Fara Williams – Le rêve d’une lionne

Fara Williams est une légende. Membre de l’Ordre de l’Empire britannique, elle est aussi la plus cappée des joueurs de Sa Majesté – hommes et femmes confondus -. Considérée comme la meilleure joueuse anglaise de sa génération, Williams a caché pendant longtemps un lourd secret. Portrait d’une lionne au grand coeur.

La gloire

Elle naît dans une famille passionnée par le football, de grands amoureux de Chelsea. Alors quand Fara Williams signe à Chelsea en U14, c’est un rêve qui devient réalité. Saison brillante, 30 buts marqués, elle poursuit sa carrière à Charlton Athletic Ladies. Les succès se succèdent et elle reçoit le prix de la meilleure joueuse de la FA et de Charlton. Elle passe ensuite à Everton Ladies en 2004, dispute des finales de la ligue, remporte des trophées – un nouveau  “meilleure joueuse de la FA”, avec Everton -, puis est sélectionnée par le Philadelphia Independance pendant une draft internationale. Elle reste néanmoins sur le sol anglais et poursuit sa carrière à Liverpool, Arsenal, puis plus récemment à Reading.

Avec les Lionesses, Williams endosse l’uniforme plus de 165 fois, participant aux tournois mondiaux et olympiques, tutoyant les étoiles à l’Euro, décrochant la troisième place à la Coupe du Monde 2015. Elle y vit ses plus grands succès comme ses plus grands échecs.

Mais quand pour beaucoup, endosser l’uniforme national est un honneur et un prestige, pour Williams, c’était beaucoup plus voir sa poitrine frappée des trois lions rampants. Plus qu’un honneur ou une chance, l’équipe nationale et le football ont été sa porte du salut. Une bouée à laquelle se raccrocher fébrilement quand tout allait à vau-l’eau pour surnager dans un océan de détresse.

Les galères

Parce que pendant qu’elle était la vitrine du football anglais, Fara Williams n’avait pas de toit au-dessus de sa tête. Pendant six longues années, la capitaine d’Everton garde le silence. Une dispute violente la fait quitter le domicile familial, à 17 ans. Elle erre dans les rues de Londres toute la nuit jusqu’à trouver un abri à King’s Cross. “Mon histoire ne diffère pas de celle d’autres gamins qui sont à la rue. Je viens d’une famille aimante, mais aussi d’un foyer brisé. C’était plus simple pour moi de partir.” Pendant cinq ans, elle partagera sa vie entre l’hôtel, les foyers temporaires, les solutions à l’arrache. “La plupart du temps, les gens pensent qu’il faut être drogué ou alcoolique pour être sans-abri. La vérité c’est que c’est bien plus complexe que cela. Quoiqu’il en soit, les sans-abris ont besoin d’aide. Cela peut arriver à tout le monde : peu de temps après ma fuite, je commençais à jouer pour l’Angleterre.”

Williams garde le silence pendant ces longues années. Les gens abandonnés à la rue l’effraient parfois et elle développe des techniques pour se défendre et rester isolée : à la folie, elle répond par plus de folie, provoquant la peur en tournant en rond et en hurlant, simplement pour qu’on la laisse tranquille. Retrouver la sélection, c’est aussi retrouver un toit, profiter de quelques nuits à l’hôtel, ne pas être seule. “Je mettais mon masque sur mon visage et je faisais semblant de vivre une vie normale, comme si j’avais un toit.” Sauf que sa vie n’a rien de normal et si elle garde le silence, c’est parce qu’elle a honte. Elle sait les regards que l’on jette aux sans-abris. La pitié, le dégoût, la méfiance. Elle ne voulait pas que ses coéquipières aient une mauvaise opinion d’elle. Le football est alors un exutoire. Elle connaît sa place, sa valeur, son talent. Dans sa tête, elle n’est pas perdue. Elle s’accroche.

Le statut amateur du football anglais l’empêche de progresser, alors que sa situation est découverte par Hope Powell, pendant qu’elle joue pour les Young Lionesses, en U19. Sa porte de sortie sera à travers le coach d’Everton, qui lui trouve un petit boulot de community coach au sein de la FA. Elle sort enfin de la rue.

L’espoir

Bien des années plus tard, Fara Williams se réconcilie avec sa mère et les liens familiaux se sont renforcés. Mais son expérience, elle ne l’oubliera jamais. Elle s’engage auprès des jeunes en difficultés et de sans-abris, soutient les lignes de support et souligne leur importance : peut-être que si elle avait pu disposer de tels moyens au moment de sa vie où elle en avait besoin, elle n’aurait pas attendu si longtemps avant de renouer les liens. “Au fond, je pense que je n’ai pas trop mal géré la situation. J’avais le football comme objectif : je voulais à tout prix représenter mon pays et je n’allais laisser aucun obstacle m’en empêcher. D’autres n’ont pas cette chance, ni ces objectifs. On se sent seuls, laissés pour compte. Je passais des heures au téléphone avec les personnes qui comptaient le plus dans ma vie, juste pour ne pas me sentir seule. Ce que je veux faire, à travers mon travail, c’est faire comprendre aux gens dans le besoin qu’il y a, dehors, des gens qui souhaitent les aider. Mais qu’ils doivent s’aider d’abord eux-mêmes.”

Ambassadrice de The Street Football Association, elle prend son rôle de coach et mentor très à coeur, aidant des jeunes sans-abris et participant même à la Homeless World Cup, tournoi annuel qui encourage à sortir des situations de marginalisation à travers le football. A travers ses actions, elle prouve au monde entier et surtout aux jeunes dans sa situation, qu’on est bien plus qu’un regard de jugement dans une rue glaciale.

Crédits : Christof Koepsel/Getty Images

2 commentaires

  • Bonjour,

    Je trouve qu’elle a beaucoup de caractère. Comme ebro95 l’a si bien fait ressortir, c’est une joueuse qui fait du bien au football féminin anglais. Pourtant, si j’étais à sa place, je ne crois pas que j’aurais pu continuer à jouer au foot.

  • Je «connaissais» la joueuse avant d’apprendre la vie de la femme. Mais quand j’ai su «l’histoire», je suis tombé de la chaise. Je trouve une similitude entre son jeu et son «existence». Des buts de folie et des fautes pas méchantes mais «caractérisées». Et quelques actions telles sa passe «décisive» contre les Pays Bas à l’euro. Et comme qui aime bien châtie bien. Franchement, si quelqu’un était passé en bas de chez moi avec le goudron, moi, j’avais les plumes. J’ai pensé qu’elle aurait du mal à se remettre de son Euro mais elle a bien rebondi à Reading. C’est une joueuse qui fait du bien au football féminin anglais.

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