu’on lui connaît . On peut-être fiers de la montpelliéraine , elle a fait honneur au maillot bleu pendant toute cette compétition .

    • Honnêtement, la fraîcheur de la jeunesse ne fait pas tout face à une machine bien rodée, qui a beaucoup d’expérience et qui sait comment exploiter de manière optimisée sa puissance physique. J’ai eu le coeur brisé pour Marion Torrent, qui a été si généreuse, mais elle en vivra d’autres des Coupes du Monde, telle est ma consolation !

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