Salma al-Majidi, la coach qui fait gagner les footballeurs au Soudan

Dans l’équipe nationale soudanaise de football, combien de joueuses évoluent dans des clubs étrangers ? Réponse : aucune, car le football pratiqué n’existe pas au Soudan. Salma al-Majidi, 27 ans, est pourtant devenue une professionnelle reconnue dans le football soudanais. Elle évolue, avec brio, au poste de… coach.

« Salma ! Salma ! » chantent les supporters de l’équipe locale. « Qu’Allah soutienne Salma ! » psalmodient ses proches. Salma ? Oui, Salma al-Majidi, celle grâce à qui les clubs de Nile Halfa et Al-Nahda ont chacun terminé premier du championnat de deuxième division lorsqu’elle les entraînait. Non pas à travers un coaching bénévole ou en catimini, mais à travers un poste très officiel et rémunérée autant qu’un homme. Dans ce pays où la loi islamique est en vigueur depuis 1983, où l’anglais est devenu langue nationale d’enseignement en 2005, Salma al-Majidi a déjà presque une décennie de coaching sur son CV et le grand public lui offre, depuis des années, un surnom en forme d’hommage : Sister Salma.

Une célibataire mariée au football

Elle aimait le football depuis toujours et rêvait de devenir footballeuse professionnelle. Ses amours sportives ont été vite contrariées par le poids des traditions sociales soudanaises. Au Soudan, c’est l’homme qui fait la loi et qui joue au football. Des femmes dans le football soudanais ? Mounira Ramadan, la seule Soudanaise qui ait acquis une relative notoriété dans le monde du ballon rond, a fait une carrière d’arbitre – c’était il y a quatre décennies.

Pour Salma al-Majidi, tout a commencé à 13 ans, quand elle emmenait son jeune frère s’entraîner avec l’équipe de foot scolaire. Salma ne pouvait que regarder, mais elle ne s’en contentait pas. Elle regardait aussi le coach, notait toutes ses consignes. Peu à peu, elle en vint à discuter tactique avec le coach. Elle devint peu à peu son assistante, puis coach à part entière en même temps qu’elle obtenait un diplôme universitaire en compta-gestion.


Le rêve au bout des crampons

On pouvait compter sur elle. Devenue entraîneuse de football, elle a d’abord cornaqué une équipe U-13 avant d’être promue chez les U-16. Une promotion en forme de crise d’adolescence… pour les jeunes joueurs, dont quelques-uns ont refusé, dans un premier temps, d’obéir à une femme. Mais une femme travailleuse, compétente, obstinée, victorieuse. Après avoir évité la relégation à son équipe, elle entraîne successivement quatre équipes de deuxième division. Et l’on connaît la suite : la BBC l’inclut dans son top-100 des femmes les plus inspirantes, la Fifa salue en elle la première femme à entraîner une équipe de football masculine au Soudan et même dans le monde arabe.

Et ensuite ? Même si aucune loi soudanaise n’interdit la constitution d’équipes féminines, Salma al-Majidi ne pourra jamais réaliser son rêve le plus cher, du moins pas dans son pays : vivre sa passion en tant que footballeuse. À défaut, la jeune fiancée du football rêve d’entraîner une équipe internationale. Si Corinne Diacre a besoin d’une adjointe compétente et tenace, elle sait maintenant à qui s’adresser.

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