Ballon d’or féminin 2019 : pourquoi il était écrit que ce serait Megan Rapinoe

Lucy Bronze l’a prédit. Dans une interview au journal l’Equipe du 29 novembre, la défenseuse de l’Olympique Lyonnais y allait sans détour. Pour l’internationale anglaise, aucun doute, Megan Rapinoe serait Ballon d’or 2019, succèdant à Ada Hegerberg, première Ballon d’or de l’histoire du football féminin.

Aussitôt dit aussitôt fait.

Megan Rapinoe soulève le deuxième Ballon d’or de l’histoire, et Jean-Michel Aulas peut avoir le sourire. Deux Ballons d’or, deux Lyonnaises. Ou disons quasi Lyonnaises : Megan Rapinoe a porté les couleurs fenottes en 2013-2014. Elle porte désormais le maillot du Reign FC, le club que le président Aulas est sur le point de racheter.

Souviens-toi décembre dernier

En 2018, elles étaient quinze prétendantes. Cette année vingt. C’est bon signe. Cela signifie que le panel de journalistes qui décerne la prestigieuse récompense a réussi à trouver cinq joueuses de plus qui peuvent potentiellement valoir le coup. Et sur les quinze nominées de l’année dernière, dix sont encore présentes dans ce cru 2019. Les fondamentaux du football féminin ne bougent pas : demeurent au sommet les Lucy Bronze, Pernille Harder, Ada Hegerberg, Amandine Henry, Sam Kerr, Dzsenifer Marozsan, Marta, Lieke Martens, Megan Rapinoe, Wendie Renard. Quelque part c’est rassurant.

Côté petites nouvelles, toutes ou presque ont été révélées au public grâce à la Coupe du monde en juin dernier en France. Ces noms, ces visages nous disent à présent quelque chose. Hormis Sarah Bouhaddi, la portière lyonnaise qu’on ne présente plus, toutes se sont hissées au minimum en demi-finale de la compétition. Quatrième du Mondial avec l’Angleterre, l’attaquante Ellen White fait pour la première fois partie de la sélection Ballon d’or. Troisièmes en juin dernier, les Suédoises Kosovare Asllani, Sofia Jakobsson (ex Montpelliéraine), Nilla Fischer. Finalistes, les néerlandaises Viviane Miedema et Sari van Veenendal. Enfin, l’Américaine Rose Lavelle, une des révélations de la Coupe du monde, Alex Morgan et Tobin Heath sont récompensées à juste titre du parcours exceptionnel des Stars and Stripes. 

L’année de Rapinoe

Les planètes étaient alignées pour Ada Hegerberg l’année dernière. Elles l’étaient pour Megan Rapinoe en ce 2 décembre. La saison du Reign FC a été bonne sans être flamboyante. Demi-finaliste des playoffs de NWSL (National Women’s Soccer League), comme en 2018, la bande à Rapinoe s’est inclinée 4-1 en octobre dernier face aux North Carolina Courage, futures championnes NWSL, victorieuses des Chicago Red Stars.

Mais Rapinoe, c’est bien plus que la numéro 15 des Reign FC et des Stars and Stripes. En une année, l’attaquante américaine a acquis une stature internationale. En décembre dernier, vous demandiez dans la rue « Et sinon, pour le Ballon d’or 2019, plutôt Hegerberg ou Rapinoe ? », la personne en face vous aurait regardé, yeux froncés, se demandant de qui vous parlez.

Douze mois après, le constat : Megan Rapinoe est championne du monde en titre, a été élue meilleure joueuse de la compétition, soulier d’or (meilleure buteuse), et désignée meilleure joueuse 2019 par la FIFA. Cela récompense bien sûr, les performances sportives. 34 ans, l’âge des poisons. Il n’y a qu’à se souvenir de ce funeste quart de finale France-USA le 28 juin dernier où Rapinoe s’est chargée toute seule d’éliminer nos Bleues, tellement futée, affutée, gérant son âge et ses efforts comme un actif à capitaliser pour un gain maximal. Sa célébration de but, bras écartés, est sa signature, reprise dans les jeux vidéo, comme toutes les autres stars.

Récompenser des joueuses engagées

Il y a aussi les performances hors terrain. Megan Rapinoe, c’est la femme qui regarde Donald Trump de haut en bas, en mode si tu crois que tu m’impressionnes. Elle ne chante plus l’hymne américain, refuse de se rendre à la maison blanche, prononce des discours politique lorsque la parole lui est donnée, comme lors de la remise du trophée de meilleure joueuses FIFA. Pour Rapinoe, à son âge et à l’heure qu’il est, le football n’est plus en enjeu sportif. Il est le point de convergence de luttes qui agitent nos sociétés. L’égalité femmes hommes. Elle fait partie de ces footballeuses, comme Alex Morgan, qui poursuivent leur fédération pour différence de condition de travail et de salaire. La plainte a été jugée recevable par le tribunal de Los Angeles. Les droits des femmes. Elle parle de cette Iranienne, qui s’est immolée pour ne pas avoir pu assister à un match de football. Droits des minorités, LGBT, Rapinoe sait que le combat avancera de manière décisive grâce à l’aura du football, le sport le plus pratiqué dans le monde.

Une pétition a été lancée pour que Megan Rapinoe soit sur la jaquette de la nouvelle édition de FIFA 2020. L’honneur est réservé aux plus grandes, à celles qui marquent l’histoire du football. Megan Rapinoe est de celles-là. 

Hegerberg en 2018. Rapinoe 2019.

Deux ballons d’or, deux attaquantes. Dix ans d’écart, presque deux générations de joueuses. Mais surtout deux caractères. Deux porte-étendards du football féminin. Les joueuses engagées sont dans la lumière. Une tradition qui débute ? On l’espère. Ces récompenses sont des tribunes indispensables au développement du football en général, féminin en particulier. Le football est un sport politique qui ne se joue pas à onze. Mais à bien plus.

Crédit Photo : France TV Sport

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