#FIFAWWC : confusion chez les Matildas après le remerciement de Stajcic

Les Australiennes font partie des favorites de la prochaine édition de la coupe du Monde. Les Matildas montent en puissance avec des joueuses de grande qualité et des résultats solides. Mais à quelques mois du coup d’envoi de la compétition, horreur à l’autre côté du globe : la fédération licencie le coach de l’équipe, Alen Stajcic.

La nouvelle tombe comme un couperet dans un communiqué laconique, après quelques jours de rumeurs : la fédération australienne « saque », en début d’année, celui qui aura occupé la fonction de sélectionneur pendant cinq ans, Alen Stajcic. Tout au plus, on apprend que des accusations d’environnement « toxique » ont mené à cette décision, à un moment critique du programme. 

Une catastrophique gestion médiatique

Cela a l’effet d’une bombe. David Gallop, le Directeur Général de la Fédération Australienne, annonce simplement le licenciement de Stajcic dans une conférence de presse où les raisons sont tenues secrètes par des clauses de confidentialité. On met en cause l’union des joueuses et un sondage interne interrogeant sur la « culture interne » qui a circulé dans l’ombre, puis on brandit la théorie du complot pour les médias mainstream qui avancent que Strajcic aurait été victime d’une machination pour qu’on lui préfère une coach (!). 

Parmi les rumeurs, on retient aussi la potentialité que le comportement de Stajcic aurait été incorrect. Le coach de Perth Glory, une équipe locale qui évolue en W-League, Bobby Despotovski, n’a d’ailleurs pas caché sa colère : « Je suis déçu à 100% par la décision de la Fédération et surtout de la manière dont ils ont géré l’annonce », confie-t-il à Fox Sports. Pour Despotovski, Stajcic a été viré parce qu’il était trop exigeant. Et il avance même un argument très virulent à prendre avec des pincettes : « Si c’est ce qui se passe et si les coaches deviennent des harceleurs ou des tyrans parce qu’ils ont des hautes exigences pour leurs joueuses, alors vous pouvez me classer dans cette catégorie », martèle-t-il. « Les Matildas sont l’une des meilleures marques d’Australie, et d’un seul coup, la FFA la met en vente. Nous sommes la risée du monde. »

Un silence choquant

Et c’est d’autant plus difficile que le silence résolu de la FFA ne fait rien pour rassurer ni les journalistes, ni les joueuses, qui réagissent avec parcimonie d’abord sur les réseaux sociaux, notamment la superstar Sam Kerr sur Twitter : « Je n’ai pas commenté parce que je n’étais pas prête à commenter, encore sous le choc et bouleversée. J’avais confiance en Staj pour nous mener jusqu’à la finale de la coupe du Monde et je crois qu’il était le meilleur coach pour ça. Je suis reconnaissante pour tout le travail qu’il a accompli et tout ce qu’il a fait pour l’équipe et pour moi. » Les autres joueuses montrent la même surprise, comme Lisa De Vanna, l’une des figures du football australien, qui témoigne d’un véritable choc « C’était le job de ses rêves, et on le lui a enlevé. N’importe quel humain serait dévasté, en colère, frustré, perdu. Ce sont des émotions normales. Cela a provoqué beaucoup de peine,  pas uniquement pour lui mais aussi pour toutes les personnes concernées. » Il semblerait aussi que les joueuses aient appris en même temps que les médias le départ de Stajcic – un peu comme le sélectionneur John Herdman, pour d’autres raisons -. Etrange de voir ce divorce entre la FFA et les joueuses. D’autant qu’a priori le sondage a aussi concerné des joueuses sous couvert de l’anonymat et l’union des joueuses, qui est une sorte de syndicat. Et De Vanna de conclure, comme un mauvais présage : « cette nouvelle a un impact direct sur nos performances. En tant qu’athlète, tu veux juste jouer au football et faire ton job. Mais quand on nous met dans une telle position, il devient difficile de faire notre travail. J’adore jouer au football. C’est une activité qui me permet de m’évader. Mais là, ce n’est que chaos. » 

La version de la FFA

Le président Chris Nikou, après plusieurs semaines de rumeurs, brise la glace dans The Ticket pour éclaircir ce licenciement. « Je sais qu’il y a beaucoup d’opinions exprimées en ce moment, parce que le sport est une plateforme émotionnelle. Et peut-être que le football est la plateforme la plus émotive. Mais en réalité, nous avons eu un débat très intense et détaillé. C’est une décision unanime. Et c’était la meilleure décision pour ce groupe à ce point de leur développement. Autant pour aujourd’hui comme pour le futur. » Nikou en profite pour nier catégoriquement les agissements d’un éventuel mouvement de l’ombre « anti-Stajcic » : « Non, certainement pas. Malheureusement, ce type de rumeur sont bien plus intéressantes et excitantes que la triste et ennuyante vérité. Nous avons fait face à des problèmes qui nous ont étés présentés qui n’ont absolument rien à voir avec ce que les gens ont essayé de nous attribuer. »

Nikou avance par la suite que la réputation de Stajcic a été irrémédiablement salie et que, pour cette raison, il n’entrerait pas dans les détails. 

Les Matildas se retrouvent sans coach, à moins de cinq mois du coup d’envoi de la coupe du Monde. L’affaire prend des dimensions spectaculaires, puisqu’Heather Reid, une des figures et pionnières du football australien comme Moya Dodd, doit s’expliquer sur la raison de son départ du board des directeurs de la FFA, alors qu’elle va subir un lourd traitement de chimiothérapie. Elle doit surtout se justifier de ne pas faire partie d’une éventuelle inquisition anti Sasjcic, en tant que femme. Il n’y avait pas pire scénario pour les Matildas,  qui allaient vivre, sans l’ombre d’un doute, leur meilleur campagne en coupe du Monde. 

 


Crédits photos : Getty Image, Creative common, AFP photo, Peter Parks

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