Contre les inégalités hommes-femmes dans le foot et ailleurs, Mélissa Plaza hausse le ton

Mélissa Plaza termine actuellement la rédaction d’un livre, dont la parution est attendue en mai. L’ancienne footballeuse de La Roche-sur-Yon, Montpellier, Lyon et Guingamp nous a raconté son parcours. Si sa fin de carrière a été brutale, elle a su rebondir et se bat désormais pour plus d’égalité dans le foot, en entreprise et ailleurs.

Elle est énervée. Mais ne veut pas qu’on le dise. Mélissa Plaza est une vraie battante. L’ancienne footballeuse a fait de l’égalité un combat. Qu’elle défend avec des mots justes et réfléchis. Elle n’a que 30 ans mais a déjà parcouru un sacré bout de chemin pour arriver où elle est aujourd’hui.

Le football n’était, dans sa famille, pas une évidence. Elle a toujours joué « avec les copains » bien que ses parents aient tenté de lui faire préférer le roller ou le patinage artistique. Elle a « réussi à les convaincre » de l’inscrire en club. Mélissa prend donc sa première licence à 11 ans, à Saint-Pierre-en-Faucigny (Savoie). Elle rejoint ensuite l’ES Arnage (Sarthe) à 13 ans avant d’entrer en sport-études au collège à Tours. L’occasion de fuir, enfin, une enfance « difficile ». En 2003, elle arrive à La Roche-sur-Yon, « mon club formateur », dit-elle. Elle y reste trois ans, puis part pour Montpellier. « Mon premier contrat pro… Heu non, fédéral ! », corrige-t-elle. Car le terme de « pro » en foot féminin la fait souvent rire. Rire jaune tant les filles sont mal payées et à peine remboursées de leur frais de déplacement. On n’a même pas fini son CV que le combat transparaît. C’est d’ailleurs à Montpellier que Mélissa Plaza commence ses lectures et ses études supérieures, tournées déjà vers l’égalité hommes-femmes et les stéréotypes.

« Vous imaginez Mbappé avec un sandwich au pâté dans le bus ? »

« J’ai toujours privilégié les études car j’ai vite senti que le foot ne me permettrait pas de vivre longtemps. La médiatisation a une fin et quand tu disparais, c’est brutal. Heureusement, j’en ai pris conscience très vite », analyse-t-elle aujourd’hui. Le talent sur le terrain est là, et le foot est pour elle une école de la vie. Mais la tête fonctionne bien aussi. Elle s’inscrit en STAPS puis en licence de psychologie sociale et cognitive. « J’ai eu la chance qu’on ne me demande pas de choisir contrairement à beaucoup de filles », se félicite-elle, dénonçant au passage le double projet mis en avant par la fédération (double projet football et études qu’elle encourage) mais trop peu souvent mis en place dans la réalité.

Entre deux phrases sur son parcours, elle dénonce les inégalités, les joueuses que l’on dit chouchoutées mais « qui gagnent 800 balles par mois ». « Qu’est ce qu’on fait croire aux gens ? Que la situation a changé ? A Lyon oui, c’est le cas, mais d’autres clubs de D1 ne payent même plus les repas d’avant match aux filles : elles doivent emmener leur casse-dalle. Vous imaginez Mbappé avec un sandwich au pâté dans le bus ? » Elle est drôle et piquante. La réalité, elle, est bien plus sombre dans un championnat « à deux vitesses ». Et plus cachée. Cette époque-là, pour Mélissa aussi devient compliquée. Alors qu’elle est sélectionnée dans la liste élargie des 30 joueuses pour la Coupe du monde en Allemagne, son genoux lâche. Six mois sans jouer et une grosse frustration difficile à avaler.

Lyon comme un défi sportif

Après Montpellier, elle rejoint l’Olympique Lyonnais. Pour un défi sportif et une allocation doctorale sur les stéréotypes de genres en milieu sportif sous la direction de Julie Boiché. La théorie de son quotidien en somme. Elle joue peu mais apprend beaucoup. Mais son deuxième genoux lâche à son tour. Elle décide alors de retrouver l’ouest de la France et le club de l’En Avant Guingamp. Deux saisons très compliquées, qui marquent la fin de sa carrière. En cause ? Une nouvelle blessure au genou. Définitive cette fois.

« Quand ça s’arrête, on se retrouve seule », regrette-elle. Opérée deux fois en trois mois, elle en veut encore à certains de ne pas avoir été à ses côtés à ce moment-là. Alors qu’elle faisait partie des espoirs français, et qu’elle avait encore « des ambitions de carrière », personne ne vient aux nouvelles. Un coup dur. Et un manque de considération qui en dit long sur le foot féminin en France selon elle.

« Les filles ne disent rien par peur d’être blasklistées »

« Quand un club file aux filles des chaussettes en 45 parce qu’il n’y a que ça, vous trouvez ça normal ? Les filles passent toujours après et ne se révoltent pas. Pour la plupart, elles acceptent sans même se dire que ça pourrait être autrement ! C’est hallucinant, non ?! »

Désormais, elle n’a « plus peur » de dénoncer ces discriminations quotidiennes. « J’ai envie de changer les choses et je suis contente d’être sortie du foot pour ça. Côtoyer un autre milieu m’a fait prendre conscience qu’on peut dire, agir et qu’on ne doit pas tout accepter ». On ment aux filles dit-elle. Beaucoup n’oseraient même pas dire combien elle gagne, jure-t-elle.

Mélissa Plaza regrette que ses anciennes coéquipières ne prennent pas davantage la parole. « Elles ont peur d’être blacklistées, que leur carrière s’arrête », analyse-t-elle. « Mais quand on joue en équipe de France et qu’on vit dans un taudis, je vois pas ce qu’on pourrait perdre », dénonce-t-elle pourtant, sans vouloir citer de nom. « J’en veux à ce système qui laisse des jeunes filles, dans la précarité, sans avenir ».

L’ex-footballeuse se veut une « lanceuse d’alerte » sur le milieu et n’a pas peur de prendre les coups qui vont avec. Sa révolte vient de l’enfance et de ce qu’elle a accepté tout au long de son parcours.

Aujourd’hui, elle obtient pourtant une reconnaissance. Sur le terrain d’abord, le club de Saint-Malo lui a permis de rebondir en devenant l’adjointe du coach, en D2. Sur la scène ensuite, où elle a défendu sa thèse devant le public des conférences TEDX. La vidéo de sa prestation, Désolé ma puce, ça n’existe pas pour les filles !, a été vue près de 270 000 fois sur internet. « Je ne savais pas ce que j’allais devenir et cette conférence a été un déclic », reconnaît-elle. Elle y dénonce les stéréotypes qui nuisent au développement et notamment de celui des petites filles. Les qualifications de « garçon manqué » quand on ne colle pas à l’image que la société attend. Son discours est clair et son exemple personnel parlant.

Dénoncer, prouver et agir… pour faire changer les choses

« Je me suis dit que je pouvais semer des graines pour faire bouger les choses. » Elle intervient donc désormais en entreprise avec sa société Queo Improve pour des séances de coaching mental et sportif ou des conférences, et à la faculté de Rennes pour des cours de psychologie sociale et psychologie du développement en licence 1 de Staps. « Il faut parler du sexisme, des stéréotypes, des inégalités. Dans le foot, à l’école dans le métro. A la cérémonie de remise du premier ballon d’or féminin de l’histoire on demande à Ada Hegerberg de danser le twerk, vous trouvez ça normal ? Il faut en parler… En France on est très en retard », s’énerve-t-elle. D’un ton calme cette fois. Car pour elle, être virulente ne sert à rien. « Il ne faut pas faire flipper les gens, il faut juste éduquer les enfants, dès le plus jeune âge, à l’égalité. » Et au féminisme, même si elle a peur que le mot fasse fuir. Pour ça, Mélissa Plaza va aussi lancer, dès 2019, des stages de foot mixte, à visée éducative, pour les U11-U12.

Pendant ses études, elle voulait comprendre pourquoi les filles acceptaient de subir et pourquoi le système machiste perdurait. Aujourd’hui, elle a les arguments pour se battre. Et compte bien les faire entendre. « Et tant pis si je suis blacklistée par la fédé », conclue-t-elle, même si dans le fond, elle en est persuadée, travailler en équipe rend plus fort.


Propos recueillis par Lucie Tanneau

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