CdM U20 : Le Paraguay derrière sa Prof !

Le Paraguay sera pour la première fois dirigé en Coupe du Monde par une femme. Epifania Benitez, ancienne joueuse diplômée en science du sport entend bien démontrer une fois de plus qu’une femme peut être – au moins – aussi compétente qu’un homme.

Un personnage de roman. Voilà ce qu’elle est. Epifania Benitez ne peut laisser personne indifférent. La sélectionneuse du Paraguay sera la première femme à diriger une équipe paraguayenne dans un Mondial. Dans un pays encore patriarcal, cette première n’est pas anodine et on salue déjà en Amérique du Sud cette évolution des mentalités. Car cela n’était pas évident : lorsque la mission de diriger les équipes féminines au sein de la Fédération lui a été confiée, nombreux sont ceux qui la voyait échouer. Avec condescendance, certains raillaient son manque d’expérience mais surtout se profilait un machisme bon teint. Si Epifania Benitez a entendu les quolibets, elle s’est attachée depuis sa prise de fonction à montrer qu’une femme pouvait être simplement compétente. La native d’Asuncion, la capitale du Paraguay, n’allait pas se laisser déstabiliser par les grincheux.

Epifania Benitez, une coach appréciée par ses joueuses

Née dans un quartier humble d’Asuncion il y a 37 ans, Epifania Benitez a toujours su lutter contre les a priori. Seule fille dans une famille de garçons, comme elle l’a expliqué au site sud-américain Futbolella, Benitez a toujours su se battre. Au contact de six frères et de ses cousins, elle a pu découvrir le football dans le quartier Terminal. Mais tout en continuant à travailler sérieusement à l’école. Au moment où l’adolescence arrive et que les études deviennent onéreuses dans ce pays, Epifania Benitez a su attendre son tour et convaincre que les études n’étaient pas réservées aux garçons. Et a su saisir sa chance quand celle-ci s’est présentée. Diplômée, Benitez intègre l’Université Autonome d’Asuncion (l’UAA), réputée pour ses équipes sportives. Epifania Benitez peut donc y briller sur le terrain dans l’équipe féminine locale. Tout en brillant en classe, fidèle à la première ligne de l’hymne de l’université « Avec des efforts, vous atteindrez les étoiles. »

Un destin romanesque

Mais dans ce destin romanesque, il fallait bien qu’un événement gâche tout : une vilaine blessure au début des années 2000 la laisse sur le flanc. Cette défenseur centrale respectée pour sa hargne et son placement tentera de rejouer, mais en vain. Mais au sein de l’université d’Asuncion, la bonne étoile se nomme Juan Carlos Orihuela, le directeur, qui a vu que les talents de la joueuse débordaient au-delà du rectangle vert. Il lui propose d’entraîner « n’importe quelle équipe de l’UAA. » En même temps, Benitez peut progresser universitairement avant de travailler sur sa thèse en Sciences du Sport, dont le sujet porte sur le rugby, « par curiosité » pour cette discipline qu’elle ne pratique pas, contrairement au volley, avec qui elle joue avec ses amies, malgré le genou récalcitrant qui l’a écarté du terrain.

Elle rêve d’avoir sa chance à l’étranger

C’est donc à une diplômée d’université, passionnée de sport, que la Fédération Paraguayenne a décidé de confier la direction de ses équipes de jeunes féminines. Avec succès puisque l’AlbiRoja s’est qualifiée haut la main lors du tournoi sud-américain disputé en janvier dernier en Équateur. Malgré une défaite en finale face à un Brésil encore intouchable (8-1), Epifania Benitez a été reçue comme une héroïne à son retour avec ses joueuses à Asuncion. Récompensée par sa fédération, évidemment confirmée dans ses fonctions en vue du Mondial français, Benitez a pu mettre en place un programme d’entraînement forcément réfléchi, calculé. Depuis deux mois, les jeunes paraguayennes travaillent leurs fondamentaux ensemble. Benitez, surnommée la « Prof » par ses joueuses en raison de son côté méthodique et scientifique, ne laisse évidemment rien hasard sur le plan du travail physique. Mais depuis deux mois, elle peaufine également son 4-4-2, un système explosif basé sur la vitesse de ses joueuses devant et sur les côtés.

La sélection paraguayenne est prête pour cette Coupe du Monde

Car elle sait que lors de ce Mondial, ses joueuses seront confrontées à des équipes de très haut niveau. Et elle ne souhaite pas revivre la douloureuse correction face au Brésil. En scientifique, elle veut apprendre de cette expérience pour que son équipe « franchisse le premier tour », objectif avoué malgré le tirage au sort défavorable qui lui a attribué l’Espagne, les États-Unis et le Japon, rien que ça, dans le groupe C. Mais malgré l’adversité, Epifania Benitez n’entend pas traverser l’Atlantique pour faire de la figuration : pour ses joueuses d’abord, qu’elle avoue materner, elle qui vit seule avec le fils adoptif d’un de ses frères qui l’appelle affectueusement « maman. » Pour ceux qui ont cru en elle comme Jan Carlos Orihuela, qui lui a tant fait confiance. Pour sa fédération qui l’a appuyée, mais aussi pour toutes les femmes du Paraguay : dans un entretien à l’agence de presse EFA, Epifania Benitez ne le cache pas. Son parcours peut « ouvrir des portes » aux autres femmes : « si je réussis, j’ouvrirais les portes des autres sélections aux femmes. Les femmes ont les mêmes capacités que les hommes. Quand on m’a confié la sélection des moins de 20 ans, on a dit que j’allais échouer, que je ne continuerai pas longtemps à la tête de la sélection car les femmes ne comprenaient rien au football. Nous démontrons que si. Il y a de la qualité professionnelle chez les femmes. » Et elle entend bien le démontrer en créant la surprise dans le groupe C, avec l’espoir que cette Coupe du Monde lui serve de tremplin, elle qui rêve, un jour de démontrer son talent à l’étranger.


Les présentations des autres équipes du groupe C :

Crédit photos : Facebook de la Fédération Paraguayenne de Football

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