Sur les terres de la Coupe du Monde (4/4) : Vannes : Destination Finale

La Coupe du Monde U20 prendra place cet été en Bretagne du 5 au 24 août. Afin de faire monter la température, Foot d’Elles est allé prendre le pouls dans les quatre villes organisatrices. Fin de ce dossier à Vannes, qui accueillera pas moins de 12 rencontres du Mondial. Un cadeau inespéré pour une ville qui pousse en faveur du sport féminin.

(Re)voir la première partie de notre dossier à Dinan-Léhon

(Re)voir la deuxième partie de notre dossier à Concarneau

(Re)voir la troisième partie de notre dossier à Saint-Malo

Début mars, sous les nuages bretons. A peu près 24 heures après le tirage au sort des phases de poules de la Coupe du Monde U20. C’est avec de nombreux éclats de rire, et une longue discussion, qui porte sur des sujets divers, que Michel Gillet, adjoint aux sports de la ville de Vannes, et le sélectionneur des Bleuettes Gilles Eyquem arpentent les couloirs du stade de La Rabine. « On avait une histoire en commun. On ne se connaissait pas du tout, mais lui connaissait la piste cycliste de La Rabine, où j’avais concouru », explique l’élu.

Une mairie au service du sport féminin

Après avoir passé la salle où auront lieu les contrôles antidopage, puis les vestiaires des arbitres, on s’arrête dans le futur vestiaire des joueuses, où l’odeur de l’échauffement des rugbymens du VOC n’a pas encore quitté la pièce. Puis vient l’arrivée sur la pelouse. C’est là que Gilles Eyquem compte se retrouver le 24 août prochain- pas pour la petite finale évidemment –à quelques encablures du port, et de son esplanad<e qui va vibrer pendant un peu plus d’un mois pour la Coupe du Monde U20, et une discipline qui prend comme partout son essor.

« Nous menons une politique sportive très active, en particulier pour accompagner le développement du sport féminin et la mixité au sein des clubs sportifs vannetais », affirme le maire de la ville, David Robo, « fan inconditionnel du VOC et de l’OM », alors qu’environ 1 600 des 16 000 pratiquants de la ville morbihanaise jouent au foot. Parmi les actions entreprises par les élus : la mise en place d’un Label Sport au Féminin pour les clubs qui souhaitent créer des sections féminines en sports-loisirs, qui leur donne droit à des aides spécifiques.

« Il y a encore des parents qui sont réticents  »

Et cela fonctionne plutôt bien, comme l’élu, auparavant assistant social et en place à la tête de la ville depuis 2011, s’en réjouit : « Il y peu, les filles du Kin Ball [sport venu du Québec où deux équipes s’envoient une balle d’1m22. Le but est que celle-ci ne touche pas le sol, NDLR] Gwened ont été sacrées championnes de France de D2 ! », se réjouit-il, en se remémorant les festivités qui ont suivi : « Elles étaient sur l’esplanade du port [début juin], avec les filles du club de foot US, les Mariners, et les filles du RC Vannes [club de rugby] pour la promotion du sport féminin dans le cadre de « Vannes tous en baskets », qui se déroule chaque premier dimanche du mois à Vannes ». Une ville qui a déjà accueilli la finale de la Coupe de France féminine l’année passée, et la Coupe du Monde militaire de foot féminin en 2016.

Evidemment, les folles de (plus petit) ballon rond ne sont pas en reste dans cette ville où les sections féminines sont nombreuses. Il y a déjà l’ASPTT Vannes,  où la vice-présidente Nolwenn Jarlegand évolue depuis 14 ans. Ancienne milieu droit, elle occupe ses fonctions de dirigeante depuis 5 ans, dans ce club aux 80 joueuses qui compte deux équipes séniors, deux équipes U15 et une équipe U13, ainsi qu’une catégorie U11 à partir de l’année prochaine, avec laquelle elle espère dépasser le 100 licenciées. Elle continue de faire perdurer une section féminine créée… il y a 32 ans ! « Avec cette Coupe du Monde, on va continuer de parler de foot féminin c’est sûr, se réjouit cette ancienne judokate, venue au foot sur les conseils d’un de ses profs de sport. Ça va certainement amener certaines personnes à se dire « ah tiens pourquoi ma fille ne fait pas du foot ? ». Parce qu’il y a encore des parents qui sont réticents par rapport à ça », éclaire-t-elle. C’est aussi pour ça qu’elle a pris pleinement part à l’organisation de cette Coupe du Monde U20, en recrutant quelques-uns des 180 volontaires recherchés pour la ville de Vannes en août.

Une discipline qui est sortie de la confidentialité

L’une des joueuses qu’elle coache avec l’équipe première, Charline Fernandez, est d’accord et avance d’autres explications : « Parfois les filles ne se lancent pas parce qu’elles ont peur de mal jouer, de ne pas être intégrées… ». Cette étudiante en STAPS est pourtant l’incarnation d’une nouvelle génération de joueuses, pour lesquelles la pratique du foot est débarrassée des clichés masculins qui l’entourent. «  J’ai commencé le foot en CE2. En fait je venais de déménager, du coup j’avais pris mon ballon et je jouais toute seule contre un mur. Puis des garçons qui jouaient au foot à l’école sont venus me voir pour me demander si je voulais jouer avec eux, et au final ils m’ont proposé de m’inscrire dans le club où ils étaient, c’est de là que je me suis inscrite ! ».

Après quatre ans passés à Grand-Champ, au nord de Vannes, la milieu polyvalente a rejoint sa première section 100% féminine il y a 8 ans. Appelée à prononcer un discours lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du Monde U20 le 22 janvier dernier, également entraîneure des U13 du club, elle dénote, comme tous ceux que nous avons interrogé, un véritable essor de la discipline dans sa  ville : « Il y a mes U13 qui sont de plus en plus sollicitées, et de plus en plus de petites qui viennent faire du foot ». A l’ASPTT ou ailleurs, puisque de nombreux autres clubs vannetais ont ouvert une section féminine ces dernières années, et notamment le club phare de la ville, le Vannes Olympique Club, qui fait vibrer chaque week-end la ville entière avec son équipe… de rugby, qui évolue en Pro D2, soit le deuxième échelon national.

«  Voir qu’il y a du monde qui suit, ça peut les encourager à s’inscrire »

L’équipe première de foot chez les hommes est championne de National 3 cette saison, et fête actuellement la montée en N2 qui vient d’être entérinée par la DNCG, le gendarme financier du foot hexagonal. Mais les dirigeants vannetais n’ont pas attendu cette promotion pour organiser leur section féminine, lancée il y a trois ans. A sa tête depuis 2016, Fréderic Philippi, entraîneur de l’équipe sénior, est également enthousiaste : « Sur Vannes, le foot féminin a énormément évolué ! Est-ce que c’est le fruit de la pub, parce qu’on en a fait pas mal ici ces dernières années ?  En tout cas ça a créé des émules, on a été sollicités de toute part ! Je pense que le pays vannetais, au niveau du foot féminin, prend une ampleur énorme ».

Lui veut surtout consolider sa section féminine, pour permettre à son équipe sénior, en Régionale 2, de s’ancrer un peu plus haut dans les années à venir. Il a évidemment tout fait pour motiver ses joueuses à prendre part à cette fête,  dont Marion Vianais, une autre milieu qui baigne depuis toute petite dans une culture familiale tournée vers le football. Elle aussi pense que ce Mondial peut faire tomber certains murs : « Il y a des filles qui ont peur de faire du foot à cause des critiques. Là, de voir qu’il y a pas mal de monde qui suit, ça peut les encourager à aller dans les différents clubs. C’est surtout ça qui freine certaines filles, cette barrière mentale, elles pensent que ça fait garçon manqué… ». Pas du tout vous diront tous ceux qui ont touché de près ou de loin à ce sport, qui passionne chaque année un peu plus les habitants. « Lors d’un match amical qu’on a eu l’honneur de disputer au stade de la Rabine, on avait eu entre 300 et 450 spectateurs ! », s’enthousiaste ainsi Frédéric Philippi, qui organise des portes ouvertes jusqu’au 14 juin afin de faire gonfler les rangs.

Une grande journée de lancement le 16 juin

Avec ses 4 catégories, en plus de son école de foot, et ses 58 licenciées (sur environ 500 licenciés au club), le VOC est l’un des moteurs du foot féminin local, dans lequel se pressent de plus en plus d’entités, dont l’AS Ménimur- du nom d’un quartier de la ville –un autre poids lourd du ballon rond à Vannes. Les dirigeants de l’ASM sont actuellement en train de valider la création d’une section féminine, qui cible des joueuses de 6 à 14 ans, et a effectué un travail intense d’information, auprès des habitants du quartier et dans les écoles, où des démonstrations sont prévues. « L’idée c’est d’abord de proposer de la diversité dans le foot, puisqu’en tant que club de quartier on promeut aussi la diversité sociale », explique Antony Rohel, en charge du dossier.

Tous se retrouveront le 16 juin sur l’esplanade du port de Vannes, où doit s’ouvrir, à J-50 du début le la Coupe du Monde U20,  un village d’animations sportives où se retrouveront tous les clubs, les licenciés et les curieux. « Il y aura des ateliers sportifs, la présence du trophée, de la mascotte Ettie, la possibilité de se prendre en photo avec la Coupe ainsi qu’un calendrier géant », énumère entre autres activités, Stéphane Le Beller, référent de la ville pour l’organisation de la Coupe du Monde U20. Parmi les personnalités attendues, se trouveront Camille Abily, qui devrait aussi être là lors du lancement de la compétition le 5 août prochain, et Eugénie Le Sommer, deux Bretonnes pur jus qui ont porté haut les couleurs du foot pratiqué par les femmes depuis tant d’années, et marraines de la compétition. Ce village devrait être ouvert chaque jour de match, et c’est autour de celui-ci-où devrait également se trouver un petit terrain de foot –que les Fans feront passer le temps avant d’aller voir les demi-finales et la finale, où l’on s’attend à ce que les 5 000 places prévues soient toutes prises. Pour supporter les Bleuettes ? C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

 

Tous propos recueillis par Vincent Roussel 

Crédits photos : Vincent Roussel pour Foot d’Elles,  ASPTT Vannes, Fred Annin/www.footamateur.fr, Ouest-France

2 commentaires

  • L’ Equipe de France U20 termine 2ème de ce tournoi Sud Lady Cup derrière les Etats Unis. Elles ont été battues 3-1 et la mésentente entre les arrières et Chavas ont bien arrangées les Amèricaines.
    Soit disant le 2ème but serait Hors jeu. Monsieur Eyquem doit revoir ou modifier sa ligne arrière ( trop d’erreurs), même s’il manquait Maelle Lakrar.. Il y a du positif dans cette Equipe de France( le premier but Américain n’a été marqué qu’ à la soixantième minute) et je pense que nous verrons une bonne Coupe du Monde dans 2 mois. Katoto était absente dans cette finale.

  • J’attends le match de Dimanche, contre les Etats Unis, mais je pense que la France fera une bonne prestation dans cette Coupe du Monde U20. Nous avons de bonnes petites joueuses qui pourront peut-être même se retrouver au Mondial 2019. J’espère le 5 août , rencontrer Camille et Eugénie pour le match d’ouverture.

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