Sonia Souid : « Pour beaucoup, j’étais un ovni »

Passée par l’élection de Miss France, Sonia Souid, s’impose aujourd’hui parmi les agents de joueurs et joueuses de football. Entretien avec une femme passionnée et passionnante, qui met tout en oeuvre pour s’imposer dans un domaine relativement masculin, et faire briller le sport féminin.

 

 

 

Pouvez-vous vous présenter et revenir brièvement sur quelques étapes fortes de votre vie ?

 

J’ai 28 ans, bientôt 29. Je suis d’origine algérienne, mais suis née à Clermont-Ferrand où j’ai grandi. J’ai joué au volley-ball pendant plusieurs année à Riom, passant du pôle espoir à l’équipe professionnelle un peu plus tard. J’ai finalement voulu privilégier mes études et commencé une première année de médecine, mais cette année là, j’ai été élue Miss Auvergne et ai dû participer à l’élection de Miss France. Cette élection était un pur hasard, car pour l’histoire, c’est ma monitrice d’auto-école qui me trouvait assez jolie qui m’avait inscrite. Jusqu’à l’âge de 18 ans, j’étais souvent en baskets et jogging, je savais à peine ce qu’étaient des talons aiguilles. Je me suis trouvée devoir partir 5 semaines pour l’élection, et louper 5 semaines dans une première année de médecine, autant dire que l’année était foutue. L’élection Miss France était une expérience, mais je n’en garde pas forcément un super souvenir. En tant que sportive j’étais certes habituée à la compétition, mais sur des valeurs et des principes beaucoup plus sains. Dans une compétition comme Miss France, les critères sont différents, chacune défend sa place et il y a parfois même quelques coups bas. Je me suis toujours dit par la suite que je préférais être entourée d’hommes. Le milieu du football et des agents sonnait finalement plutôt bien pour moi (Rires).

 

 

C’est comme ça que vous avez eu l’envie et êtes devenue agent ?

 

Non, pas uniquement. En fait, j’ai toujours baigné dans le monde du sport. Mon père est préparateur physique dans le milieu du football et travaille avec des clubs professionnels. Il a donc beaucoup vadrouillé, notamment dans les Pays du Golfe, au Soudan, au Mali, aux Emirats arabes unis ; il est actuellement au Qatar. Mon frère aime le foot et joue aussi, même si ce n’est pas à haut-niveau. Ce milieu m’a surtout attiré parce que j’aime le sport depuis toujours. Je me suis fixé l’objectif de devenir agent et j’ai beaucoup travaillé pour ça. Pour obtenir la licence, il y a une partie spécifique en fonction du sport choisi, et une partie générale (droit du travail, assurances…) ; ce sont donc beaucoup de choses à apprendre et emmagasiner. Je me suis donc « enfermée » pendant 5 mois pour réviser environ 15 h par jour. J’ai appris seule et de façon complètement autodidacte. Nous étions 400 à passer le diplôme, 18 ont été reçus, dont une seule femme, moi. C’est comme ça que je me suis lancée et que l’aventure a commencé.

 

 

 

 

Pourquoi avoir choisi d’être agent dans le football, plutôt que dans un autre sport ?

 

J’avoue avoir un peu hésité au début, parce j’avais pratiqué le volleyball et le connaissait sans doute mieux que le football, mais je me suis dit que le football se parlait vraiment partout dans le monde. C’est LE sport international de référence, celui qui intéresse tout le monde et qui se joue partout. Je pourrais toujours changer d’avis et repasser la partie spécifique à un autre sport, mais en même temps il y a tellement de choses intéressantes à faire dans le milieu du football que je ne me vois pas changer. Il ne faut jamais dire jamais, mais pour le moment je n’ai pas envie d’autre chose.

 

 

Le monde du football est encore un milieu très machiste en France. Avez-vous souffert ou rencontré certaines difficultés à cause de ça ?

 

Oui bien sûr, ce serait mentir de dire que je suis arrivée là sans difficultés. J’ai obtenu ma licence en 2010 et je pensais un peu naïvement que le plus dur était fait. Lorsque j’ai commencé, je n’avais aucune assise financière, aucun réseau en France, autrement dit je partais vraiment de rien. Pour beaucoup, j’étais un ovni, une extraterrestre, et évidemment mes compétences étaient remises en cause parce que j’étais une femme. J’ai connu et subi les fameuses répliques du genre « Mais qu’est ce qu’elle fait là ?! » « Elle connaît rien au foot » « Qu’elle retourne repasser les chemises de son mari… », mais quelque part cela m’a aidé.

 

 

 

 

Avez-vous quand même senti une certaine évolution depuis ?

 

Oui, je me suis affirmée et je pense que les gens me craignent davantage aujourd’hui. J’ai gagné en crédibilité, je suis légitime en tant qu’agent. J’ai réalisé des deals, la presse a parlé de moi, j’ai pu faire de belles choses et j’ai eu la chance d’être recrutée par le quatrième groupe mondial dans tout ce qui marketing sportif et sponsoring. Aujourd’hui, je peux faire ce que je faisais seule avant, mais à la puissance mille parce que nous sommes 700 à travailler dans tous les sports et dans 25 bureaux partout dans le monde. Le bureau de Paris est le premier bureau de football ; ils ont voulu en donner les clés à une femme, car ils veulent exercer le métier d’agent avec une image différente de celle dégagée actuellement. C’est une belle marque de confiance en tout cas. Il faut bien reconnaître que l’image de l’agent sportif est affreuse. Les gens ont beaucoup d’a priori et voient les agents comme des requins qui ne sont là que pour prendre de l’argent aux sportifs… Nous nous battons tous les jours pour travailler en toute transparence et faire en sorte que la mauvaise image de notre profession change. Il y a encore beaucoup de travail à faire dans ce sens.

 

 

Vous êtes également à l’origine de l’association « Ballon Aiguille », pouvez-vous nous en toucher un mot ?

 

Le but de cette association est d’aider à la promotion et au développement des sports collectifs féminins. Depuis quelques années, j’essaie de mettre certaines choses en place pour aller dans ce sens. Il y a deux ans par exemple, j’ai co-organisé un tournoi international de football féminin à Abou Dhabi, auquel les jeunes de l’Olympique Lyonnais ont notamment participé. Par ailleurs, de par mon travail, j’essaie de faire en sorte que les clubs investissent dans les sections féminines. J’aimerais bien voir des clubs comme Monaco, Lens ou Bordeaux avoir leur propres équipes, pour que le niveau du football féminin français augmente encore et que les joueuses aient encore davantage de choix et de possibilités en terme de « professionnalisation ». Je suis une femme investie et travaillant moi-même dans un milieu plutôt masculin ; j’aimerais donc que les joueuses soient reconnues à leur juste valeur. Elles le méritent tout autant que les garçons.

 

 

 

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Crédits photos : Patrick Casté