Sandrine Soubeyrand : « Je raccroche les crampons à la fin de la saison »

Sandrine Soubeyrand, détentrice du record de sélections en Équipe de France et véritable légende du football féminin, revient pour Foot d’Elles sur sa longue carrière sous le maillot frappé du coq. La joueuse emblématique du FCF Juvisy nous donne également son ressenti sur le match des Bleues face à la Suède, avant d’évoquer la saison de D1 en cours, sa dernière en tant que footballeuse.

 

 

 

Vous avez fêté votre première sélection à 23 ans le 12 avril 1997 lors d’un Belgique – France remporté 3 à 0. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Le fait d’entrer sur la pelouse pour défendre les couleurs de la France était quelque chose d’incroyable. Je ne m’imaginais pas du tout jouer pour l’équipe nationale quand j’étais petite, pour la simple et bonne raison que quelques années auparavant, je ne savais même pas qu’il y avait une Équipe de France féminine ! J’imaginais qu’il y en avait une, mais comme aucun résultat ne filtrait et que personne n’en parlait, je ne soupçonnais pas vraiment son existence.

Aviez-vous une idole lorsque vous avez débuté votre carrière ? Une joueuse vous a-t-elle inspirée à vos débuts ?

Je n’avais pas vraiment d’idole dans le monde du football féminin dont j’ignorais pratiquement tout. Cependant, j’ai eu la chance dès ma deuxième sélection de partir pour une tournée aux États-Unis. En arrivant là-bas, je me suis rendue compte que le football féminin était vraiment populaire et j’ai eu la chance de rencontrer Mia Hamm, une femme reconnue dans son pays pour ce qu’elle est en tant qu’athlète. Ce n’est pas vraiment une idole pour moi, mais c’est quelqu’un qui a marqué son sport, c’est une source d’inspiration. Le fait d’aller aux États-Unis m’a donné envie de ressembler aux joueuses américaines. C’est à partir de ce moment-là que j’ai réalisé que je voulais devenir une joueuse de haut niveau. Je me suis inspirée de leur jeu, elles étaient vraiment impressionnantes. Cette tournée américaine fut une sorte de déclic pour moi.

 

Vous avez pris part à 198 matches sous le maillot de l’Équipe de France. Si vous aviez la possibilité d’en rejouer un seul, lequel choisiriez-vous ?

Si je pouvais rejouer un match, je choisirais celui contre le Canada lors des Jeux Olympiques de 2012 à Londres, qui aurait pu nous offrir une médaille de bronze. A mon sens, nous avons manqué de maîtrise et de maturité dans le jeu. Je pense que si nous avions atteint les prolongations, nous aurions marqué avant la séance des tirs-au-but. C’est certainement mon plus grand regret en Équipe de France.

Et votre meilleur souvenir avec les Bleues ?

Peut-être le match qualificatif pour la Coupe du monde 2003 face à l’Angleterre à Saint-Etienne. C’était en match de barrage aller-retour. Nous avions gagné à Londres (0-1) et nous nous sommes imposées 1-0 au retour, grâce à un but de Corinne Diacre. Ce fut l’un des premiers matches féminins télévisés, il y avait plus de 23.000 personnes au stade Geoffroy Guichard. Je suis née à quelques kilomètres de Saint-Etienne, du coup ma famille était venue assister à la rencontre. C’était un moment particulier pour moi.

En 16 années de carrière internationale, vous avez vu passer énormément de joueuses en Équipe de France. Pourriez-vous nous faire votre équipe type toutes « époques » confondues ?

Je commencerais par Sandrine Roux dans les cages. Pour la charnière centrale, je mettrais Wendie Renard et Corinne Diacre. Toujours en défense mais à droite, Hélène Hillion. Arrière gauche, Sonia Bompastor. Au poste de milieu défensive, je choisirais Amandine Henry et Gaëlle Blouin. Ailière droite, Stéphanie Mugneret et sur la gauche Louisa Necib. Pour finir, je mettrais Anne Zenoni et Gaëtane Thiney aux avant-postes.

 

Qu’avez-vous pensé du match France – Suède remporté 3-0 par les Bleues ? Vous ont-elles impressionnée ?

Collectivement, c’est sûr qu’elles ont fait un très bon match. Après, il faut savoir relativiser. Le problème c’est que l’Équipe de France a souvent été au-dessus lors des matches amicaux. Nous rencontrons des équipes qui ne jouent pas le même championnat que nous et qui ne sont pas forcément prêtes. En France, nous venons de reprendre le championnat, alors que la saison en Suède s’est achevée depuis 4 mois. Malgré tout, j’ai adoré la démarche collective et la sérénité défensive. Ça reste une grosse prestation et c’est aussi très bien pour le coach qui est arrivé récemment. Gagner 3-0 contre la Suède, il fallait le faire.

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Selon vous, l’Équipe de France peut-elle battre tout le monde ou bien reste-t-elle encore un cran en-dessous d’une équipe comme les Etats-Unis par exemple ?

Je reste intimement convaincue que nous pouvons les battre. Malgré tout, certaines équipes restent encore supérieures à nous dans la maîtrise collective. Selon moi, les États-Unis et l’Allemagne restent les deux formations références. Ce sont des équipes que nous aurons du mal à battre en compétition officielle. Nous manquons encore un peu de réussite lors de ces grands rendez-vous, ce sont des petits détails qui feront la différence et pour l’heure, on ne peut pas dire que nous ayons eu beaucoup de réussite. Il nous manque encore un petit cap à passer pour atteindre une finale ou décrocher un titre. La France présente encore des failles lorsqu’elle joue contre des équipes très athlétiques comme les États-Unis ou le Danemark par exemple. Nous nous retrouvions parfois à court de solutions face à ce type de formation.

 

Un petit mot sur le championnat à présent. La défaite de Lyon contre Paris vous a-t-elle surprise ?

Cette défaite de Lyon ne m’a pas vraiment surprise. Toutes les équipes ont envie de ressembler à l’OL, qui est le leader incontestable du football féminin français ; du coup ces formations mettent tout en œuvre pour essayer de se rapprocher des Lyonnaises et de les battre. Par conséquent, il est logique qu’au bout d’un moment le niveau se resserre et que sur un match, une équipe comme le PSG puisse accrocher Lyon. Nous jouons toutes pour être le numéro 1, par conséquent il est normal que nous cherchions à faire tomber l’OL. Puis, avec la défaite contre Potsdam en Ligue des Champions, certaines équipes en France se sont dit que finalement il était possible de l’emporter.

Si Juvisy récupère ses 4 points, vous vous retrouverez à 3 longueurs de la deuxième place occupée par le PSG. La Ligue des Champions reste-t-elle votre principal objectif pour cette fin de saison ?

Oui bien sûr, l’objectif est clairement cette deuxième place qualificative pour la Ligue des Champions. Ça sera bien plus compliqué si nous ne récupérons pas les 4 points mais c’est ainsi, on ne peut pas revenir en arrière. Sur le terrain, nous avions fait en sorte de gagner ces points en tout cas. Dans cette histoire, chacun a une petite part de responsabilité. Je m’inclus dans le lot, même si lorsque l’on est en plein match, on ne fait pas forcément attention aux joueuses qui sont inscrites sur la feuille de match. Nous n’avons pas non plus triché, Camille Catala n’était pas suspendue… C’est une erreur d’inattention avant tout. Après, je ne regarde pas le classement pour ma part, je m’entraîne et je joue pour accrocher cette deuxième place et si, au bout du compte, il nous manque 4 points, il faudra l’accepter. Cela nous servira de leçon pour les prochaines fois.

 

Si Juvisy se qualifie pour la prochaine Ligue des Champions, serez-vous encore là pour la disputer ?

Non. J’avais dit au coach (Pascal Gouzènes NDLR) qui est arrivé en début de saison que je l’aiderais cette année, puisque j’avais déjà travaillé avec lui en district et que je connaissais bien le groupe. Je voulais lui donner un coup de main et par la même occasion aider le club. Mais quoi qu’il arrive, je raccroche les crampons à la fin de la saison.

 

 

 

 

Crédits photos : ussoccer.com/Giovani Pablo/DBU.DK/eurosport.fr