Capitaine Engagée : Pernille Harder, la flamme danoise

Pernille Harder est la capitaine de l’équipe danoise. Parmi les plus grandes de l’Europe, aux côtés d’Hegerberg, la joueuse de Wolfsburg a pris aussi des risques dans la lutte pour l’égalité. Portrait pour notre série Capitaines Engagées.

Working Harder

17 buts en 22 matches, quasiment sur le toit de l’Europe à la fois avec l’équipe nationale danoise et Wolfsburg contre l’Olympique Lyonnais avant de tomber, Joueuse de l’année UEFA 2018, dauphine d’Ada Hegerberg à la course au Ballon d’Or, Footballeuse de l’année du Guardian… Les titres se succèdent pour Pernille Harder. A 26 ans, la capitaine danoise a survolé le championnat suédois puis allemand. 

Harder est mordue de football depuis ses 5-6 ans. A la maison, avec son père, c’est Manchester United période Sir Alex Ferguson et David Beckham qui la fascine. Jusqu’à ses 10 ans, elle évolue avec des garçons, dans la rue et au FC Midtjylland Academy, seule fille avec sa soeur. A 16 ans, elle est convoquée par Kenneth Heiner-Møller, alors coach de l’équipe danoise A, pour un amical contre la Georgie – Heiner-Møller a depuis repris l’équipe canadienne -. Le match est un massacre qui s’achève sur un 15-0 en faveur du Danemark, et la jeune Harder marque un triplé pour sa première cap.

S’il est difficile d’y voir un destin, il est amusant de raconter qu’à 10 ans, lorsqu’on lui demande ce qu’elle veut faire plus tard, elle écrit qu’elle veut devenir joueuse de football professionnelle pour le Danemark, tout en jouant en Allemagne. Un fantasme ? 15 ans plus tard, son sens du travail et sa détermination en font une des joueuses à suivre sur le territoire européen, d’abord à Linköping FC, en Suède, en Damallsvenskan, puis en Allemagne en Frauen Bundesliga, où elle accomplit le doublé du championnat avec l’équipe de Wolfsburg. La boucle est bouclée et le rêve, réalisé.

Un rêve vraiment réalisé ?

Et l’histoire ressemble à un conte de fées. Dans une Europe qui fait bouger les lignes du football pratiqué par les femmes, les Danoises ne semblent pas trop sur la carte, quand des mastodontes s’affrontent régulièrement, entre l’Allemagne, l’Angleterre, la France ou encore les pays nordiques. Mais lors du dernier Euro aux Pays-Bas, les joueuses en rouge réalisent l’exploit. Premièrement en mettant l’Allemagne de Steffi Jones à genoux et en l’éliminant de la course, 2-1, puis en accédant à la finale. 

C’est cette finale, contre le pays hôte, qui provoque un réel engouement pour l’équipe et le football pratiqué par les femmes, aux yeux de Pernille Harder. Malgré tous leurs efforts, les joueuses danoises s’inclinent 2-1 contre les Pays-Bas. « C’était dur », rappelle la capitaine au Guardian. « D’être si proche de gagner et finalement d’échouer. Mais une fois qu’on a pris de la distance, on se rend compte de l’impact qu’on a eu rien qu’en accédant à la finale. J’étais si fière de cette équipe. Nous avons accompli une grande chose pour le Danemark, et nous avons senti tout le soutien de la population danoise. Maintenant, ils savent à quoi ressemble l’équipe nationale du Danemark et peu le savait avant l’Euro. » 

C’est en toute logique que les Danoises se présentent comme des concurrentes sérieuses pour décrocher un ticket pour France 2019. Et pourtant, en coulisse, loin de l’attrait des médias, alors que les Américaines ont fait grand bruit en 2016 sur leurs revendications concernant le différend entre leur union – leur syndicat – et la fédération US. En jeu, une convention collective permettant une plus grande égalité entre les différents acteurs, pour un meilleur salaire, de meilleures conditions, en bref, une meilleure considération des équipes nationales féminines. Alors que la Norvège obtient gain de causes, les Danoises prennent le relai et partent également en guerre contre leur fédération, la DBU, qui semble avoir aussi des soucis concernant les accords commerciaux avec son équipe masculine première. 

Le sacrifice de la campagne mondiale pour de meilleurs lendemains

Le syndicat des joueuses danoises n’est pas local : il s’agit de FIFPro, la plus puissante union des joueurs. Harder prend ses responsabilités : ses joueuses obtiendront gain de cause ou il n’y aura plus d’équipe danoise. En 2017, il se passe quelque chose d’historique : les joueurs de l’équipe national souhaitent offrir l’équivalent de 60 000 livres par an pour soutenir leurs efforts. Cela fait même partie de leurs propres négociations avec la DBU, avec leur union. « Nous avons envoyé deux nouvelles propositions à la FA », souligne Jeppe Curth, le président de l’union des joueurs. « La dernière incluait que les joueurs de l’équipe nationale donnent leur prime de 60 000 livres par an perçus de la DBU à l’équipe féminine. C’était la condition pour que la FA assure les mêmes droits pour les hommes comme pour les femmes. Malheureusement, la DBU a rejeté ces offres. » Les joueuses d’Harder poursuivent la grève et manquent l’amical contre les Pays-Bas.

Alors en pleine qualification pour la Coupe du Monde, la DBU signale qu’aucune joueuse ne sera disponible pour le match contre la Suède. Harder et ses joueuses tiennent bon alors que l’enjeu est capital : en cas de forfait, c’est la Suède qui remporte les 3 points. C’est ce scénario qui se réalise. Finalement, les Danoises parviennent à un accord satisfaisant pour elles et lèvent la grève. En barrage, elles s’inclineront dans un rematch douloureux contre les joueuses du Pays-Bas avec un score agrégé de 4-1. Ce sont finalement, Anouk Dekker, Shanice van de Sanden, Sari van Veenendaal et leur coéqupières qui décrocheront le dernier ticket pour la coupe du Monde 2019.

Le rêve des Danoises de jouer en France a été sacrifié. Pour de meilleures conditions. Pour que les prochaines générations prennent le flambeau. Pernille Harder restera dans la postérité comme une joueuse au palmarès flamboyant. Mais surtout comme celle qui aura tracé la voie pour un meilleur futur pour le football pratiqué par les femmes au Danemark.


Crédits photos : Getty images, Presse Sport

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