Une grève bénéfique à Guingamp

Le jeudi 8 février, les féminines de l’EAG disaient « stop » et décidaient de ne pas sortir du vestiaire. Une grève déclenchée à cause d’un manque de considération, et d’échanges quasi inexistants entre le club breton et son équipe féminine. Sanctionnées, puis entendues, les Guingampaises repartent sur de meilleures bases.

Qui suit la D1 féminine a forcément entendu parler de l’affaire qui a secoué l’En Avant Guingamp pendant une semaine. Alors que l’équipe féminine devait normalement s’entrainer sous les yeux de la sélectionneure, Corinne Diacre, le jeudi 8 février dernier, les joueuses de Sarah M’Barek ont montré leur mécontentement vis à vis du club, en décidant de faire la grève. S’en sont alors suivies des sanctions, des discussions, des promesses, et une victoire. L’entraineure, Sarah M’Barek, est revenue sur ces dix jours mouvementés pour nous aider à mieux comprendre ce qui s’est passé du côté de l’EAG.

Des mots pour soigner les maux
Tout a commencé alors que les joueuses de l’En Avant Guingamp cherchaient à obtenir un rendez-vous avec la Direction du club afin de lui exposer certaines problématiques. Sarah M’Barek, la coach, avait elle aussi fait remonter l’information « en expliquant que les filles avaient besoin de discuter pour que le club prenne conscience des choses à améliorer pour la section féminine, et surtout pour que cette dernière se sente moins à l’écart du club, moins isolée ». Le simple fait d’être à Saint-Brieuc, où l’équipe n’est pas forcément acceptée, semble déjà être une problématique en soit, alors si on ajoute à cela un manque de communication certain, sans véritable intermédiaire, cela complique encore davantage les choses. 

La section féminine de Guingamp rencontre des problèmes quotidiens, comme cela doit aussi être le cas dans beaucoup d’autres clubs, mais le manque de considération de la Direction a probablement été l’élément déclencheur de ce mouvement de grève. En effet, il y a quelques semaines, les joueuses essayaient de négocier les primes de Coupe de France car « ce sont les mêmes depuis trois ans », mais la Direction leur a fermé la porte de suite, en leur disant que « c’était non négociable et que le dossier était clos ». Pour la technicienne guingampaise, cet événement a en quelque sorte été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

« C’était la seule solution, presque un appel à l’aide »

Le jeudi 8 février, les joueuses étaient bien présentes au stade, mais pas de sacs de sport ou de tenues de footballeuse en vue. Sarah M’Barek comprend alors qu’il se passe quelque chose, et lorsqu’elle pose la question à ses joueuses, la réponse ne se fait pas attendre : ¨On fait grève !¨. Pas vraiment surprise, la coach prévient Marlène Bouedec, Manager Générale de la section féminine, qui elle-même averti Bertrand Desplat, Président de l’EAG. L’entraineure raconte : « Le Président du club est arrivé fâché et surpris par la réaction des filles soit aussi vive et forte, mais pour elle c’était normal. C’était la seule solution, presqu’un appel à l’aide pour dire ¨Allo, on existe !¨ ».

Finalement, les joueuses avaient simplement besoin d’un intermédiaire avec qui elles pourraient échanger autour des différentes problématiques rencontrées, et sentir que les choses pouvaient évoluer au fil des saisons. C’est presque le contraire qui c’était passé depuis que Gilbert Castel avait quitté (pour des raisons personnelles) son poste de président délégué à la section féminine. En effet, ce poste était depuis resté vacant et la communication entre la section féminine et le club était devenue presque inexistante.

La Coupe sacrifiée
Toujours est-il qu’après ce mouvement de grève, le Président Desplat a pris une décision radicale et immédiate en annulant tous les entrainements et en suspendant les joueuses et le staff pour le match de Coupe de France qui suivait (8es de finale, le 11 février, face au Stade Brestois). Concernant les primes de matches évoquées plus tôt et afin d’éviter les quiproquos, Sarah M’Barek précise : « Dans le fond, le montant de la prime de match, ce n’est pas ce qui pose problème. Si on s’était qualifié, les filles étaient même prêtes à reverser leur prime à une association, pour montrer que ce n’est pas le montant qui les importe, mais juste qu’on les écoute, qu’elles puissent négocier, ou qu’elles aient au moins leur mot à dire ».

Sanctionnés, c’est donc depuis les tribunes que Sarah M’Barek, son staff, et ses joueuses, ont suivi le 8es de finale de Coupe France. Sur le terrain, ce sont les U19 du club qui ont tenté l’exploit mais sans y parvenir puisque la jeunesse guingampaise s’est inclinée 3 buts à 0, face au Stade Brestois 29. Même si M’Barek et ses joueuses espéraient voir la relève leur permettre de continuer l’aventure, le groupe a été un peu « meurtri et vexé de ne pas pouvoir jouer cette rencontre », mais il savait également que lancer une grève à ce moment-là était un risque à prendre. Le risque de sacrifier la Coupe de France en quelque sorte.

Tension retombée, vers un avenir plus serein
Le week-end passé et le climat apaisé, la Direction du club a reçu toutes les filles par groupe de trois pour discuter, faire le point, et comprendre ce qu’il s’était passé. Le mardi matin, la Direction du club a reçu une délégation de quatre joueuses, avec la capitaine, une représentante des jeunes, une représentante des filles sous contrat, et une représentante des joueuses qui n’ont pas de contrat, afin que l’ensemble de l’équipe soit représenté. « Cette réunion a abouti à un véritable échange et le Président a été très à l’écoute ». Par la même occasion, Fred Legrand a souhaité reprendre le rôle de président délégué, fonction qu’il occupera officiellement à partir de ce mardi 20 février. Pour Sarah M’Barek cela change déjà tout : « Il est déjà venu à un entrainement, a fait le déplacement pour notre match contre le PFC le week-end dernier, et il est venu dans le vestiaire ».

Justement, si il y avait bien un moyen de passer à autre chose et de repartir de l’avant, c’était sûrement une victoire contre le Paris FC (chose faite brillamment, 3-1, en terre essonnienne). Avant la rencontre de ce samedi, comptant pour la 15e journée de championnat, le staff guingampais avait pensé que cela pouvait être « du tout au tout ». Il semble que la frustration emmagasinée par les Bretonnes les jours précédents, ce soit transformée en quelque chose de positif sur le terrain. « Ça n’avait pas très bien démarré, mais je pense que cela a piqué les filles de prendre le but. Elles ont réagi rapidement pour égaliser, et derrière cela les a galvanisées. Ce groupe là est particulier, et il restera gravé. En tout cas, je sens une véritable force et une grande solidarité dans ce groupe, et j’espère que c’est ce qui nous permettra d’obtenir le maintien rapidement ».

«  Qu’il comprenne que son équipe féminine est importante, et qu’il faut l’aider pour l’avenir… »

Depuis, le climat s’est plus qu’apaisé, et chacun travaille sur ce qui a été dit et fait ces dix derniers jours. Certaines revendications ont été entendues par le Président Desplat et devraient évoluer sur du plus ou moins moyen-long terme. « On se doute bien que d’ici la fin de saison, il y a des choses qui ne changeront pas, et les filles en avaient conscience aussi. L’idée était vraiment de faire réagir le club pour qu’il comprenne que son équipe féminine est importante, et qu’il faut l’aider pour l’avenir… Maintenant, c’est fait et nous allons de l’avant. On va jouer le championnat à fond pour se maintenir, faire notre boulot du mieux possible jusqu’au bout pour accomplir notre ¨mission¨ ».

En tout cas, les Guingampaises blessées par l’indifférence du club, ont eu le courage d’aller jusqu’au bout de leur démarche, et semblent avoir gagné un premier combat. Les choses sont dites, la communication est rétablie, c’est maintenant main dans la main que le club et sa section féminine vont devoir avancer pour que l’EAG continue de briller parmi l’élite du football français.

 

 

Propos recueillis par Sandrine Dusang

Crédits photos : EAG site et Twitter, Le Télégramme, Twitter Sarah M’Barek