Sonia Bompastor : « Impressionnée par les Bleues »

Pour Foot d’Elles, Sonia Bompastor a bien voulu revenir sur le match France – Suède, et nous livrer ses impressions. Si Sonia a arrêté sa carrière de joueuse, il paraît évident que sa vision du jeu et son sens de l’observation n’ont pas « disparu ». Découvrez son analyse…

 

 

 

Le match

 

Pour moi c’est un match abouti, et relativement bien maîtrisé dans sa globalité. A mon goût, il n’y a que le premier quart d’heure qui a été un peu moins bon, car il y a eu un petit manque de justesse technique. Nous avons vu les Bleues louper quelques passes, quelques contrôles, alors que je pense que les filles ont la qualité pour faire mieux ; mais là, c’est mon perfectionnisme qui parle (Rires). Honnêtement, j’ai été impressionnée par le match que les filles ont fait, parce que j’ai vu une énorme maîtrise collective. En particulier au niveau de l’organisation défensive, où les Bleues ont fourni un gros travail. C’était d’ailleurs assez flagrant, et encore plus sur la première mi-temps. Quand tu joues en 4-4-2, et que tu vois Eugénie (Le Sommer) et Gaëtane (Thiney) faire autant d’efforts dans le repli défensif, je pense que ça ne peut que montrer l’importance de l’animation collective. Elles ont fait un travail monstre dans le replacement. Les filles ont marqué trois buts, sans en encaisser, c’est aussi un très bon point et il faut le souligner. Malgré le fait que les Suédoises sont en reprise, pour moi la Suède reste la Suède et si nous ne les avons pas autant vues que d’habitude, je pense que c’est surtout dû à la prestation réalisée par l’Equipe de France. Certes, l’absence de certaines joueuses importantes comme Lotta (Schelin) les a sûrement un peu pénalisées, mais je pense que le match est surtout le reflet de ce que les Françaises ont accompli pendant ces 90 minutes. Sans les absences et le manque de forme côté suédois, je pense que le match aurait été plus serré, mais pas fondamentalement différent. Si les filles sont capables de rééditer ce genre de performance sur une compétition finale, en répétant ce genre d’efforts tous les trois jours, je pense qu’elles seront capables de mettre beaucoup d’équipes en difficulté, et même des équipes au top de leur forme ! Au niveau de l’équilibre défensif, j’ai trouvé les Bleues énormes ; alors, pour marquer contre une équipe comme ça « Bon courage ». Cela combiné à une bonne animation offensive m’a convaincue que l’Équipe de France sera de plus en plus difficile à battre.

 

 

Loupe sur les buts

 

Le premier but intervient à la 12e minute, sur un bon travail de « Tom » (Elodie Thomis) qui rentre intérieur, fixe dans l’axe, et sert parfaitement Gaëtane (Thiney) grâce à un bon appel de balle. Très intelligemment, elle s’appuie sur la défenseuse, et se sert d’elle pour s’orienter face au but. Elle fixe la gardienne et conclut avec une frappe tendue au premier poteau. Un beau but ! Super enchaînement, et belle combinaison entre « Tom » et Gaëtane, surtout dans la synchronisation des courses, mais aussi au niveau de la réalisation technique, parce que les deux font le geste parfait.

 

Le second but, marqué par Louisa (Nécib) juste après la mi-temps (47e), vient également d’une belle percée de « Thomis » sur le côté droit. C’est Amandine (Henry) qui lance dans la profondeur. Ensuite, Elo prend Sarah Thunebro de vitesse, fixe en repiquant en direction du but, et centre juste au bon moment pour Louisa, qui a fait le bon appel vers le premier poteau et n’a plus qu’à ajuster tranquillement du plat du pied, même si c’est toujours plus facile à dire qu’à faire (rires). En tout cas, il y a encore eu une bonne synchronisation entre les appels et les passes de chacune.

 

Le troisième et dernier but (82e) est aussi construit un peu de la même façon. C’est en fait un « une-deux » entre Louisa et Amandine. Louisa s’appuie sur Amandine en retrait, ce qui crée le décalage au milieu, puis elle redemande le ballon dans la surface suédoise. Bien servie dans la course et dans le temps par Amandine, Louisa se retrouve dans une situation très embêtante pour la défense, car elle est lancée et dans la surface. Les défenseuses n’aiment pas ça, parce qu’elles savent que si elles touchent une joueuse dans cette situation, c’est quasiment le pénalty assuré. A partir du moment où Louisa a passé l’épaule devant, elle prend sa chance rapidement et enchaîne vite sa frappe. La gardienne est peut-être un peu trop au premier poteau, mais Louisa ajuste bien en croisant sa frappe au second poteau pour éviter les gants de la gardienne et trouver les filets.

 

 

 

 

Ce qui a le plus posé problème à la Suède

 

Je pense que ce qui a fait le plus mal à la Suède, c’est surtout l’organisation des Bleues. Le fait que tout le bloc soit aussi bien en place, que les lignes soient proches les unes des autres, et que le harcèlement autour du porteur de balle soit aussi constant. Les filles ont réussi à anticiper, à passer devant l’adversaire et à bien presser quand il le fallait. Les Suédoises ont donc souvent été dos au jeu ; elles n’arrivaient pas à trouver une solution parce qu’il y avait toujours une joueuse française à portée, pour les empêcher de jouer vite. Le fait qu’elles ne soient pas au top a aussi accentué cela et les a mises encore davantage en difficulté.

 

Nous leur avons aussi posé des problèmes au niveau offensif, en nous projetant vite vers l’avant et en combinant bien. Comme je le disais tout à l’heure, étant donné que plusieurs filles étaient en mouvement et proposaient différentes options au porteur de balle, cela a créé le doute chez les Suédoises et permis à la France d’avoir de multiples opportunités. Une joueuse comme Thunebro a vraiment été dépassée sur ce match. Certes, il y avait la vitesse de « Thomis », mais j’ai été un peu étonnée qu’à un moment donné elle ne se recentre pas davantage sur ses tâches défensives. En voulant participer offensivement, elle a finalement mieux libéré son couloir pour notre attaque.

 

 

Propos recueillis par Sandrine Dusang

 

 

 

 

 

Crédit photo : mayan mans, frédérique grando