Edina Alves Batista, l’arbitre brésilienne qui contribue à fissurer le plafond de verre dans le football masculin

Photo de Julia Rodrigues / UOL

Photo prise par Julia Rodrigues / UOL.

La Coupe du monde des clubs demeure la seule compétition masculine majeure organisée par la Fifa où une femme ait officié comme arbitre lors d’un match. Il s’agit en l’occurrence d’Edina Alves Batista, 41 ans, déjà une légende dans son Brésil natal. Comme la Française Stéphanie Frappart, l’Allemande Bibiana Steinhaus et quelques – trop rares – autres pionnières, l’arbitre brésilienne mise sur l’excellence professionnelle pour bouter le machisme hors des terrains… et des instances dirigeantes du football.

Un parcours d’exception

4 février 2021. Une date historique, puisque pour la première fois lors d’une compétition masculine majeure (donc hors tournois de jeunes) organisée par la Fifa, le quatuor arbitral incluait une femme. C’était lors du match entre les Tigres de Monterrey (Mexique) et l’Ulsan Hyundai FC (Corée du Sud). Ce jour-là, Edina Alves Batista officiait comme quatrième arbitre.

La Brésilienne Edina Alves Batista n’a rien d’une débutante, puisqu’elle arbitre des matches de football depuis 1999. Elle a d’abord vécu une carrière contrariée de footballeuse dans son État natal du Paraná, devant se contenter de jouer au futsal, car le manque de footballeuses ne permettait pas d’aligner vingt-deux jeunes femmes sur un même terrain. Il n’y avait pas de championnat professionnel féminin dans le Paraná, donc impossible de gagner sa vie grâce au ballon rond en tant que footballeuse.

Alors elle est devenue arbitre professionnelle, en l’an 2000, et c’est depuis 2014 qu’elle officie comme arbitre centrale. Elle a déjà arbitré une dizaine de rencontres du Championnat du Brésil de football depuis mai 2019 – cela faisait alors quatorze ans que les footballeurs de l’élite n’avaient pas été sous les ordres d’une femme. On la connaît surtout, en France, pour avoir arbitré quatre rencontres lors de la Coupe du monde féminine en 2019, dont la demi-finale remportée par les États-Unis face à l’Angleterre.

Les Jeux olympiques de Tokyo constituent le prochain objectif majeur d’Edina Alves Batista. En visant le plus haut possible, donc pas comme simple arbitre remplaçante ou subalterne.

Rares sont les élues

Edina Alves Batista ne fait pas seulement partie de l’élite féminine de l’arbitrage, elle fait aussi partie de l’élite arbitrale, un point c’est tout. Pourtant, rares sont les femmes arbitres à avoir déjà officié lors d’un match international de l’élite masculine.

C’est une arbitre allemande, Bibiana Steinhaus, qui est devenue la première femme à arbitrer un match masculin dans un grand championnat européen, à l’occasion d’une rencontre de Bundesliga, en septembre 2017. Toujours en Europe, la première femme à avoir tenu un poste d’arbitre lors d’une rencontre masculine organisée par l’UEFA est la Suissesse Nicole Petignat, qui avait officié en 2003 en Coupe de l’UEFA. Et il aura fallu attendre décembre 2020 pour voir une femme tenir le sifflet en Ligue des champions. Il s’agissait de la Française Stéphanie Frappart, qui avait déjà montré son talent d’arbitre centrale à l’occasion de la Supercoupe d’Europe, en août 2019.

Un peu de prospective

Peut-on raisonnablement espérer voir les femmes tenir le sifflet aussi souvent que les hommes lors des rencontres masculines de l’élite ? La réponse est non, au moins pour une raison objective : en moyenne, le physique des femmes arbitres est inférieur à celui des hommes arbitres. Les rencontres masculines, se jouant d’ordinaire à une plus haute intensité physique, exigent ainsi que les arbitres effectuent des courses plus rapides et plus nombreuses que dans le circuit féminin.

Il n’empêche que certaines arbitres possèdent un gabarit, une condition physique et un mental au moins égaux à la moyenne de leurs homologues masculins. À commencer par Bibiana Steinhaus, dont la haute stature et le physique en imposent même aux footballeurs. Stéphanie Frappart possède elle aussi une condition physique supérieure, malgré un gabarit moins impressionnant qu’elle compense par sa science du (dé)placement.

Sous réserve d’aptitude physique, les autres préalables à une entrée des femmes arbitres dans les grandes compétitions masculines dépendent de critères plus ou moins subjectifs. Il faut avant tout que se fasse jour une volonté « politique » favorable à leur inclusion, donc une volonté d’en finir avec l’omniprésence d’un machisme délétère.

L’autre élément potentiellement déclencheur porte sur la qualité de la formation, des structures fédérales, des infrastructures techniques et de l’accompagnement… d’abord dans le foot masculin, puisque la plupart des clubs féminins français restent adossés à un club masculin, donc à ses bons résultats et à son bon vouloir. Même si on peut le déplorer, des clubs comme celui de Soyaux représentent l’exception qui confirme la règle.

Une femme arbitre ne pourrait véritablement émerger dans le football masculin que là où il existe aussi un championnat féminin digne de ce nom, et vice-versa. Car c’est d’abord lors de rencontres féminines – et de petites catégories masculines – que les femmes apprennent leur métier d’arbitre. La qualité d’un championnat féminin contribuera sans nul doute à consolider leurs acquis. Mais il faut aussi un championnat de l’élite masculine d’une qualité suffisante pour faire émerger les meilleurs arbitres, quel que soit le sexe de la personne qui tient le sifflet.

L’excellence des clubs et de la sélection nationale, dans les tournois internationaux (tant masculins que féminins), peut aussi contribuer à l’émergence de femmes arbitres de très haut niveau. D’abord grâce aux prix remportés par les équipes, qui vont gonfler la trésorerie et le potentiel d’investissement local, que ce soit d’une manière directe (victoire d’un club féminin), semi-directe (victoire de la sélection nationale féminine) ou indirecte (victoire du club masculin auquel est adossée la section féminine, ou victoire de l’équipe nationale masculine). Ensuite, parce qu’il s’ensuit une élévation automatique du niveau des équipes et de leur encadrement, donc du championnat national et ipso facto du corps arbitral.

Enfin, on peut citer – et souhaiter – une intensification des échanges, formations et partenariats au bénéfice des fédérations, clubs et autres instances – notamment arbitrales – dans les pays émergents du football.

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