Brigitte Henriques, pour l’amour du football

A 41 ans, Brigitte Henriques connaît une ascension fulgurante. L’ancienne internationale (plus de 40 sélections) a été nommée au poste de Secrétaire Générale en charge du développement du football féminin en 2011. L’ex manageuse générale du PSG est une femme de responsabilités aimant le football avant tout. Baignée dans ce milieu depuis son enfance avec ses 5 frères, la maman de deux petites filles entretient cette flamme, de la réunion annuelle avec ses copines championnes de France avec Juvisy et ses premières partenaires de Poissy à des parties de « foot à 5 » en famille. Rencontre avec une femme au parcours fourni.

 

La découverte du football


« Mon histoire est banale, vous savez. » Du haut de son statut de femme influente au sein du football français, Brigitte Henriques fait part de sa simplicité. Comme beaucoup de jeunes femmes, la Secrétaire Générale de la FFF a commencé à taper du ballon en compagnie de ses frères. Le plaisir est le mot d’ordre de ses parties endiablées en famille. Elle n’hésite pas à s’aventurer dans ce milieu plutôt machiste qu’est le football. PSG ? Non, Poissy pour commencer. Club pionnier (et défunt), la commune des Yvelines accueille la jeune Brigitte. « J’ai déménagé à 12 ans. A l’époque, Poissy était le seul club où l’on pouvait jouer dans le coin. Le président de l’époque a vraiment fait des efforts pour les filles. J’ai vite attrapé le virus en famille ».
 

 
Image d’archvies Poissy Football Féminin

Nous sommes dans les années 80. The Cure cartonne auprès des adolescents. Tout comme le football. Pratique peu commune à l’époque pour une jeune fille, Brigitte Henriques saute le pas. « Mes parents n’étaient pas emballés. J’avais fait de la gymnastique plus jeune. Puis, avec le temps, vu que ce sont des personnes ouvertes, ils ont accepté ma décision », explique-t-elle. Professeur d’EPS par la suite, elle alternera vie professionnelle et football. Sans les primes de match, la médiatisation, le football prend son aisance. Le seul plaisir compte … mais l’ambition aussi.
 


La ruée vers les titres


Juvisy-sur-Orge. Bourgade essonnienne située à 19 kilomètres au sud-est de Paris. Mais Juvisy, c’est surtout son club de football féminin. Pilier de ce football, le club mythique de la D1 féminine a été l’un des premiers à se structurer. Nous sommes en 1992. Le club essonnien est champion de France. Il se développe pour tenter de régner en maître sur le championnat. Brigitte Henriques arrive dans cette nouvelle réalité. « Le club était déjà structuré comme aujourd’hui ou presque. Nous n’avions pas de primes de match et les conditions n’étaient pas simples. Le seul plaisir de jouer au football et d’être réunies entres copines nous exaltait », affirme-t-elle un brin nostalgique. Pour sa première année, le titre lui échappera. Partie remise.

Début des années 90, le Grunge s’empare du monde entier. Pendant ce temps-là, la bataille fait rage dans le championnat de France de D1 féminine. Les places d’honneurs regroupent souvent les mêmes équipes : FCF Juvisy, FC Lyon ou encore Toulouse OAC. Les rencontres sont intimistes, la bataille est âpre mais respectueuse. Brigitte Henriques connaîtra l’ivresse d’être championne. Trois fois, exactement (1993-1994, 1995-1996, 1996-1997). N’attribuant pas de primes de match, le club essonnien va les récompenser d’une manière originale et inoubliable. « Après le titre de 1995, le club nous a offert un voyage aux USA pour toute l’équipe. C’était vraiment magique de découvrir ce pays mais aussi ressentir cet amour pour le « soccer » féminin, sport majeur là-bas ». Bien que les USA paraissent maintenant loin, les joueuses de l’équipe se rassemblent une fois par an. Comme un ultime voyage, ensemble.

Les yeux dans les Bleues


Pour beaucoup de joueurs ou joueuses de football jouant à haut niveau, l’Equipe de France est un aboutissement. L’ex Parisienne va connaître cette expérience. Un premier match face à la sélection B de l’Italie (1988), un premier but face aux USA (1990), une qualification pour l’Euro 1996, le même Euro raté pour cause de blessure. Brigitte Henriques a tout connu avec les Bleues et a pris un énorme plaisir. « L’Equipe de France, c’était génial. A l’époque, les conditions n’étaient pas faciles. Les matchs n’étaient pas aussi fréquents, 4 dans l’année environ. Nous étions payées 220 francs pour chaque match avec le maillot Bleu ». L’aventure fut belle, malgré cette blessure qu’elle avouera être arrivée au mauvais moment. Mais sans regrets. Un principe de vie.
 


La fin d’une carrière, le début d’une autre


Un bref passage à Soyaux pour rejoindre Corinne Diacre, figure emblématique du football et Bernadette Constantin comme coach et clap de fin. L’ex internationale prend sa retraite à l’issue de la saison 1998-1999. Toujours prof d’EPS, elle reprend le cours de sa vie de femme. Néanmoins, son amour pour le football est trop fort. Rapidement, Brigitte Henriques donne de son temps à son District. « Quand j’ai arrêté de jouer en 1999, j’ai continué à faire partie d’une commission technique dans le Val d’Oise », explique-t-elle. Ne rien faire ? Très peu pour elle. La Fédération (Gérard Prêcheur, en charge du Pôle France déjà à l’époque) la contacte pour s’occuper des générations en place à Clairefontaine. « Je me suis occupée de la génération d’Abily ou Bompastor. Beaucoup sont maintenant en Equipe de France. Ce fut génial. On les suivait chaque week-end en championnat (Clairefontaine avait une équipe en D1, NDLR) ». L’ex attaquante s’occupera également des sélections départementales des 13 et 16 ans du Val d’Oise. Prémisse d’une attention particulière sur la formation et d’un succès historique.

Elle aura vu Abily & consorts grandir. Elle savoure maintenant la victoire des U17. Brigitte en parle avec un regard fier et maternel. Un bonheur collectif avant tout. « Bien sûr que je suis heureuse de voir les U17 remporter ce titre. C’est historique. Cette victoire représente la récompense d’un travail de formation de longue haleine de 12 ans de la FFF ! Nous avions déjà gagné les Championnat d’Europe U19 en 2003 avec Bruno Bini à l’œuvre. Tout ça, c’est grâce à la mise en place d’un vrai projet de formation avec les pôles espoirs, la formation des cadres », affirme-t-elle, apaisée mais surtout heureuse.
 

Brigitte Henriques et Camille Abily, quelques années après Clairefontaine

La parenthèse parisienne


Acharnée de travail, Brigitte Henriques a toujours manié avec succès vie professionnelle et vie footballistique. En 2009, nouveau défi. Le PSG la sollicite. Simon Tahar et Pierre Nogues l’appellent pour lui proposer la place de manageuse générale. Elle, l’ancienne joueuse de Juvisy. Chose étonnante. « Je n’ai pas vu l’offre comme venant du rival des Essonniennes mais du PSG, point » précise-t-elle. « C’est un gros club de la région Ile-de-France qui stagnait en milieu de tableau. Le projet était intéressant. . Il y avait une vraie volonté de développer la section féminine ». Pourtant, malgré son expérience et sa connaissance du milieu, l’arrivée au PSG ne fut pas de tout repos. Hésitante, elle fait appel à Karl Olive (ancien directeur des sports de Canal +), son frère, pour demander des conseils. « C’est vrai. Avant d’aller au PSG, je n’étais pas sûre d’accepter la proposition. J’en ai parlé à Karl. Il m’a conseillé d’y aller. Je suis très proche de lui. Nous avons que 2 ans d’écart, ça aide » Vous connaissez la suite …
 

 
Brigitte Henriques au PSG

Depuis cette année, le PSG est entré dans une nouvelle ère. Sans elle. Au moment d’en venir au sujet, Brigitte assure qu’elle n’a aucun regret et en garde un très bon souvenir. « Je n’ai aucun regret, je suis vraiment heureuse pour les joueuses qui ont la chance d’être professionnelles au PSG aujourd’hui et je sais que j’ai permis de mettre ma pierre à cet édifice, ca me suffit, je m’en réjouis..», confirme-t-elle. « Quand je suis arrivée au club, il y avait peu d’équipes dans le club. Les internationales étaient inexistantes ou presque. Nous avons gagné la Coupe de France en 2009 (anciennement Challenge de France). En 2010, bien que je fusse partie du club, les filles se qualifièrent pour la LDC, symbole du travail effectué. Je pense être allée au bout des choses ». Elle attendait une professionnalisation. Le PSG a profité de l’arrivée des Qataris pour oser passer la barrière entre les deux mondes. Malgré cette ambition, Brigitte Henriques n’a jamais mis de côté l’aspect « famille » du club. Attachée à des valeurs hors et sur le terrain. « Chaque jeune joueuse du club avait sa marraine. Des rencontres étaient organisées. Chaque année, nous faisions le noël du club. Les bénévoles sont très importants dans un club. S’ils sont heureux, ils reviendront sans hésiter. Et je tiens à cette démarche citoyenne dans le milieu du football », affirme-t-elle.
 


L’avenir en point de mire


Cette professionnalisation a pris de l’ampleur et de la vitesse au PSG. Le club de la capitale vient concurrencer l’ogre Lyonnais. Depuis quelques temps, le club de la capitale s’est mis dans la tête de chercher un nouveau centre de formation … imbriquant les féminines ! Malgré son empathie envers le PSG, Brigitte Henriques garde sa ligne de conduite et celle de la FFF au moment de répondre. « Aujourd’hui, Montpellier est le seul club féminin à avoir un centre de formation pour les filles. Lyon a bien essayé. Mais le club de Jean-Michel Aulas s’est vite rendu compte que ça coûtait trop cher. Le PSG en a la capacité. Nous, à la Fédération, nous n’interdisons rien. Nous déconseillons juste au club de le faire, nos pôles de formation ont encore prouvé leur qualité avec ce titre mondial en jeunes ».

Quand on l’interroge sur la lente chute de l’amateurisme dans des clubs comme Juvisy ou Yzeure, elle justifie sa pensée « Je ne pense pas Juvisy ait un mauvais concept ou autre. Nous savons très bien qu’aucun autre club n’a les capacités du PSG ou de Lyon pour investir autant et avoir tant de joueuses sous contrat. Il est important pour ces clubs plus amateurs, n’ayant pas les moyens d’offrir des contrats, de baser leur recrutement sur la possibilité d’une reconversion professionnelle ou d’un emploi à proposer aux joueuses concernées. Juvisy est très bien structuré dans cette idée là. Depuis quelques années déjà, ils ont des vrais liens avec la mairie, le conseil généralou des entreprises qui permettent à des joueuses de travailler et de pratiquer leur passion tranquillement »

Brigitte Henriques est une femme comme les autres. Chargée de hautes responsabilités, l’ex Parisienne ne se défile pas et assume ses choix ! Mais Brigitte doit nous laisser. Un autre rendez-vous l’attend. Vers d’autres cieux. Mais toujours avec cette passion pour le football.

Charles Chevillard

Crédit Photo FFF & PSG