Verónica Boquete : l’esprit mutin

Verónica Boquete, dite Veró, est une héroïne flamboyante espagnole. Voix active pour son sport, le football, elle a su également défier les discriminations et inspirer les jeunes générations espagnoles.

Les débuts et la réalité Espagnole

Boquete naît en Galice, à Saint-Jacques-de-Compostelle. Tombée amoureuse du ballon rond dès qu’elle a pu commencer à jouer, la jeune espagnole connaît une ascension fulgurante et permet à son équipe de se qualifier régulièrement en Coupe du Monde… Non, ça, ce serait dans un univers parallèle. Dès sa prime jeunesse, Boquete se heurte aux discriminations : le football en Espagne, c’est un sport d’hommes et de garçons. Son père est coach et un de ses frères aînés jouait. La passion de la famille Boquete est communicative. Elle débute à 6 ans et,  la première année où elle commence la pratique, une règle l’empêche de jouer avec les garçons. Boquete commence à jouer seule, puis la règle a changé. Elle évoluera donc avec des garçons jusqu’à ses 15 ans. 

En quittant Saint-Jacques-de-Compostelle, Verónica Boquete donne l’élan nécessaire à sa carrière. Mais elle n’oublie pas les discriminations. « Quand j’étais enfant c’était très difficile de jouer au football, et ça l’était encore plus pour les filles avant moi. Comprendre que l’on ne peut pas jouer quand on a cet âge est dur et je suis reconnaissante de la façon dont mes parents ont pris en main les choses. Mon père s’est battu pour que la règle change. C’était dur aussi parce qu’on entend tout un tas de chose et rien n’est prêt ou fait pour les filles. » confie la capitaine Espagnole à nos confrères de TheseFootballTimes.co. Pas de vestiaires, pas de douches pour elle. Pour espérer se débarrasser de la poussière et de la sueur, Boquete doit rentrer chez elle.

La carrière internationale et la « mutinerie »

La carrière de la jeune espagnole décolle vraiment lorsqu’elle endosse l’uniforme national. Sous la houlette d’Ignacio Quereda, Verónica Boquete fait ses débuts. C’est là où elle s’autorise le rêve de devenir footballeuse professionnelle. Et c’est justement parce qu’on lui a jamais dit qu’elle pouvait le devenir qu’elle se bat aujourd’hui pour inspirer les jeunes générations espagnoles. « En Espagne, il n’y a pas d’information concernant le football pratiqué par les femmes, j’ignorais qu’il y avait une équipe nationale et encore moins que l’on pouvait jouer en Coupe du Monde. » En 2010, Boquete part aux USA et ce sont les Chicago Red Stars qui s’octroieront ses services pour le reste de la saison de WPS. C’est le début de sa carrière internationale, qui l’emmènera en Russie, en Suède avec le Tyresö FF dont elle garde un bon souvenir, les rêves de Ligue des Championnes, les Portland Thorns et le PSG, et, actuellement, la Chine. C’est sous son capitanat que l’équipe nationale accède pour la première fois à une Coupe du Monde. Et c’est sous son capitanat que les joueuses mènent une mutinerie pour alerte la fédération Espagnole des mauvais traitements dont elles souffrent. 

Car tout n’est pas rose. Même si Quereda a la réputation d’être un entraîneur excessivement exigeant, ses commentaires dépassent souvent les bornes de la décence. Il dit de ses joueuses qu’elles sont stupides, mentalement retardées. Grosses quand il n’est pas satisfait de leur physique. Il refuse d’appeler des joueuses – même de très bonnes joueuses – s’il les a pris en grippe. Il cherche à tout contrôler, hurle sur ses joueuses jusqu’à ce qu’elles fondent en larmes, les interdit de prendre position contre les surfaces synthétiques canadiennes. Le problème c’est que Quereda est un bon ami d’Ángel María Villar, le président de la fédération Espagnole – et d’aucuns disent qu’il a eu le poste grâce à cette amitié -. Après la campagne canadienne, les joueuses passent à l’offensive. Et elles n’ont plus rien à perdre, même si elles risquent de ne plus être appelées. 

Boquete ne se prive pas pour témoigner et lance des accusations graves sur les conditions d’entraînements, jugées insuffisantes et peu professionnelles, le manque de respect de l’entraîneur et son incompétence. D’autres joueuses se rallient à ces témoignages, sacrifiant leur carrière pour le bien de l’équipe. D’anciennes joueuses vont elles aussi sortir de leur silence. L’audace de Boquete et sa place proéminente dans la « mutinerie » des Espagnoles lui coûteront sa place en équipe nationale : elle sera écartée du groupe pour l’Euro 2017 par le coach Jorge Vilda, remplaçant de Quereda. 

Un engagement permanent pour les jeunes générations

La capitaine Espagnole ne s’arrête pas là dans son engagement. En 2013, c’est elle qui lance sur la plateforme change.org une pétition à l’adresse de l’éditeur de jeux vidéo Electronic Arts pour que les joueuses soient enfin intégrées à FIFA, sa franchise à succès. C’est chose faite en 2015, pour également célébrer la Coupe du Monde féminine. Alors qu’elle joue au PSG, on apprend que Boquete et sa compatriote Paredes reversent 1% de leur salaire respectif à Common Goal, fonds collectif qui soutient les associations caritatives du monde entier. Elles choisissent de soutenir la cause féminine. 

Leader charismatique et impliquée, Boquete dirige également des cliniques. Elle va plus loin, dans cette optique d’éducation, une thématique qui semble la passionner : elle a fondé sa propre école, en Galice qui permet aux enfants de 4 à 16/18 ans de s’épanouir dans le football, mais aussi dans d’autres sports. Le plus beau ? L’école est mixte. La Galice est devenue une région dynamique grâce à cette école et la détermination de l’ancienne capitaine espagnole.

Même si plusieurs milliers de kilomètres séparent Veró de l’Espagne désormais et que l’exil de l’équipe nationale l’a frappée, sa lutte contre les discriminations est loin d’être terminée. Grande joueuse qui se destine à devenir coach, Boquete ne laisse tomber ni l’Espagne ni les prochaines générations.


Crédits photo : Juan/Martin, NWSL, Diego Diaz,

9 commentaires

  • Hola,

    Verónica Boquette est tout simplement la joueuse que j’adore le plus dans cette équipe espagnole. J’admire sa passion pour le football. Si cela t’intéresse, tu peux suivre les scores des matchs européens sur ce site : http://live.clicnscores.fr . Moi, je pense que Boquette est une footballeuse de haut niveau. Je crois qu’elle a beaucoup de courage, car elle a eu une enfance difficile. J’ai survolé son site et je trouve que cela était une idée noble de sa part de faire une pétition pour aider les joueuses de football afin qu’elles intègrent la FIFA.

    Quelle joueuse, quand même cette Veró ! Elle est trop forte !

  • @Lisa Durel
    Tout d’abord, bon rétablissement car la santé, c’est le plus important! Pour le reste, vous n’avez pas (je le souligne une fois de plus) à vous «justifier» car nous sommes sur FE et non pas au tribunal de la bien-pensance. Et quand au pardon… 🙂 Quant à l’emploi du mot conquistador dans votre contribution, «j’y ai vu» dès le départ comme vous (mais à chacun sa perception bien sûr). Le côté «mutinerie» initial n’était pas mal mais vous y avez renoncé pour éviter de froisser un potentiel «Riri». Vous avez donc utilisé un mot pas vraiment apprécié par «Fifi». Et «Loulou» (moi en l’occurrence qui n’ai pas su faire comprendre que ma réaction s’adressait d’avantage à Fifi-et c’est grand tort de ma part j’en suis conscient) en a rajouté une couche. Mais tout ceci ne doit surtout pas freiner les futurs débats sur d’autres sujets. 🙂

      • Je n’ai pas écrit que le mot conquistador me gênait (mais je me suis peut-être mal exprimé). Je me suis contenté de dire que si l’emploi de conquistador n’était pas «politiquement correct», il faudrait prendre garde à ne pas utiliser le mot pionnière pour les raisons que j’ai évoquées. Mais il ne faudra pas utiliser non plus le mot conquérant car certains trouveront qu’il rappelle le «tristement célèbre» Guillaume qui a été très méchant avec les Saxons en 1066 et que ce n’est pas bien. On peut pousser ce raisonnement jusqu’à l’absurde et on en arrivera à ne plus rien écrire pour faire en sorte de ne froisser personne. Il est important de ne pas se soumettre (mais ce n’est que mon avis) à la dictature du «bien» et du «mal».

      • @ebro95 Je suis à l’hôpital donc je n’ai pas vraiment eu le temps de me justifier, pardon.

        J’entends vos arguments sur le mot conquistador à tous les deux. Et même s’il n’y a jamais été fait l’apologie des conquêtes et de la colonisation violente (qu’elle soit espagnole ou générale, bien sûr), qu’en effet j’ai voulu y voir plutôt l’esprit fier, aventureux et combattif plus que combattant de Boquete, j’admets avoir fait une erreur de jugement sur l’utilisation de ce mot. En réalité je souhaitais utiliser la mutinerie dans le titre, mais comme c’est un mot à connotation péjorative également et qu’au finale cette mutinerie est absolument pertinente et nécessaire pour le bien del ‘équipe, j’aurais dû l’utiliser.

        Maintenant, je pense que tout est question de contexte. Quand on pense aux conquérantes dans le football pratiqué par les femmes, nul besoin d’évoquer Alexandre le Grand ou Guillaume le Conquérant, ou toutes ces figures historiques qui ont marqué en lettres de sang leurs conquêtes militaires !

        Voici donc pour les explications. Quand j’ai vu que vos points de vue se rejoignaient, j’ai préféré modifier en quelque chose de plus en rapport avec l’article. Le mieux est peut-être l’ennemi du bien, mais visiblement ce n’était pas juste à la base, d’où la modification.

        Merci de me lire !

  • Lors d’une future présentation de joueuse nord-américaine, il faudra éviter de la qualifier de pionnière au regard de l’horreur attachée à ce mot. Par ce que conquistador en Amérique centrale ou du sud ou pionnier en Amérique du nord, au final, ça a abouti au même résultat. Pour ce qui est de la joueuse, je ne suis ni groupie ni détracteur. Par contre, on ne peut que louer son rôle lors de la mutinerie (mutinerie qui «le valait bien»).

  • Bien que je n’aie jamais trop apprécié et la joueuse et la personne, pas très sympa de la qualifier de conquistador quand on sait toute l’horreur rattachée à ce mot… Enfin, j’imagine que l’auteure en a surtout retenu la traduction littérale « conquérant » et pour l’espagnole Boquete, hop là elle tenait son titre.
    Pourtant, vu la carrière footballistique de la dame, (12 clubs en 13 ans, mazette), on aurait pu titrer « Veronica Boquete,: l’opportuniste » ou « Veronica Boquete : la mercenaire » mais je conçois bien que c’eut été politiquement incorrect et totalement opposé au message que l’auteure voulait apparemment faire passer à son sujet.

    Donc lors de son passage au PSG, la joueuse reverse 1% de son salaire à une association caritative (info que l’on peut lire ici http://www.sportune.fr/business/salaire-de-vero-boquete-psg-177546), soit 840 euros sur un salaire annuel d’environ 84000 euros. C’est bien. Mais on ne va pas non plus en faire un fromage, et encore moins élever Boquete au rang de figure de la lutte contre les discriminations. On espère toutefois qu’elle maintient ce geste depuis qu’elle est en Chine.
    Ha la Chine et ses yuans, finalement le titre n’est peut être pas si mal choisi…

    Plus intéressant, elle fonde « sa propre école » en Galice. On aurait aimé en savoir plus sur cette école, comment ce projet est né, qui l’a dirigé, qui sont les protagonistes et les investisseurs ou donateurs, comment elle s’appelle, comment elle fonctionne, quels sont ses objectifs, quel a été et quel est aujourd’hui le rôle exact de Veronica Boquete, y a-t-elle mis ses « propres deniers » etc… Et Wiki (anglais plus complet) ne donne pas non plus d’ info à ce sujet, ni aucun autre article du web.

    Par contre, anecdotique mais plus « en phase » avec le personnage, Wiki nous dit qu’elle a crée une ligne de vêtements et qu’elle a fait écrire sa biographie intitulée  » Vero Boquete, la princesa del deporte rey », rien que ça ! lol

    En conclusion, et en ce qui me concerne, aucune nouvelle info tangible susceptible de modifier ma perception de cette personne.

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