Ada Hegerberg, Marta et Megan Rapinoe, trois engagées pour le prix d’une

Lors de cette Coupe du monde, beaucoup de joueuses ont fait parler d’elles pour leur engagement pour le football au féminin, contre le sexisme, et contre toutes autres formes d’inégalités. Et comme on n’a pas réussi à n’en choisir qu’une seule, on vous présente trois icônes du football. Et les nominées sont…

Ada Hegeberg, le courage par excellence

Surprenant de commencer par une joueuse qui n’a pas participé à la Coupe du monde. Pourtant, la Norvégienne a été décisive dans la lutte contre les inégalités entre les footballeurs et les footballeuses.

Ada ne commence le football qu’à 14 ans, mais entre dans l’équipe nationale de son pays seulement deux ans plus tard. En 2012, à 17 ans, elle se fait repérer par le club de Potsdam en marquant 5 buts en 35 minutes, rien que ça ! En 2014, la jeune prodige signe chez l’OL, club où elle évolue toujours et où elle a d’ailleurs prolongé jusqu’en 2021. Et elle ne se contente pas de n’y être que de passage. Non, l’athlète rafle quatre Ligues des Champions consécutives : en 2016, 2017, 2018 et 2019.

Mais comme si cela ne suffisait pas, elle marque en plus un triplé en finale de Ligue des Champions 2019 contre Barcelone. Ce qui lui vaudra d’être nommée joueuse du match et de devenir la première femme à marquer un hat trick en finale de LDC. Et les récompenses ne s’arrêtent pas là : en 2012 elle devient meilleure buteuse du Championnat de Norvège, et en 2016 elle est sacrée meilleure joueuse d’Europe par l’UEFA. Et cerise sur le gâteau, en 2018 Ada devient la première Ballon d’or. Un trophée certes individuel, mais aussi « une victoire symbolique pour les femmes et pour le sport ».

https://twitter.com/AdaStolsmo/status/1131144441736175617

Une attaquante qui nous aurait promis du beau jeu pendant cette Coupe du monde. Mais malheureusement, elle a décidé de ne pas y participer, et tout le mérite lui revient. Dans un pays où les joueurs et les joueuses ont signé un accord historique sur l’égalité des salaires, de nombreuses choses restent néanmoins à faire en termes d’égalités. Et c’est là le sens de l’engagement d’Ada Hegerberg.

En 2017, après une piètre performance de l’équipe de Norvège à l’Euro qui finit dernière de sa poule sans marquer un but, la joueuse se désolidarise progressivement de sa fédération, avec qui elle est en désaccord. Et elle lui reproche plusieurs choses : des publicités que les joueuses faisaient gratuitement pour des partenaires de la fédération alors que les joueurs se faisaient payer pour ça, un seul t-shirt pour un camp d’entraînement de 10 jours, un Euro joué avec les chaussettes des hommes… Autant de sexisme ordinaire qu’Ada veut éradiquer.

Elle dénonce que « les jeunes filles n’ont pas les mêmes opportunités que les garçons », qu’ils ne sont pas sur un pied d’égalité concernant les moyens, les installations, les investissements… Elle a l’impression que la fédération norvégienne n’a jamais considéré sérieusement le foot féminin, et qu’en sélection, elle n’a « jamais eu la place de s’exprimer et de rester elle-même depuis toute jeune ».

La joueuse réclame plus de sérieux au niveau organisationnel pour la sélection et pense qu’un « grand nombre de choses reste à faire pour améliorer les conditions des femmes qui jouent au foot ». Et comme signe de revendication, elle refuse de jouer pour sa sélection, même si « jouer pour son pays lui manque ». Et la pépite norvégienne nous a manqué aussi lors de ce Mondial, qu’on aurait aimé voir ponctué de ses beaux buts. La Norvège s’en est quand même bien sortie sans sa star, en allant jusqu’en quarts de finale où elle s’est inclinée devant l’Angleterre.

Un combat honorable, à seulement 24 ans, qu’on ne peut que vénérer. Merci Ada !

Marta, la reine indétrônable

Qui de mieux pour représenter le football au féminin et toutes ses luttes que l’icône brésilienne ? La « Pelé au féminin », la « Rainha Marta », les surnoms employés pour la définir sont nombreux…

Petite fille née dans un des Etats les plus pauvres du nord-est du Brésil, elle fait ses débuts avec un ballon rond dans la rue. À 14 ans, elle est repérée par l’entraîneuse brésilienne Helena Pacheco, ce qui va renverser son destin. Elle est alors recrutée par le club de Rio de Janeiro Vasco de Gama, où elle reste deux ans au sein du centre de formation. Mais en 2001, le club stoppe les activités professionnelles de son équipe féminine. Elle migre alors vers le petit club de Minas Gerais.

En 2004, elle est recrutée par le club suédois Umea IK, avec lequel elle remporte la Ligue des Champions. En 2005, elle devient championne de Suède, réitère l’exploit l’année suivante, lors de laquelle elle devient meilleure buteuse avec 21 réalisations. Elle est sacrée six fois meilleure footballeuse de l’année par la FIFA, en 2006, 2007, 2008, 2009, 2010 et 2018.

https://twitter.com/CanalFootClub/status/1142917722105421831?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1142917722105421831&ref_url=http%3A%2F%2Fsport24.lefigaro.fr%2Fle-scan-sport%2F2019%2F06%2F24%2F27001-20190624ARTFIG00040-le-discours-tres-fort-de-marta-apres-la-defaite-du-bresil.php

Bref, vous l’aurez compris, ce ne sont pas les titres qui manquent à la capitaine brésilienne. Elle a eu d’ailleurs plus de récompenses individuelles que quiconque, hommes et femmes confondus. Depuis 2017, elle évolue au poste d’attaquante à l’Orlando Pride. Et pour couronner le tout, Marta a réalisé l’exploit lors de cette Coupe du monde 2019. Déjà meilleure buteuse féminine, elle marque un pénalty le 18 juin 2019 contre l’Italie, qui était en fait son 17ème but en Coupe du monde. Elle dépasse alors Miroslav Klose avec ses 16 buts, et arrache le record de buts en Coupe du monde.

Suite à ce record, la reine Marta qui a détrôné les rois a déclaré : « Ce record, il ne m’appartient pas, il est à nous toutes. Je le partage avec toutes celles qui se battent pour l’égalité. » Parce que oui, pour cette militante, le mot égalité est primordial et elle en fait sa lutte depuis toute petite. Victime de critiques quand elle a commencé à jouer, elle s’est battue toute sa vie pour montrer qu’elle savait manier le ballon, et pour être jugée d’égale à égale avec ses semblables masculins. Et c’est pari réussi pour celle qui est aussi ambassadrice pour les femmes à l’ONU. « Il n’y avait pas de garçon aussi bon qu’elle. Elle était unique. » disait son premier entraîneur José Julio de Freitas. Elle est parvenue à faire tout ce qu’elle a voulu depuis son enfance, « prouver que les femmes prennent aussi bien soin du ballon que les hommes ».

Aujourd’hui véritable image du football dans son pays, la reine Marta incarne un football spectaculaire et passionné. Dans l’équipe de son pays depuis ses 17 ans, elle laissera une trace indélébile avec 119 buts en 146 sélections. Mais à 33 ans, la Brésilienne a joué sa dernière Coupe du monde. On se souviendra de cette Marta les larmes aux yeux, après son élimination contre la France en huitièmes de finale, qui adresse un message fort aux jeunes générations : « Le foot féminin dépend de vous pour survivre. […] Pleurez au début pour sourire à la fin ». Et pleurer et sourire, c’est ce que nous aura fait vivre le football de Marta. Merci rainha !

Megan Rapinoe, l’incroyable effrontée

C’était impensable de ne pas la choisir, celle qui a énormément fait parler d’elle pendant cette Coupe du monde. Avec ses cheveux roses-violets, elle a traversé la compétition avec sa bonne humeur et sa force de caractère, taclant Donald Trump, éliminant ses adversaires un par un, plantant deux buts contre la France et un en finale. Vous avez sûrement dû la voir passer ! Meilleure buteuse de ce mondial, elle n’a pas fait les choses à moitié. Également championne olympique en 2012, championne du monde en 2015 et tout fraîchement en 2019, elle se classe aussi 9ème au classement du Ballon d’or en 2018.

https://twitter.com/womenwhodostuff/status/1151412795344338945

Mais ce n’est pas tout ça que l’on a retenu, c’est plus sa forte personnalité, ses engagements et ses valeurs. Lesbienne, elle fait partie des rares joueuses à avoir fait leur coming-out, en 2012 juste avant les JO de Londres dans le magazine Out. Pour elle, c’est « son boulot de dire qu’elle est homo ». Elle devient alors une véritable icône LGBT+ dans le sport, et s’associe en 2018 au projet Play Proud pour inclure davantage la communauté LGBT+ dans le monde du foot.

La numéro 15 américaine s’engage aussi pour d’autre minorités. En effet, depuis 2016 elle boycotte l’hymne avant les matchs, en soutien au joueur de football américain Colin Kaepernick, qui proteste contre les violences policières à l’égard des Afro-américains. Lors de cette Coupe du monde, elle a d’ailleurs refusé de chanter l’hymne en signe de protestation contre la politique menée par Trump concernant les minorités : « vous excluez des personnes qui me ressemblent » lui adresse-t-elle. Elle annonce également qu’elle ne se rendra pas à la Maison Blanche si l’équipe est invitée suite à sa victoire, car « Trump ne se bat pour les mêmes choses que nous ».

Mais Megan ne s’arrête pas là. Engagée aussi contre les inégalités de salaires entre les joueurs et les joueuses, elle fait partie des 28 internationales américaines à avoir porté plainte en mars contre leur fédération pour discrimination sexiste généralisée. Celles-ci réclament des millions de dollars de dédommagement au motif des primes plus faibles qui leur sont accordées. Et pour aller au bout, la militante reverse 1% de son salaire à des œuvres caritatives.

Véritable maître du ballon rond mais aussi de la résistance et de la rebéllion, Megan inspire le respect partout où elle passe. Même si à 34 ans la milieu offensive a joué probablement sa dernière Coupe du monde, on n’a pas fini d’en entendre parler !

Crédits Photo d’en-tête : AFP

1 commentaire

  • Ellen, tu vois le chemin qu’il te reste à parcourir si tu aspires dans 2 ans à la «consécration». Pour le soulier d’or, il te faudra marquer plus de buts que les autres car en cas d’égalité (comme pour cette coupe du monde), tu es mal barrée. Regarde–toi. C’est quoi cette couleur de cheveux banale? Et réfléchis dès à présent à une (ou plusieurs) cause à défendre. Il faudra également te trouver une personnalité que tu n’aimeras pas (Sois finaude, ne va pas choisir le dalaï-lama! L’idéal serait que dans 2 ans, Boris Johnson soit premier ministre. Ainsi, tu pourras claironner: «Pour moi, il est hors de question de me rendre au 10 Downing Street!»)

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