#FIFAWWC – Les Bleues à l’heure du bilan

Le 7 juillet dernier, aux alentours de 19 heures, ce sont bien elles qui devaient lever ce trophée. Du moins, c’est ce dont elles rêvaient. Deux semaines tout juste après leur sortie et leurs dernières minutes sur les pelouses de la coupe du Monde, que reste-t-il concrètement du parcours des Bleues durant les trois semaines de compétition auxquelles elles ont participé ? Premiers éléments de bilan avant d’ouvrir la page des prochaines qualifications pour l’Euro 2021 en Angleterre.

De l’amertume à tous les étages

« On ne se souvient que du nom du vainqueur », voilà la maxime sportive la plus connue au monde. Elle est d’autant plus vrai quelques jours après le quatrième sacre américain dans la compétition suprême. Toute la planète n’a d’yeux que pour les équipières de Megan Rapinoe. Pour celles d’Amandine Henry, ce sont surtout les médias, qui scrutent le moindre dire des dirigeants français ou encore de la sélectionneure. La moindre prise de paroles est devenue, quasiment, une audience à ciel ouvert, où tous voudraient se faire procureurs. Cherchant un coupable à cette débâcle et à cette élimination aux portes du dernier carré. Tentant de trouver les facteurs de ce fiasco, caractérisé par les responsables français eux-mêmes.

Mais outre les mots d’après Mondial, c’est bien sur les faits sur le terrain qu’il faut tirer les conclusions. Sur ce qui a marché et ce qui n’a pas été à la hauteur. Si l’état d’esprit de l’équipe de France, avec une détermination à quasi toute épreuve qui a séduit tout un pays, n’était pas à démontrer, sur le rectangle vert  leur jeu a quelque peu déçu leurs plus fins suiveurs et observateurs.

En attaque, tout d’abord. Très peu de choses ont effectivement fonctionné, ni Valérie Gauvin, Eugénie Le Sommer ou encore Kadidiatou Diani n’ont convaincu à l’avant de l’équipe de France. Trop emprises par l’enjeu à domicile ? Trop crispées ? Sur les dernières sorties des Bleues en amont du Mondial, un ou plusieurs éléments offensifs tiraient leur épingle du jeu. Cela n’a pas été le cas, d’un point de vue global, sur cette compétition. Le 4-0 face aux sud-coréennes en match d’ouverture  donnait des espoirs qui  s’avéreront finalement vains. Les rares roulements de l’effectif devant n’ont pas davantage convaincu. Meilleure buteuse bleue avec quatre réalisations, Wendie Renard, n’est pourtant pas connue pour jouer en attaque.

Le bloc médian, a contrario, a le plus joué son rôle à fond. Porté par Amandine Henry pleine d’envie, le milieu type avec Elise Bussaglia et Gaëtane Thiney a tout fait pour tenir son rang au plus haut. Mais l’expérience n’a pas suffi. Les milieux de terrain ont malheureusement manqué de vivacité et de grinta pour réellement faire basculer des rencontres. Si Thiney, sur une reprise passant tout juste à côté des cages des Super Falcons, a failli être la joueuse du match face au Nigeria en poules, n’a pas réussi à retrouver ce coup d’œil d’antan dans les intervalles afin de faire la différence. Les remplaçantes, peu sollicitées, ont peu eu l’occasion de goûter aux joutes de ce Mondial.

Le paradoxe de cette coupe du Monde pour la France vient sans doute de l’arrière. Outre l’unique but norvégien (un CSC de Renard), celui du Brésil en huitième et les deux réalisations des USA dont un sur coup de pied arrêté, l’arrière-garde des Bleues n’a jamais été en réelles difficultés dans les confrontations du tournoi. Les latérales ont certes eu davantage de travail que la charnière mais elles ont répondu présent. Le dernier match face à la sélection de Jill Ellis a néanmoins réduit à néant la grande majorité de leur travail. La palme de la régularité revient certainement à Griedge Mbock. Peu d’adversaires n’ont pas été prises dans les mailles de son filet. Ses filets, eux, ont tremblé quatre fois, Sarah Bouhaddi n’a eu d’exploits à faire que face au Brésil et aux États-Unis. La défense n’est pourtant pas le principal secteur à blâmer sur l’ensemble des cinq matchs.

L’héritage du parcours des Bleues

Durant deux ans, les Bleues seront sevrées de grands événements majeurs. Exit les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020, compétition dont la France avait pris l’habitude de prendre part depuis leur première participation en 2012. Désormais, l’essentiel de leur activité sera de remplir l’objectif de se qualifier pour le prochain Euro anglais en 2021. Dans un groupe 7, où résident l’Autriche, la Serbie, le Kazakhstan et la Macédoine du Nord, les filles de Corinne Diacre partent favorites. Des éliminatoires qui vont paraître longs mais qui serviront peut-être de purgatoire à ce groupe en pleine métamorphose où de jeunes joueuses devront intégrer l’équipe dans la perspective d’une campagne en terres outre-Manche. Avec un volonté d’une fin davantage heureuse que celle de cette coupe du Monde ratée et celui d’un précédent Euro aux Pays-Bas au goût d’inachevé. Le premier match des éliminatoires pour la France est prévu au début du mois d’octobre face au Kazakhstan.

Mais avant de penser à un prochain Euro, une Coupe du Monde en 2023 et aux Jeux Olympiques à la maison en 2024, l’impact de l’image des françaises et de leur cheminement dans cette coupe du Monde à domicile sera important à analyser. Si des chiffres ont filtré sur le nombre de licences des féminines enregistrées durant la compétition, la vision à long terme sera davantage intéressante à étudier. Une chose est sûre, le capital de sympathie a été renfloué durant ce mois de juin 2019. Les supporters n’ont pas caché leur affection pour leur sélection favorite même après la défaite.

Beaucoup attendaient néanmoins un effet « France 98 », avec une victoire finale des copines de Marion Torrent. Toutefois, le taux de médiatisation n’a jamais été aussi fort. Là, où la France péche un peu par rapport à certains de ses voisins, grâce à ce Mondial et l’engouement qu’a suscité ce collectif bleu-blanc-rouge, cela  va certainement éveiller les consciences des supports d’information. Tous ces aspects ne seront visibles que dans quelques mois voire quelques années. Le temps, que le bateau « France » panse ses plaies et se remet à naviguer vers l’horizon de la reconquête …

Crédit photos : FIFA.com/FFF

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