Marion Mézadorian, tout ce qui brille

En ce début 2020, Marion Mézadorian est en haut de l’affiche. Côté théâtre, son spectacle Pépites rencontre un vif succès et se prolonge au Théâtre du Point Virgule (dès le 23 janvier). Côté cinéma, elle fait partie de l’aventure d’Une belle équipe, le nouveau film 100% football féminin de Mohamed Hamidi, en salles à partir du 15 janvier. Portrait d’une chasseuse de pépites. 

Elle s’appelle Marion Mézadorian. Elle est née le 19 février 1987, elle mesure un mètre cinquante-huit. À quatre ans, elle connaissait l’Olympique de Marseille, l’équipe de France, et la définition du hors-jeu. À trente-deux ans, elle se retrouve à l’affiche du nouveau film de Mohamed Hamidi Une belle équipe

Peut-être était-il écrit qu’une fille du Sud, de Saint-Cannat à côté d’Aix en Provence, jouerait un jour dans un film qui parle de football féminin. Mais quand on est fille d’un fana de l’OM, sœur de gardien de but et que les soirées au Vélodrome font partie de ses souvenirs d’enfance, cela s’appelle peut-être de la prédestination. 

Une belle équipe, c’est avant tout l’histoire d’un grand renversement qui se produit dans le Nord de la France. Voilà que les femmes d’un village proposent de remplacer les hommes de l’équipe de football locale entraînée par Kad Merad pour finir la saison. Tout à coup les rôles s’inversent. Les femmes vont à l’entraînement, les hommes restent à la maison, s’occupent de la vie domestique, courses, enfants et petits bobos. Quel sport plus emblématique que le football pour rassembler des femmes de tous les horizons, et brouiller les codes, les lignes, redéfinir ce qui est féminin, masculin ? Le cinéma a souvent mis en scène des « fêtes des fous » contemporaines, où les femmes jouent des rôles d’hommes, des enfants le rôle d’adulte, les animaux les rôles d’humains. Plus que le ressort comique, c’est le miroir tendu qui questionne. 

Dans ces univers mélangés, Marion Mézadorian est à son aise. Sa marque de fabrique, c’est d’être à la jonction de plusieurs univers qu’elle rend vivants : enfant, grand-mère arménienne, trentenaire parisienne, clocharde qui rêve des Antilles, agent de comédienne, ado, quadra qui veut vivre de nouvelles sensations… « Je mesure 1,58m, c’est la hauteur parfaite pour comprendre les adultes et parler aux enfants ». Et son spectacle Pépites qu’elle joue dans les théâtres de France et de Navarre depuis quatre ans est une galerie de portraits subtiles, drôles dans ce que la sensibilité peut avoir de souriant. Alors pourquoi pas footballeuse ? Avec le pedigree de la maison Mézadorian, la tentation est forte. 

Sportive et comédienne, même combat ? 

On ne s’improvise pas footballeuse, même le temps d’un tournage.


Pour jouer des coéquipières sur le terrain, les comédiennes ont été coachées par deux ex internationales tricolores. Crédit Photo : UniFrance

Deux mois durant, les comédiennes du film ont suivi un entraînement intensif, pour être « justes, crédibles sur le terrain », selon les mots de Marion Mézadorian. En coachs de choc, deux anciennes internationales tricolores, Corinne Petit (89 sélections, 11 buts) et Aurélie Meynard. Leur mission : transformer les Marion Mézadorian, Céline Salette, Sabrina Ouazani, et autres Laure Calamy en footballeuses et surtout coéquipières. « On s’entrainait en salle. Au début on courait dans tous les sens, essoufflées, on était partout et donc nulle part. Aurélie et Corinne criaient Espacez le jeu ! Espacez le jeu ! ». 

Le tournage se déroule à l’été 2018, il fait très chaud, tout doit être parfait. En particulier les scènes de match, chorégraphies millimétrées. Pas de place pour l’improvisation : « Des dizaines de fois refaire les même prises ! Mais on s’est régalées ». Dans le sport comme au cinéma, l’exigence, la répétition des gestes à l’extrême sont les conditions sine qua non de la réussite.

Marion Mézadorian en footballeuse, la reconversion le temps d’un film seulement. Elle pourrait pratiquer pour le plaisir, mais… « Garantissez-moi de ne jamais me blesser. Là je signe tout de suite ! »


Marion Mézadorian joue son spectacle Pépites. Crédit Photo : Jean Côme Cabanne

Le corps de Marion, c’est son instrument de travail. Il faut en prendre soin, ne pas le briser, l’épuiser. La préparation au métier de comédienne ressemble à celle des sportifs de haut niveau. Pour se donner une chance de réussir, il faut intégrer un cursus hautement reconnu. Ce sera le cours Florent, qu’elle présente à son sudiste de père comme le meilleur centre de formation au monde. Une sorte de Clairefontaine. Sur scène comme sur un terrain, il ne faut pas être en manque de souffle. Le corps ne doit pas être une limite, pas être encombrant. Il doit occuper l’espace, sans être un fardeau qu’on trimballe. On ne grimpe pas sur le ring scénique sans une préparation physique solide. Cardio et renforcement musculaire sont au programme des entraînements quotidiens de Marion Mézadorian. « J’ai pratiqué le basket, la natation, douze ans de danse. En fait j’ai toujours fait du sport. Je ne peux pas m’en passer ». Exigence physique, et hygiène de vie, son corollaire. Comme les sportifs de haut niveau. Marion Mézadorian a arrêté l’alcool voilà trois ans. « Il me faut tellement d’énergie pour un spectacle, j’ai autre choses à penser qu’à ramasser mon corps qui s’est pris une taule ».

La chasseuse de pépites

C’est sur le football que s’ouvre son spectacle Pépites. Le paternel s’exaspère devant un match de l’OM, menace de brûler sa télé, comme tout bon supporter marseillais à chaque contre-performance de l’équipe, promet que l’OM et lui c’est fini, prend le monde à témoin, et revient toujours le match suivant. Marion Mézadorian a l’œil et les oreilles. Elle est chasseuse de pépites. Son champ d’exploration couvre tous les terrains, de Saint-Cannat à Paris, partout elle joue à domicile. Une pépite, à première vue, un caillou quelconque. À mieux y regarder, un objet de grande valeur. C’est petit, ça tient au creux de la main, ça brille. Les pépites de Marion Mézadorian, ce sont toutes ces personnes qu’elle a écoutées « tellement écoutées. J’ai écouté les gens qui s’écoutaient, j’ai même écouté ceux qui ne s’écoutaient pas, c’est à mon tour de parler, et ça tombe sur le public. »

On ne demande que ça, d’être des déversoirs à pépites ! Se dire Tiens, ça me rappelle quelqu’un… et réaliser qu’il s’agit en fait de nous. Marion Mézadorian est un être de relations. Elle aime « les autres », être avec, écouter, regarder, mélanger. Ces autres l’inspirent, la nourrissent, lui permettent d’explorer l’âme humaine, la déshabiller, en extraire ce qu’il y a de plus fragile peut-être. « Nous sommes faits de mille vies, conscientes, inconscientes, antérieures, contemporaines ». Cela prend du temps de recueillir chacune de ces vies. Pépites a nécessité un an d’écriture, et une année encore pour être monté. Rien n’est figé, le spectacle évolue sans cesse. Façon de rendre plus brillantes encore ces pépites recueillies. Façon aussi d’en dévoiler de nouvelles, en laisser d’autres se reposer. Le métier de chasseuse de pépites n’est pas de tout repos. Il requiert une attention constante pour ne pas gâcher trop tôt ce qui ne pouvait pas supporter la lumière. Finalement comme au football. 

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