SheBelieves Cup : Loin des yeux, près du cœur

Face aux trois meilleures nations mondiales, pas toutes au top, l’équipe de France de Corinne Diacre ne semble pas partie pour soulever le trophée de la SheBelieves Cup une deuxième année de suite. Mais ce tournoi amical n’est pas non plus une obsession pour la sélectionneure, qui y voit surtout l’occasion d’affiner ses choix. Tour d’horizon de cet American Trip.

L’Hexagone est pris d’un grand coup de froid cette semaine et les supporters de l’équipe de France féminine n’attendent qu’une chose : Qu’en cette SheBelieves Cup, ce traditionnel tournoi amical du mois de mars, qui sent bon le retour du printemps, les Bleues réchauffent nos cœurs. Ils sont pourtant nombreux à ne pas donner cher de la peau des filles de Corinne Diacre lors de ce premier voyage à l’extérieur de l’ancienne joueuse de l’ASJ Soyaux. Et pour cause, à y regarder le classement FIFA, les Etats-Unis (1ers), l’Allemagne (2e), et l’Angleterre (3e), ont un temps d’avance sur nos tricolores (6es). Dans les têtes, la joie de la victoire, dans cette même compétition, face aux USA il y a un an (3-1), se mêle aux plus récentes déceptions face aux Lionesses (défaite en quart de finale de l’Euro 1-0, malgré une victoire en amical, 1 but à 0, cet automne) et surtout face à l’Allemagne (revers cuisant, 4-0).

« Un tournoi qui doit encore nous permettre d’avancer »

Mais ce serait mal connaître Corinne Diacre que de penser que le seul résultat l’intéressera lors de ce tournoi. Bien au contraire. Alors que son groupe commence petit à petit à prendre forme (en attendant le renfort des joueuses pour l’instant conservées en U20), et que la sélectionneure continue de coucher sur ses listes quelques surprises (attendue depuis des mois, Gaëtane Thiney a enfin été rappelée !), c’est surtout cet état d’esprit conquérant qui, selon elle (et bien d’autres), a fait défaut à l’Equipe de France cet été, et l’application de ses principes de jeu, que la coach attendra de voir sur les rectangles verts américains. « C’est un tournoi important, avec trois matches internationaux qui doivent encore nous permettre d’avancer », disait-elle à ses joueuses lors de leur dernier entraînement à Goussainville, avant de traverser l’Atlantique.

En face, deux pays semblent bien partis pour tout ravager à nouveau : L’Allemagne et les Etats-Unis. « Les deux puissances mondiales s’affrontent », écrit d’ailleurs la fédération américaine pour annoncer la rencontre entre les deux premières nations FIFA, en termes de force et de palmarès, ce jeudi 1er mars à 19h00 (01h00 en France). Si les championnes du monde en titre devraient, comme d’habitude, être moins affûtée qu’en été en raison de la pause du championnat local, après la victoire finale des Thorns de Portland, la qualité de leur effectif reste, à n’en pas douter, à craindre. L’ancienne Lyonnaise Alex Morgan, Allie Long, Kelley O’Hara, Mallory Pugh, Megan Rapinoe, Christen Press… Combien d’entraîneurs souhaiteraient composer avec de telles joueuses, même après plusieurs semaines sans compétition ? Surtout que pas mal d’Américaines évoluent ou ont évolué récemment en Europe (la Lyonnaise Morgan Brian, Carli Lloyd et Savannah McCaskill à Manchester City, Crystal Dunn à Chelsea) et que les hôtes restent sur 8 victoires lors de leur 9 derniers matches, dont deux convaincantes face au Canada (3-1) en novembre, et face au Danemark fin janvier (5-1). Leur qualification pour la Coupe du monde se jouant en octobre, dans le championnat de la CONCACAF, les joueuses de Jill Ellis pourront donc également aborder ce tournoi en toute décontraction.

L’Allemagne a le sourire, l’Angleterre fait la moue

L’Allemagne aura à cœur de prouver enfin son rang dans cette SheBelieves Cup qu’elle n’a pas encore remportée, depuis sa création en 2016. La 3e fois sera la bonne ? Elle devrait en tout cas être plus reluisante que l’année dernière, avec un nul (0-0) contre les Bleues, une défaite (0-1) contre les Etats-Unis et une victoire, petite (1-0), contre l’Angleterre. 14 des joueuses présentes lors de l’édition 2017 sont de retour, comme Lena Goessling, la milieu du VFL Wolfsburg, qui avait critiqué assez durement sa sélectionneuse, Steffi Jones, en novembre dernier après avoir manqué la balade de son équipe face à la France (4-0). Les deux femmes se sont parlées et ont remis les choses à plat : « C’est bien que nous ayons tout résolu. Maintenant j’ai vraiment envie d’aller de l’avant, de faire partie de cette équipe et de les aider dans cette compétition », a dit la joueuse sur le site de la fédération germanique. La Lyonnaise Dzsenifer Marozsan, doit être contente de voir revenir cette habituée de la Mannschaft, en compagnie de Mandy Islacker, Alexandra Popp, Lina Magull ou Babett Peter. Et pour la sélectionneure, Steffi Jones, qui a décrit ce tournoi comme un parfait « préparatif à nos matches de qualification à la Coupe du Monde en avril », après une défaite inédite face à l’Islande en octobre dernier (2-3) qui les met sous pression dans le groupe 5, voir son équipe soulever le trophée ne serait pas de trop.

Enfin, l’Angleterre, que la France affrontera dans le match d’ouverture ce jeudi (22h00 heure française, en direct sur Cstar), est, un peu à l’image de l’équipe de France, en pleine reconstruction. La faute au scandale qui a touché la sélection à l’automne dernier, aboutissant au limogeage de Mark Sampson, après un Euro convaincant de nos voisines d’outre-Manche. Fin janvier, Phil Neville a été nommé pour le remplacer, dans une atmosphère toujours délétère (on lui reproche certaines de ses saillies, notamment ce tweet publié en 2012 : « Vous les femmes, vous avez toujours voulu l’égalité, jusqu’à ce qu’on parle de payer les factures. #hypocrites »). Ce sera le premier test pour ce novice sur le banc (il ne comptait jusque-là qu’une expérience d’adjoint à Valence, en Espagne), et il devrait être complexe.

 « Nous devons commencer à penser comme des gagnants »


Certes, le football pratiqué par la femme est passé au tout professionnel outre-Manche, avec une grande restructuration actée pour la saison prochaine, et des clubs qui figurent bien en Ligue des Champions cette saison (2 clubs en quart). Mais Neville a dû faire face à des absences de poids au dernier moment, comme celle de sa capitaine, et défenseure de Manchester City Steph Houghton. Jordan Nobbs, et Karen Carney sont venues élargir la liste. Elles seront remplacées par Abbie McManus, Georgia Stanway et Rachel Daly. D’autres cadres en revanche seront présentes sur les terres du cousin américain, comme la buteuse des Citizens Nikita Parris, meilleure scoreuse des Lionesses en qualifications avec 4 buts. La toute aussi redoutable Jodie Taylor, qui évolue aujourd’hui à Melbourne, sera du voyage, comme Fran Kirby, sans oublier une autre Lyonnaise : Lucy Bronze. Si rien ne sera facile, tout n’est pas à jeter donc. « Gagner est la plus importante des choses. Ce que je dis souvent aux joueuses, c’est qu’à chaque entraînement et à chaque match, nous devons commencer à penser comme des gagnants », a donc déclaré l’ancien Mancunien afin d’haranguer ses troupes.

Face au gratin du foot mondial, les Bleues auront donc leur mot à dire, même si la manière restera le plus important aux yeux d’une coach qui, comme le dit la vice-présidente de la FFF, Brigitte Henriques, « est en train de construire son groupe, son identité de jeu. Elle sait où elle veut aller et des échéances comme celles-là sont importantes, ça va lui permettre de travailler même s’il reste du temps pour poursuivre sa ligne de conduite ». Et l’ex coach de Clermont de déclarer, avant le décollage : « On doit rechercher de la performance. Nos dernières sorties sont mitigées, je ne suis pas totalement satisfaite. On est dans la continuité, en revanche il faut qu’on mette un cran au-dessus dans l’envie, la rigueur et l’exigence, afin de franchir ce palier qui nous manque au niveau international ». Dans les têtes tricolores, c’est également cet état d’esprit de conquête et de construction qui prédomine, comme le disait Sakina Karchaoui la semaine dernière, après le match de son équipe, Montpellier, contre Fleury (1-1) : « On va prendre ça comme des matches de préparation en vue de la Coupe du Monde 2019. Il va falloir montrer qu’on peut avoir notre place. Si on joue toutes le même football ce sera moins difficile ».

 Repartir de l’avant après 3 matches sans victoire

Quelques semaines avant le départ, sa capitaine Amandine Henry se projetait déjà ainsi : « Là ça va être le premier gros test type de compétition, parce que ce seront des gros matches rapprochés. Ce ne sera pas à domicile donc il va falloir prendre en compte le décalage horaire, le transport, tout ça… On y va pour être sérieuses, mais ce ne sera pas une finalité non plus ». Sans Wendie Renard, mais avec Eve Perisset, le secteur défensif sera scruté avec attention, même si c’est, comme d’habitude, de l’attaque dont on attend le plus. Et après une série de 3 matches sans victoire (1 défaite et deux nuls, contre l’Allemagne, la Suède et l’Italie), il n’y aurait pas de plus belles manières de repartir de l’avant qu’en gagnant contre l’Angleterre, dès ce jeudi. De quoi bien lancer le road trip.

Propos Brigitte Henriques, Amandine Henry et Sakina Karchaoui recueillis par Vincent Roussel

Propos Phil Neville, Lena Goessling, Steffi Jones et Corinne Diacre rapportés de FA.com, DFB.com et FFF

Crédits photos : Ussoccer.com / capture d’écran twitter