Aurélie Mula (Vendenheim) : « J »aurais aimé avoir 20 ans aujourd’hui »

Après une année difficile en D1, le FC Vendenheim est reparti sur de toutes nouvelles bases cette saison en D2. Après trois journées convaincantes, le club alsacien jouera à Templemars ce dimanche. L’occasion de rencontrer Aurélie Mula, attaquante du FCV depuis 2008. La joueuse de 26 ans raconte son club, sa carrière, sa vision.

Quand on voit le début de saison de Vendenheim, peut-on dire que la descente de D1 est digérée ?


Aurélie Mula : Cela fait longtemps que j’ai digéré cette descente. Il ne fallait ne trop s’attarder sur cette saison catastrophique. On repart pour une nouvelle, c’était la meilleure chose. Vendenheim n’est pas un club de D1, pas un club suffisamment structuré. Il manque beaucoup de choses pour qu’il le devienne, on est toutes conscientes que c’était la meilleure solution de repartir en D2.


Nouveau président, nouvel entraîneur, beaucoup de départs, comment as-tu pu te remotiver pour repartir de nouveau en D2 ?


AM : Tous les éléments de la question m’ont remotivée. Tous ces changements nous ont plutôt fait du bien, cela a été plutôt positif pour le groupe et pour le club. On redevient une équipe qui aime jouer ensemble et où il y a une cohésion. Sans ces changements, je ne serais certainement pas encore à Vendenheim. Cette saison, tout le monde s’entend bien et il y a une bonne cohésion. On s’entend mieux en dehors et cela se ressent sur le terrain. Les bons résultats passent par le travail qui a été fait par le nouvel entraîneur. Il veut voir de la bonne humeur et des sourires à  l’entraînement.


Comment abordes-tu le déplacement à Templemars ce week-end ? L’équipe est juste derrière vous au classement… Et ton retour sur les 3 premières journées ?


AM : J’aborde ce match comme les premiers. Je n’ai pas suivi leurs résultats depuis le début. Quand on joue Rouvroy ou Compiègne qui a fini 2e l’an dernier, on joue pour gagner forcément, mais aussi se faire plaisir. Rouvroy, je ne les connaissais pas. Montigny, on les avait déjà jouées. Je me souviens avoir joué Templemars, mais je n’ai pas de souvenir précis les concernant. Après les équipes du Nord comme Rouvroy, ça se bagarre, on a été surprises de leur engagement au début du match dimanche dernier. Les équipes du Nord se ressemblent toutes un peu.


Tu as déjà connu le groupe A avec Vendenheim en 2009 et 2010, comment juges-tu l’évolution de ce groupe ?


AM : Je pensais que le niveau allait être meilleur. Ou avait progressé comme c’était le cas en D1. Mais au final, je ne pense pas que la D2 se soit améliorée. Il y a certaines équipes que je ne connais pas.


Quel serait, à ton avis, vos principaux concurrents pour la montée ?


AM : Je vois bien Algrange contre qui nous avons joué en match amical. J’avais vu à cette occasion qu’une ou deux joueuses sortaient du lot. Visiblement, elles ont gagné tous leurs matchs, elles pourraient donc être un concurrent.  Compiègne a une équipe assez costaude je trouve. D’après les retours de mes coéquipières qui les avaient jouées l’année dernière, elles ont une meilleure équipe. Je pense que c’est une équipe qui jouera les premières places. Je ne connais pas trop Gravelines, je n’en n’ai pas trop entendu parler. Certainement que ça se jouera avec ces trois équipes et la nôtre. 
 

A 26 ans maintenant après avoir joué au PSG et connue la D1 à Vendenheim, à quoi aspires-tu ?

AM : Au niveau résultats sportifs, je n’ai pas particulièrement l’objectif de dire que je veux remonter et finir ma carrière sur une montée ou encore une carrière en D1. J’aspire juste à être contente d’aller jouer au football et de marquer des buts, ce qui me fait prendre du plaisir aussi. J’ai envie de gagner et de marquer. Quand bien même ce ne serait peut-être pas la meilleure chose pour Vendenheim de remonter en D1. Je pense que le club n’est pas prêt. Aujourd’hui, je ne peux pas dire que je vais finir la saison et arrêter à ce niveau-là. Estce que ma vie personnelle me permettra encore de jouer ? Je ne sais pas, je me projette pas dans le futur. Je joue au football pour le plaisir. On est plus du tout rémunéré, donc on ne peut pas dire que l’on vient pour la prime de match ou d’autres raisons. Moi, je viens parce que j’aime le football et que j’ai envie de me faire plaisir. C’est plus simple pour moi de conjuguer le football et le travail. Je préfère me concentrer sur le travail, et le football est devenu de toute façon secondaire.


 

Quand on voit le PSG maintenant professionnel, est-ce que tu te dis que tu es passée à côté de quelque chose il y a 6 ans ?


AM : Les carrières des filles ne sont pas aussi longues que chez les garçons. Devenir professionnelle, à mon âge j’ai passé cette idée-la. J’aurais pu faire une meilleure carrière. C’est un peu difficile quand tu es dans le football. Quand tu déménages de Strasbourg à Paris. Ce n’est pas comme déménager à 100 ou 150 kilomètres. Je ne suis partie que pour le football. C’était déjà un grand pas. C’était déjà beaucoup à cette époque de dire, je pars et je plaque tout pour le football. Maintenant c’est vrai qu’en y réfléchissant, si j’avais su tout ce qui se passait actuellement à Paris, je me serais dit, je reste, je m’installe et je pourrais vivre confortablement en ne jouant qu’au football. Après ce sont des choses que l’on ne prévoit pas.  Je ne sais pas si à l’époque, quelqu’un aurait pu dire « dans 6 ans au PSG, on gagnera notre vie ».

Moi, je ne gagnais pas grand chose à Paris, même pas de quoi me loger. Forcément quand tu es jeune, tu gagnes à peine 300-400 euros. Je ne regrette pas d’être partie à Paris, ni d’en être revenue, ni rien de ce que j’ai fait. On ne lit pas dans l’avenir, on ne peut pas savoir ce qui peut se passer. Maintenant c’est vrai que j’aimerais bien avoir 20 ans maintenant, comme lorsque j’étais à Paris, avec les conditions d’aujourd’hui. Dire que je suis dans le groupe professionnel et que je gagne bien ma vie. Quand je les vois, ainsi que certaines que je connais et avec qui j’ai joué, je me dis que j’en aurais certainement fait partie. Les filles qui sont là-bas, du coup, ne peuvent pas prendre d’année et faire un enfant. Moi maintenant à 26 ans, je ne pense pas à une carrière de football mais à une carrière de maman. Cela peut être éphémère aussi, si Paris recrute encore. Ce n’est pas parce que tu es professionnelle cette saison que tu le seras la saison suivante…

Propos recueillis par Nicolas Cotten

Crédits photos : D.R / DNA / FC Vendenheim