Daniel Bontems : « Régler le corps de la joueuse, aussi précisément que de l’horlogerie… »

Ostéopathe de l’équipe de France féminine depuis le début de la saison, Daniel Bontems, revient pour Foot d’Elles, sur cette pratique médicale et sur son rôle auprès des joueuses lors des rassemblements.
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Pouvez-vous brièvement nous expliquer ce qu’est l’ostéopathie ?

L’ostéopathie est un art thérapeutique manuel, visant la manipulation des muscles, du squelette, des différents viscères, et de tous les tissus nerveux. On cherche surtout à faire le diagnostic par la recherche du lien entre les symptômes du patient et la cause mécanique articulaire, musculaire, viscérale ou crânienne.

Existe-t-il différentes méthodes de la pratiquer ?

Chaque ostéopathe a sa façon de faire bien sûr, mais les méthodes ne sont pas si différentes que ça. Je pense que c’est le profil et la pathologie du patient, qui déterminent les différentes techniques et méthodes de la pratiquer. Forcément, on ne travaillera pas de la même façon avec une sportive et un sédentaire par exemple. On s’adapte à chacun, en fonction de l’âge, de l’activité, de l’historique, du motif de consultation, et des besoins surtout.

Quelle est la différence entre un kinésithérapeute et un ostéopathe ?

Le kinésithérapeute va s’occuper principalement de la rééducation de l’appareil locomoteur, alors que notre rôle d’ostéopathe tend à redonner une harmonie et un équilibre à l’ensemble des structures du corps humain. Il n’empêche que certains gestes « simples » puissent être pratiqués par l’un, comme par l’autre. Dans notre métier, et dans l’intérêt des patients, il faut être au courant de qui fait quoi, et connaître nos limites respectives. Les deux métiers sont différents mais très complémentaires.

En tant qu’ostéopathe de l’équipe de France féminine, quel type de travail effectuez-vous auprès des joueuses ?

Au début des rassemblements, je fais un travail de fond avec les filles. C’est-à-dire que je fais un bilan complet avec chacune d’entre elles, où j’observe les blessures les plus récentes, où elles en sont physiquement, et comment elles se sentent. A l’approche d’un match international, on fait un travail de plus en plus symptomatique. Il est important de répondre à la demande de la joueuse, en évitant le plus possible de lui faire perdre ses repères.

L’ostéopathie peut-elle tout traiter ?

Non, l’ostéopathie ne peut pas tout traiter, même si elle peut aider sur beaucoup de choses. L’ostéopathie traite des troubles dits fonctionnels, c’est-à-dire qu’elle aide le corps à être autonome et à pouvoir s’autoréguler le plus possible. Toutes les pathologies organiques ne sont pas du ressort de l’ostéopathe, mais de celui du médecin. Par contre, on peut toujours travailler en complémentarité sur certains troubles physiologiques, comme les migraines récurrentes, les troubles digestifs, ou la sensation de jambes lourdes.

Pensez-vous que l’ostéopathie joue un rôle préventif sur les blessures ?

Oui bien sûr. L’ostéopathie peut prévenir des blessures, dans le sens où l’on va chercher à rééquilibrer le corps en fonction des matchs. On va l’aider à s’organiser et à s’autoréguler le plus possible. Nous travaillons beaucoup avec les podologues, par rapport à la posture du corps et avec les kinés par rapport à d’éventuelles faiblesses musculaires. Nous sommes encore plus attentifs sur les joueuses qui ont des antécédents de blessures, et faisons notre maximum pour éviter les récidives.

L’ostéopathie a-t-elle une action sur le stress ?

Oui aussi, car le stress agit au niveau physiologique et crée des déséquilibres endocriniens (organes qui secrètent des hormones), que l’on va chercher à réguler par des manipulations spécifiques en rapport avec ces organes. D’ailleurs, ce sont des choses que je pratique régulièrement avec les joueuses de l’équipe de France pour que leurs corps s’adaptent  le mieux possible à la gestion du stress.

Faut-il plusieurs séances pour obtenir des résultats ?

Cela dépend du motif de consultation. Par exemple, une entorse de la cheville que l’on traite rapidement, ne nécessite pas forcément de multiples consultations (douleurs aigües). En revanche, pour une blessure qui est déjà installée depuis un moment (douleurs chroniques), il est possible et préférable de faire plusieurs séances pour soulager et éviter une récidive ou une blessure par compensation. Pour les sportives, le principe est le même, mais on peut les voir plus régulièrement parce que leur activité, fait qu’elles sont toujours plus ou moins en déséquilibre, car le football est un sport asymétrique. Il faut régler le corps de la joueuse, aussi précisément que régler de l’horlogerie en quelque sorte. C’est ce qui leur permet de récupérer plus vite, d’éviter les blessures et d’être les plus performantes possibles.

Faut-il un certain temps entre les séances ? Et Pourquoi ?

En général, il faut laisser un minimum de temps entre les séances, mais encore une fois, tout dépend du travail que l’on doit effectuer. Si on est sur un travail de fond (bilan), alors on peut laisser passer 1 à 3 semaines jusqu’à une prochaine séance, pour voir l’amélioration. Si c’est un travail plus symptomatique (local), cela signifie que c’est un travail plus court et moins fatiguant pour le corps. On peut donc voir la personne plus rapidement si elle ne sent pas d’amélioration, ou si elle en ressent le besoin.

Propos recueillis par Sandrine Dusang

Crédit photo: FFF