Ce qu’il faut retenir du Think Football 2019

Le 7 février dernier étaient lancées les conférences Think Football organisées par News Tank Football. A 4 mois de la coupe du Monde féminine de football, le sport au féminin était au centre des débats. Dans sa dimension économique, commerciale, mais aussi sociale. Focus sur cet évènement qui a exposé de nombreuses propositions concrètes.

Explosion de la médiatisation et de l’intérêt des marques à quelques mois de la coupe du Monde féminine en France

Ambassadrice des conférences Think Football 2019, Laura Georges a donné sa perception de l’évolution de la médiatisation du sport pratiqué par les femmes qui, à l’époque où elle a commencé le football , était liée à la performance sportive pure : « Quand j’ai débuté le football il y a 21 ans, les seules images que j’avais du sport féminin étaient Marie José Perec, Laura Flessel. Des femmes qui performaient lors des JO. »

Et le minimum que l’on puisse dire est que l’intérêt des médias a plus qu’évolué ! TF1 a annoncé un dispositif exceptionnel pour la couverture de la coupe du Monde féminine de football en France. En annonçant Bixente Lizarazu et Grégoire Margotton aux commentaires des matches de l’équipe de France féminine, la chaîne s’engage à booster la visibilité des footballeuses auprès du grand public qui ne suit pas forcément la discipline habituellement. Pour François Pellissier, Directeur des sports et DG TF1 Production, « on considère être un vecteur de lien social quand on diffuse des grands évènements ».

Qui dit intérêt des médias pour les footballeuses, dit aussi intérêt des entreprises ! Et oui, c’est un cercle vertueux. Les marques commencent à trouver un intérêt à sponsoriser le sport au féminin. Elles ont compris que cela serait pour elles un investissement mais aussi un pari sur le futur. Toutes les footballeuses ont des histoires fortes à raconter. Aux marques de trouver comment établir un lien avec les valeurs de l’entreprise.

Jean-Baptiste Mougel, Directeur de l’économie sociale et solidaire et du mécénat du groupe Aesio a souligné l’inégalité de la médiatisation du sport féminin « On ne peut être qu’indigné que sur 1 milliard de droits TV, seulement 1% est dédié au sport féminin! Il faut des actes! »

Pour la FIFA, la coupe du Monde féminine sera l’occasion de battre les records en termes de médiatisation. Fatma Samoura, secrétaire générale de la FIFA l’a annoncé : « Nous voulons battre le record d’1 milliard de viewers sur la coupe du Monde féminine en France ! » Et cela passe par une stratégie marketing de la FIFA spécifique : « La coupe du Monde féminine est commercialisée comme un sous-produit de la coupe du Monde masculine. Notre objectif est d’en faire un produit marketing à part entière » insiste Fatma Samoura.

Par ailleurs la FIFA vient de lancer une stratégie marketing de promotion de la coupe du Monde féminine basée sur le storytelling avec des grandes stars du football comme ambassadrices.

Maya Raimbaud-Cayon, Directrice de la communication et de la marque du groupe April, sponsor de l’équipe féminine de l’Olympique Lyonnais expliquait en quoi cette stratégie de sponsoring du sport au féminin apporte une valeur ajoutée à la marque : « Le sponsoring avec l’OL Féminin est un atout indéniable pour nous en communication interne et plus spécifiquement sur la valorisation de la marque employeur. »

Et le fait de posséder une équipe féminine peut même permettre à un club professionnel de décrocher des contrats de sponsoring comme l’explique Pierre Ferracci, Président du Paris FC : « On a moins de ressources mais cela attire des partenaires ! Le groupe Aesio qui est devenu le partenaire principal pour les féminines en est un exemple. Notre partenaire principal, Vinci, a prolongé son partenariat grâce à la section féminine en venant sur le terrain du sport féminin où il n’était pas auparavant. Et on annoncera dans quelques jours un groupe du CAC 40 qui va nous rejoindre sur le terrain des féminines »

Des efforts à poursuivre sur le plan de l’égalité et de la mixité dans le football

Fatma Samoura, secrétaire générale de la FIFA a insisté sur la dimension sociale de cette évolution : « Le sport le plus populaire au monde ne peut pas se développer si la moitié de la population mondiale est mise à l’écart (…). Parler d’argent c’est bien mais parler d’impact social sur le foot féminin c’est mieux ! Laura Georges est une inspiration pour des millions de petites filles ! Un jour on se dira « we made it ». On a changé les choses ! »

En termes d’égalité face à la pratique il ne faut pas oublier que la coupe du Monde masculine a vu le jour en 1930 et que les footballeuses ont disputé leur premier mondial…en 1991 ! En termes de pratique, l’objectif de la FIFA d’ici 2026 est d’atteindre les 60 millions de femmes pratiquantes.

Les dirigeants de la FIFA ont pris conscience de ces inégalités et de la nécessité de faire bouger les choses. Cela passe par la féminisation des instances dirigeantes menée par la plus haute institution du football. Il y a 3 ans seulement cinq secrétaires générales étaient des femmes. Désormais elles sont quinze.

L’homogénéisation du niveau en D1 féminine a eu un impact dans l’intérêt croissant des TV pour diffuser les matches. À son arrivée à la tête de la FFF en 2011, Noël Le Graët avait confié un plan de féminisation à l’ancienne internationale Brigitte Henriques désormais Vice-Présidente de la FFF. Le nombre de joueuses licenciées a été multiplié par 2,5 entre 2011 (50 000) et 2017 (150 000).

A Brigitte Henriques d’ajouter « le football et le sport féminin ce n’est pas que des histoires de femmes ». Effectivement au-delà de la féminisation de la pratique il est nécessaire de miser avant tout sur des compétences. Comme le souligne Nathalie Iannetta : « la place des femmes dans le sport et la place du sport au féminin ce n’est pas la même chose. Nous pouvons être des femmes dans un monde de garçons. C’est possible. C’est acceptable et même parfois souhaitable! »

Il y a encore des efforts à faire et le football pratiqué par les femmes est bien loin des chiffres du football pratiqué par les hommes… Chez les hommes, le prize money d’une coupe du Monde est de 400 M€, alors qu’il atteint seulement 30 M€ chez les femmes…

A Fatma Samoura de conclure que « Le futur se prépare maintenant. Aux femmes d’y croire et de forcer cette marche grâce aux réseaux sociaux et à la communication ». Le digital va booster cela c’est une certitude ! Les sportifs et sportives sont devenus leurs propres médias grâce aux réseaux sociaux.


Crédits photos : News Tank Football, www.championsdudigital.fr, FIFA

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